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Jean-Hugues Cousin

Interview de Jean-Hugues Cousin

Date de publication : 16 novembre 2021 Rubrique : Zoom

« Nous allons investir plusieurs dizaines de millions de dirhams pour anticiper la reprise d’activité »

Interview de Jean-Hugues Cousin, Directeur Général de Safran Aircraft Engine Services Morocco

En quoi consiste l’activité de Safran Aircraft Engine Services Morocco (SAESM) ?

Notre activité est dédiée à la maintenance et à la réparation de moteurs qui équipent les avions best-sellers que sont les Airbus A320 et les Boeing 737. Ces moteurs, des CFM56, sont d’ailleurs produits par Safran Aircraft Engines. C’est une société un peu particulière dans l’environnement marocain. D’abord, SAESM est une joint venture avec la RAM. Ensuite, au Maroc, il y a très peu d’entreprises spécialisées dans la maintenance.

Nous sommes d’ailleurs les seuls à en faire sur les moteurs.

Quand SAESM s’est-elle implantée au Maroc, et pourquoi ?

L’entreprise a été créée en 1999 et a commencé à fonctionner en 2000. La raison originelle de cette implantation est principalement liée au business. Quand l’on réalise un investissement pour une usine de maintenance, le nerf de la guerre est d’avoir un volume d’activité suffisant. En s’alliant avec une compagnie aérienne, en l’occurrence la RAM, on est censés bénéficier d’un courant de revenus émanant du partenaire. En effet, la RAM est connue depuis longtemps pour être très compétente dans la maintenance des avions. Cela faisait donc sens de s’allier à cette entreprise.

Parmi les autres raisons qui ont motivé cette implantation, y a également la proximité avec la France. Il s’agit d’une proximité sur le plan géographique, mais aussi de la langue. D’autres raisons s’ajoutent à celles-ci : le soutien du Gouvernement dans la création des écosystèmes, l’utilisation d’une zone située à proximité de l’aéroport, la création d’infrastructures autour de celles-ci, d’un centre de formation… Nous avons au Maroc des conditions d’accueil que l’on ne trouve pas ailleurs au Maghreb.

Après SAESM, d’autres filiales de Safran se sont d’ailleurs implantées dans le Royaume… Environ 3 000 personnes sont aujourd’hui employées par Safran sur une dizaine de sites au Maroc. En dehors de

SAESM, ce sont des sociétés qui fabriquent du matériel neuf. En plus des conditions dont je parlais précédemment, elles tirent profit de la main-d’œuvre qualifiée et de l’atout économique important lié au coût de la vie au Maroc.

Comment avez-vous fait face à la crise ?

Nous avons, évidemment, été durement touchés. Quand les avions ne volent plus, les moteurs ne tournent plus. La baisse d’activité a été de l’ordre de 35 à 40 %. Il n’y a pas 1 000 manières d’y faire face et, cela est désolant, mais il a fallu se regréer et passer par un plan qui adapte nos capacités à la charge. Avec une baisse d’activité brutale, nous ne pouvions pas conserver 100 % de nos effectifs.

En revanche, la bonne nouvelle, c’est la réouverture progressive des frontières. Nous constatons une reprise rapide de l’activité, très différenciée selon les zones. La Chine a été la première à reprendre, surtout avec ses vols intérieurs et aussi les États-Unis, qui sont très dépendants de leur réseau aérien.

Ici, notre activité est essentiellement tournée vers des clients d’Afrique et du Moyen-Orient, même si l’on traite des clients du monde entier. Avec cette reprise, les perspectives de réembauche sont bonnes.
De plus, cette année, nous allons investir plusieurs dizaines de millions de dirhams pour anticiper la reprise d’activité. C’est un plan d’investissement lourd, malgré la crise, car nous croyons en la reprise et en la croissance.

Avez-vous bénéficié de mesures d’aides de la part du Gouvernement ?
Non, pas spécifiquement, et nous n’en avons pas fait la demande. Nous sommes un groupe qui vit correctement malgré la crise. Safran n’a jamais été dans le besoin d’un point de vue financier, mais beaucoup de paramètres entrent en compte dans la santé de l’écosystème et les autorités, dans ce contexte, sont un vrai support. Ayant vécu sous d’autres cieux, je vois une réelle différence.

Vous évoquiez un plan d’investissement lourd en prévision de la reprise. Quel est son objectif ?

Il y a trois grands enjeux. D’abord, il y a celui de l’augmentation de la capacité : nous croyons ainsi en la reprise et Casablanca est bien placée pour l’absorber. Ensuite, il y a la modernisation de l’outil industriel. Les clients veulent que leurs moteurs soient immobilisés le moins longtemps possible, afin de réduire leurs coûts. La réduction du temps de maintenance est la clé. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de nous moderniser. Pour cela, il faut de nouveaux outils, de nouvelles manières de faire, si l’on veut être au niveau dans un monde concurrentiel. Enfin, notre site a 20 ans. Comme n’importe quel site qui vieillit, il est important de le rafraîchir. Ce plan d’investissement montre que Safran et la RAM croient en la société.

Le Gouvernement souhaite développer l’écosystème MRO (maintenance et réparation). Cela va-t-il encore renforcer le rôle de SAESM ?

La volonté du Gouvernement de faire émerger cet écosystème est réelle. Nous sommes d’abord concentrés sur notre développement, mais nous y participerons nécessairement directement ou indirectement. Si nous pouvons être identifiés comme une société de référence, dans le cadre de ce développement, cela serait positif.

La décarbonation est-elle un aspect important de la modernisation de votre outil industriel ?

Il s’agit d’une ligne très forte de notre action. Nous sommes un acteur inséré dans un environnement social, il est donc impossible de passer à côté de cet enjeu. Au niveau local, nous avons engagé des initiatives pour réduire l’énergie que nous consommons. Par exemple, nous disposons d’un banc de test dédié qui reproduit, pour le moteur, les conditions d’utilisation sur un avion. Comme il consomme énormément d’énergie, nous allons travailler à réduire ses émissions et son utilisation de carburant.

Nous avons aussi d’autres machines qui consomment beaucoup d’énergie. Leur modernisation permettra de limiter cette consommation. D’autres initiatives sont plus indirectes, comme la promotion du covoiturage. Ce qui est intéressant, également, c’est que la maintenance a un rôle direct à jouer sur ces aspects. Plusieurs options se présentent à nous : soit réparer un composant, soit le remplacer. L’impact écologique n’est pas le même. La réutilisation et la réparation servent un objectif écologique, mais aussi économique alors que les clients veulent réduire leurs coûts de maintenance.

Propos recueillis par Rémy Pigaglio