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Agadir

Rencontre avec des décideurs et chefs d’entreprise de Souss-Massa

Date de publication : 29 décembre 2021 Rubrique : Zoom

Résilience face à la pandémie de Covid-19, enjeux et perspectives de développement… Plusieurs chefs d’entreprise partagent avec nous leur expérience et nous livrent leur regard sur leur région.

Hicham AlaouiHicham Alaoui, Directeur marketing et communication de la COPAG

En tant qu’interface entre le monde agricole et les consommateurs, comment la COPAG a-t-elle fait face à la pandémie de Covid-19 ?

En ce qui concerne les adhérents et les employés, la COPAG a mis en place toutes les mesures nécessaires afin de préserver leur santé et garantir le maintien d’une activité normale afin de subvenir à la demande du marché. Ainsi, le télétravail a été instauré pour les postes qui s’y apprêtent et des mesures strictes ont été appliquées dans les unités de production afin de minimiser le risque de contamination. De plus, la COPAG fut pionnière dans l’initiation de l’opération de vaccination anti-Covid-19 au profit de ses employés sur les lieux de travail, épaulant ainsi l’effort de l’État pour l’immunité collective.

Quelles sont les ambitions de COPAG pour les prochaines années ?

Dans le contexte actuel du Covid-19, et avec l’augmentation des prix des matières premières et du carburant, l’enjeu principal est de préserver nos acquis tout en œuvrant pour rehausser notre performance à tous les niveaux. Notre ambition est de prolonger notre réussite, toujours guidés par le développement durable de notre modèle socio-économique.

Quel regard portez-vous sur le développement de la région, et notamment la province de Taroudant ? Quels sont les défis à relever pour progresser encore ?

Sur le plan agricole, le défi majeur de la région reste toujours le stress hydrique et la sécheresse, qui persiste depuis des années. Cela pénalise la production, d’où la difficulté grandissante de maintenir les activités axées principalement sur les agrumes. À cela s’ajoute la concurrence générée par la mondialisation, qui est de plus en plus handicapante, car déloyale. C’est pour ces raisons, et bien d’autres, que nous investissons massivement dans des infrastructures et des équipements à la pointe de la technologie, sans oublier pour autant la formation continue de l’ensemble de nos employés et de nos adhérents.

 

Hassan FarahHassan Farah, Directeur Général de Fromital

Au cœur de la crise de Covid-19, l’industrie agroalimentaire a joué un rôle fondamental : comment Fromital a-t-elle traversé cette épreuve ?

L’industrie agroalimentaire a joué un rôle incroyable pendant la pandémie de Covid-19, car elle dispose d’opérateurs caractérisés par un très fort patriotisme. Malgré les entraves liées au confinement, à la rareté des matières premières, à l’augmentation des prix des ingrédients industriels, au bouleversement de la demande, à la fermeture de tous les réseaux RHF (restauration hors foyer) ou encore à l’appréhension de nos ressources humaines, nous avons su rassurer, communiquer et motiver nos collaborateurs afin de répondre aux besoins du consommateur marocain.

Nous avons ainsi relevé le défi de maintenir tous les postes de l’entreprise, malgré une situation financière très impactée par la crise. Ceci dit, il ne faut pas oublier la difficulté financière que nous avons vécue en 2020 et que nous endurons encore aujourd’hui : nous sommes très liés aux institutions hôtelières, qui ont parfois fermé pendant plus de 15 mois et qui, aujourd’hui encore, souffrent d’une faible activité. Par ailleurs, l’absence de subventions étatiques et de facilités en matière de prêt a sensiblement affecté notre trésorerie.

Quelles sont les ambitions de Fromital pour les prochaines années ?

Nous accordons une attention particulière à l’innovation pour développer de nouvelles variétés, de nouveaux goûts et de nouveaux packagings, afin de toucher toutes les CSP et rendre nos produits accessibles à tous les foyers. Le marché de l’export représente également l’un des piliers de notre développement pour les 5 prochaines années, en ciblant notamment le Moyen-Orient, la Russie et plusieurs pays d’Afrique. Notre objectif sera de grandir tout en restant proches de ceux qui font vivre l’entreprise au quotidien.

Comment jugez-vous le développement de la région et ses perspectives ?

En tant qu’acteur local de la région Souss-Massa, nous sommes confiants et très optimistes à la lecture du Programme de Développement Urbain d’Agadir 2020-2024, initié par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Plusieurs chantiers sont ouverts et un certain nombre de projets d’aménagement sont en cours de finalisation. Ce programme vise à renforcer l’attractivité de la ville en tant que destination touristique internationale, mais également à dynamiser les échanges économiques nationaux, ce qui représentera sans aucun doute des opportunités de business additionnelles pour les acteurs économiques locaux.

Abdeslam Ibn JawharAbdeslam Ibn Jawhar, Directeur général de Anas Transport

La crise de Covid-19 a fortement perturbé votre secteur : comment se porte votre entreprise depuis le début de la pandémie ?

Anas Transport a été impactée par la crise de Covid-19, comme l’ensemble du secteur. De nombreux clients ont stoppé ou diminué leur activité, ce qui a eu pour conséquence de mettre beaucoup de nos camions à l’arrêt. Heureusement, grâce aux aides de l’État et à notre stratégie de diversification, nous avons pu traverser les difficultés tout en gardant l’ensemble des 125 salariés du groupe.

En deux décennies, Anas Transport est passée d’une PME familiale à un acteur logistique de premier plan au Maroc et en Afrique notamment : qu’est-ce qui a permis cette réussite dans un secteur très concurrentiel ?

J’ai créé Anas Transport en 1995, mais je suis dans le secteur de la logistique depuis le début des années 1980. Cette expérience m’a permis de bien connaître ce domaine et de faire des choix importants. Ainsi, nous sommes passés d’une société de transport classique à une entreprise de logistique très diversifiée : transport de tout type de marchandises (denrées périssables, matières dangereuses, transports exceptionnels, etc.), magasins sous douane (MEAD), transit national et international, etc. Notre objectif est d’être un interlocuteur unique, de l’enlèvement de la marchandise jusqu’à sa livraison. Par ailleurs, nous accordons une grande importance à la formation de nos ressources humaines. Par exemple, cette année, nous venons de créer une cellule de formation professionnelle, gérée par deux anciens directeurs de l’OFPPT, avec le soutien de la GIZ. Cela nous permet de renforcer les compétences de nos équipes en permanence

Agadir et la région représentent un pôle logistique incontournable pour le Sud du Royaume : quel regard portez-vous sur son développement ?

Le développement des zones logistiques, des zones industrielles et des zones franches est un atout pour la région, mais il faut continuer à soutenir le secteur. Depuis que nous avons lancé le premier MEAD (magasin sous douane) de la région en 2018, les opérateurs peuvent importer et exporter à des coûts réduits et dédouaner leurs marchandises à Agadir au lieu de Casablanca, par exemple, avec un temps de transit réduit. Cela a notamment facilité la vie de nombreux exploitants agricoles, puisque nous disposons aussi de chambres froides.

En revanche, nous sommes toujours confrontés à la prédominance du secteur informel dans notre domaine : il représente plus de 70 % à Agadir ! Cela constitue une concurrence déloyale, avec des tarifs vers l’Europe ou l’Afrique qui ne couvriraient même pas nos charges. C’est un fléau, car cela représente un risque pour les marchandises, mais aussi un danger pour la sécurité routière en raison des surcharges excessives et parfois de la circulation de vieux camions qui ne sont pas aux normes.

Comment lutter contre l’informel ?

La répression et les sanctions n’ont pas d’effets, il faut donc au contraire encourager ces opérateurs à intégrer le secteur formel en se regroupant et en créant des coopératives. Actuellement, il y a beaucoup de résistance. Il faut donc parvenir à les intéresser par des mesures fiscales ou autres. Nous espérons que le gouvernement et le nouveau ministre chargé du transport prendront enfin des mesures pour assainir le secteur.

Quels sont les projets d’Anas Transport pour les prochaines années ?

D’une part, nous souhaitons poursuivre notre politique de partenariats avec de grands acteurs internationaux pour enrichir notre offre et multiplier notre présence à l’international. En 2020, nous avons notamment signé un accord avec Marglory, numéro 1 du groupage maritime dans le monde, et avec Schenker Maroc pour le groupage terrestre, ce qui permet aux importateurs de la région d’acheminer des marchandises en groupage maritime (LCL ou Less than Container Load) pour la première fois à Agadir. D’autre part, nous allons continuer à renforcer notre présence en Afrique, où nous desservons déjà plusieurs pays. Ainsi, nous venons tout juste d’ouvrir de nouveaux bureaux de transit à Rosso et à Dakar au Sénégal, et nous comptons en ouvrir d’autres dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest dès 2022. Notre volonté est d’accompagner le développement du Maroc en le connectant à l’ensemble du continent, mais aussi au reste du monde.

 

Mohamed AferknisMohamed Aferknis, Directeur de Massilly Maroc

Le Groupe Massilly, un des leaders de l’emballage métallique, a choisi de s’installer dans la région d’Agadir : pourquoi ce choix ?

En effet, Massilly Maroc a été créée en 2014, comme filiale de distribution du Groupe, puis elle a construit son usine au sein du parc Haliopolis Drarga en 2016. Nous avons choisi Agadir, car c’est le centre de la conserve de poisson et de la conserve végétale, situé à 800 km de Tanger et 1 100 km de Dakhla. Cela nous permet de servir les clients de Safi, Casablanca, Marrakech, Fès, Tan-Tan, Laâyoune et Dakhla.

Comment s’est passée l’installation de votre usine dans le parc Haliopolis ?

En 2015, nous étions les derniers à acheter du terrain, et en 2016 nous étions les premiers à commencer l’exploitation de notre site ! Cela n’a pas été évident, car nous avons dû nous démener pour faire équiper cette zone industrielle en électricité, eau, télécommunication et transport pour le personnel. Nous avons ainsi joué le rôle de locomotive pour le parc.

Et aujourd’hui, comment se porte votre filiale ?

Après avoir fait notre première opération commerciale en juin 2014, pour 27 000 dirhams, nous avons terminé l’année avec un chiffre d’affaires de 27,7 millions de dirhams, avec un effectif de 3 personnes. Depuis, notre activité ne cesse de se développer, notamment grâce au démarrage de la fabrication de boîtes métalliques pour sardines en 2016 puis à de nouveaux investissements. En 2021, notre chiffre d’affaires devrait s’élever à environ 250 millions de dirhams, avec un effectif de 65 personnes.

Les emballages fabriqués à Agadir sont-ils tous dédiés à la conserve de poisson ? 

En plus des presses pour la production des boîtes club pour la sardine, nous avons installé des lignes de fabrication de seaux de peinture et de boîtes à thé. Cela nous permet de diversifier notre activité. Par ailleurs, nous continuons à faire le négoce et la distribution d’autres formats de boîtes, mais aussi de capsules pour les bocaux en verre. Enfin, nous distribuons également des machines capsuleuses, qui permettent de fermer 36 000 capsules par heure, tout en assurant l’assistance technique. Ainsi, 80 % de notre chiffre d’affaires est en admission temporaire, et nous sommes un exportateur indirect vers l’Afrique, l’Union européenne, les États-Unis et le Moyen-Orient.

En tant qu’investisseur international, quel regard portez-vous sur la région et que manque-t-il pour accélérer son développement ?

Comme vous le savez, le secteur privé est très dynamique au Maroc, surtout lorsque nous faisons partie d’un groupe international comme le nôtre. Malheureusement, il y a parfois un manque d’esprit de partenariat « public – privé ». Il faut recevoir les investisseurs sur un tapis rouge, car ils créent de l’emploi et de la valeur dans la région. Il faudrait améliorer la sécurité réglementaire et fiscale notamment : c’est un vrai axe pour sécuriser les investissements des entreprises étrangères.

Par ailleurs, l’accès au financement est pénalisant pour l’industrie : le meilleur taux est de 4,5 % pour les investissements de plus de 100 millions de dirhams, alors que dans certains pays européens on ne dépasse pas les 1 %.

Enfin, nous regrettons également de ne pas avoir pu obtenir de subventions de l’État, malgré nos bons dossiers pour le programme Imtiaz. C’est dommage, car nous opérons dans un secteur vital pour l’économie marocaine, où il faut limiter les risques de monopole et la pénurie des emballages métalliques. Rappelons que certaines conserveries ont récemment arrêté leur activité par manque de boîtes vides sur le marché, entraînant des pertes d’emplois et un réel manque à gagner pour l’export !

Propos recueillis par Thomas Brun