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Le secteur touristique s’enfonce dans la crise

Date de publication : 13 janvier 2022 Rubrique : Echos Maroc

Alors que le tourisme semblait connaître une reprise partielle depuis l’été dernier, la fermeture des frontières fin novembre a été un nouveau coup dur pour les professionnels du secteur. La Confédération Nationale du Tourisme (CNT) a récemment émis dix propositions pour soutenir et réformer le secteur.

La fermeture des frontières fin novembre dernier, décidée pour contrer le variant Omicron du nouveau coronavirus, a constitué un nouveau coup dur pour le secteur touristique. Depuis que les autorités avaient largement rouvert les frontières l’été dernier, une reprise au moins partielle était engagée. Annoncée le 28 novembre, soit seulement deux jours avant son application, la suspension des liaisons aériennes et maritimes a impacté l’activité ce secteur, fortement dépendant des visiteurs étrangers. Cette catégorie de touristes représentait 7 % du PIB du Royaume en 2019, selon le Haut-Commissariat au Plan.

Le 16 décembre dernier, la Confédération Nationale du Tourisme (CNT) a publié dix propositions pour soutenir le secteur. Cette association professionnelle a jugé que « les nouvelles mesures de restrictions de voyage sont une nouvelle difficulté qui met gravement en péril les entreprises du secteur du tourisme ». Elle suggère ainsi « la mise en place d’un nouveau pacte public-privé incluant des mesures fortes et responsables pour assurer la sauvegarde des entreprises, éviter la destruction massive d’emplois et se préparer efficacement à la relance ».

« Un moratoire fiscal »

La CNT propose notamment le prolongement du dispositif de versement de l’indemnité forfaitaire versée par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) aux salariés (d’un montant de 2000 dirhams par mois), un moratoire fiscal au titre de 2020 et 2021 pour les taxes locales, une accélération de la mise en place du fonds tourisme adossé au fonds Mohammed VI « pour l’injection de fonds propres ou de quasi -fonds propres », ou encore la stimulation de la demande interne via à travers la mise en place de chèques-vacances défiscalisés.

La CNT suggère aussi un ensemble de mesures plus structurelles, telles que la refonte de la fiscalité du secteur et la mise en place de mesures pour intégrer le secteur informel, ou l’amélioration des « outils de mesure, de suivi et de pilotage à travers la refonte de l’Observatoire National du Tourisme ».

Pour rappel, le secteur touristique marocain a sévèrement été affecté dès le début de la crise du Covid-19. Les nuitées d’hôtel ont chuté de 25,2 millions en 2019 à 7 millions en 2020. Seulement 3,4 millions de visiteurs ont été accueillis en 2021, contre 13 millions deux ans plus tôt. Dans le même temps, les recettes touristiques sont passées de 80 milliards de dirhams à 30 milliards de dirhams cette année, selon la Ministre du Tourisme Fatim-Zahra Ammor citée dans Telquel.

Prolongement de l’aide forfaitaire de la CNSS

Le Gouvernement a décidé d’attribuer l’aide forfaitaire de la CNSS pour les mois de septembre à décembre 2021 aux salariés du secteur contraints d’arrêter le travail. Une mesure qui doit être étendue aux restaurants touristiques.

Dans un entretien à l’hebdomadaire Telquel publié mi-décembre, la Ministre du Tourisme a assuré être « en train de négocier avec les banques pour permettre aux hôteliers de pouvoir maintenir leurs hôtels et empêcher la détérioration du patrimoine hôtelier ». Elle a aussi indiqué « travailler sur un rééchelonnement des charges de la CNSS, mais également sur d’autres produits gouvernementaux ». Fatim-Zahra Ammor a en outre précisé qu’elle déployait « des efforts sur le tourisme interne », alors que les fermetures successives des frontières ont asphyxié le secteur. La Ministre a annoncé œuvrer au développement d’« offres plus adaptées au mode de vie des Marocains », sans donner plus de détails.

Un objectif de 20 millions de touristes

« La décision de consommer du tourisme au Maroc dépend de la demande étrangère, explique Yasser Tamsamani, Docteur en économie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Cela expose à des évolutions que le pays ne maîtrise pas. Une offre touristique adaptée à la demande intérieure n’a pas été développée. Ainsi, aujourd’hui, la grande majorité des Marocains ne part pas en vacances. »

Pour Yasser Tamsamani, « le secteur était déjà en crise avant la crise. Il y a un problème de qualité de service, qui n’a pas suivi l’évolution du tourisme au Maroc. C’est notamment dû au manque de formation professionnelle. Il y a également un problème au niveau des infrastructures. Lorsque l’on sort des grandes villes, l’offre touristique est très limitée ».

Fatim-Zahra Ammor a reconnu « qu’il y a quelque chose dans notre produit qui ne fonctionne pas. Il n’est pas normal qu’une grande majorité de touristes viennent au Maroc une fois et ne reviennent pas ». Selon la Ministre, l’offre touristique du Maroc doit être « réinventée » en s’orientant davantage vers l’écotourisme, en développant et en valorisant le patrimoine culturel, la gastronomie, le tourisme rural, sans préciser là encore la méthode qui sera concrètement adoptée. Elle se donne enfin pour objectif d’accueillir 20 millions de touristes.

Rémy Pigaglio