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Tourisme : réinventer le marketing territorial

Date de publication : 29 décembre 2021 Rubrique : Zoom

Dans la Région Souss-Massa, les difficultés du tourisme ont débuté bien avant la pandémie de Covid-19. Focalisé principalement sur le balnéaire, le secteur subit la concurrence internationale et néglige les autres atouts de la région. Pourtant des opportunités existent.

Principale victime de la pandémie de Covid-19, qui risque de se prolonger bien au-delà de 2021, le secteur touristique doit trouver de nouvelles solutions pour s’adapter et survivre en attendant des jours meilleurs. Pour le professeur Hassan Faouzi, géographe et sociologue à l’Université Internationale d’Agadir, « cette crise est l’occasion d’entamer la transformation du marketing territorial d’Agadir et sa région, en se diversifiant et en intégrant les nouveaux enjeux ».

« On s’ennuie à Agadir ! »

Car, selon lui, la problématique n’est pas nouvelle et remonte à bien avant 2020 : « le problème est qu’on a principalement développé l’offre balnéaire, alors que la région n’est pas forcément au niveau de la concurrence internationale, et qu’on s’ennuie à Agadir ! » Ce constat est partagé par bien des touristes, qui tendent à déserter la destination pour se tourner vers des sites plus animés, au Maroc ou ailleurs. C’est aussi l’avis de Mostafa Bouderka, le nouveau Vice-Président du Conseil Municipal d’Agadir. Selon lui, il faut non seulement renforcer l’offre balnéaire, en améliorant les plages au nord et au sud, mais surtout développer les animations dans la ville, avec des musées, des festivals, des cinémas… (lire l’entretien).

Diversifier l’offre touristique régionale

Une autre solution pour améliorer l’offre touristique est de s’appuyer sur l’arrière-pays en diversifiant les activités proposées. Pour Hassan Faouzi, cette approche est indispensable : « il existe un patrimoine exceptionnel dans la région Souss-Massa et il faut le valoriser pour attirer d’autres types de touristes : histoire, culture, nature – avec par exemple les arganeraies, la gastronomie (avec les sucreries de la province de Taroudant…) et pourquoi pas le tourisme hydraulique, comme cela se fait notamment en Espagne! » Cette stratégie de diversification pourrait également produire des résultats sur le tourisme intérieur, souvent délaissé par les acteurs.

« À chaque crise, on pense aux touristes nationaux, comme une roue de secours, et le reste du temps on les oublie! C’est une grave erreur, car il s’agit d’un potentiel très important qui est pourtant négligé, contrairement à d’autres pays comme la France, où on l’encourage avec succès », regrette le sociologue. Une problématique dont est conscient Karim Achengli, président de la région, pour qui les prix pratiqués sont souvent trop élevés pour attirer plus de touristes nationaux (lire l’entretien). En 2020, lors du déconfinement progressif, plusieurs initiatives avaient été annoncées par les professionnels pour encourager les familles marocaines à voyager dans le pays, mais rares ont été les actes sur le terrain.

Impliquer tous les acteurs dans la démarche

D’après Hassan Faouzi, les difficultés du tourisme régional s’expliquent essentiellement par « une mauvaise gouvernance et un manque de concertation avec les acteurs, depuis de nombreuses années. Il faut absolument réunir l’ensemble de l’écosystème pour réfléchir : les autorités publiques, les collectivités locales, les professionnels, les partenaires, et bien sûr les universitaires qui travaillent sur la question ». L’objectif, selon lui, est de « mobiliser l’intelligence collective pour faire émerger de nouvelles approches adaptées à la région : c’est le cœur du marketing territorial de demain ! »

Ainsi, de nouveaux arguments pourront être élaborés pour convaincre les voyageurs, grâce à une compréhension plus fine de leurs attentes, et aussi pour réajuster le positionnement de la région. Pour plusieurs mois encore, il s’agira probablement d’insister sur la sécurité sanitaire et de rassurer sur les dispositifs anti-Covid. « Pourquoi ne pas concevoir un label “Clean & Safe” comme l’a fait le Portugal ? », s’interroge encore le chercheur. En mars prochain, l’Université Internationale d’Agadir organisera la 5e édition de son colloque international portant sur le thème : « Tourisme post-Covid : mort ou résilience ? » L’occasion, peut-être, de réunir les acteurs locaux ?

Thomas Brun

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