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Le plastique, ennemi public n° 1 des océans

Date de publication : 30 juin 2021 Rubrique : Zoom

10 millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans l’océan : ce sont les derniers chiffres révélés par l’Atlas du Plastique 2020, publié par la Fondation Heinrich Böll, la Fabrique écologique, et le mouvement Break Free From Plastic. Éclairage.

Depuis 1950, 9,2 milliards de tonnes de plastique ont été produites, soit une tonne par habitant à l’heure actuelle sur la planète. Un chiffre qui démontre bien l’omniprésence du plastique dans nos vies. Il s’agit principalement de produits à usage unique et d’emballages. Moins de 10 % de tout le plastique jamais mis en circulation a été recyclé », a indiqué Jens Althoff, Directeur du bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll lors du lancement, en février 2020, de l’Atlas du Plastique 2020, réalisé en partenariat avec la Fabrique écologique, et le mouvement Break Free From Plastic.

Le constat dressé par l’Atlas du plastique est effarant ! Chaque année, 10 millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans l’océan, soit l’équivalent d’un camion toutes les minutes. Ces millions de tonnes de déchets, qui ont tendance à s’agglomérer, forment cinq gigantesques gyres océaniques : un dans le Pacifique Nord et Sud, un dansl’AtlantiqueNordetSudetundansl’océan Indien. Celui du Pacifique Nord, appelé « soupe plastique », est le plus connu.

En Méditerranée, les quantités de plastique présentes sont du même ordre que dans les cinq gyres océaniques. Alors qu’elle représente moins de 1 % de la surface maritime mondiale, il s’agit aujourd’hui l’une des mers les plus polluées au monde. Elle recueille environ 7 % des microplastiques et les quantités de déchets plastiques qui y sont déversés sont considérables. Selon la méthodologie utilisée, cela représente chaque année entre 150 000 et 500 000 tonnes de déchets plastiques (soit environ 66 000 bennes à ordures) et entre 70 000 et 130 000 tonnes de microplastiques. 150 millions de personnes vivent sur les côtes méditerranéennes auxquelles s’ajoutent 200 millions de touristes, dont le séjour se manifeste par une augmentation très significative de la pollution marine pendant l’été avec une hausse comprise entre +40 % et +200 % selon les études. Mer semi-fermée, la Méditerranée présente donc une concentration en plastique des plus élevées, quatre fois plus importante que dans « l’île de plastique » du Pacifique Nord, d’après un rapport du WWF publié en 2019. Ce même rapport rappelle par ailleurs que 80 % des déchets plastiques proviennent de la terre et sont drainés vers les océans via les rivières et les canaux.

Pollution marine : la responsabilité de tous

Les origines de la pollution marine sont diverses, d’après les auteurs de l’Atlas de Plastique 2020. Les activités maritimes comme l’aquaculture, la pêche et le transport constituent une source de pollution plastique. À cela s’ajoutent les déchets qui proviennent de la terre comme les ordures qui jonchent les plages et les microplastiques transportés par les vents. En méditerranée par exemple, la pollution marine est due, pour l’essentiel, à une mauvaise gestion des déchets ainsi qu’à la multiplication des produits plastiques à usage unique qui sont très répandus dans les localités côtières.

La Méditerranée est l’une des mers les plus polluées au monde. Chaque année, entre 150 000 et 500 000 tonnes de déchets plastiques y sont déversés.

Du fait des courants, des interactions biologiques et du processus de dégradation, le plastique migre petit à petit vers les eaux peu profondes, les fonds marins ou le rivage. C’est le cas de 98,8 % de l’ensemble des déchets plastiques qui ont fini dans les océans depuis les années 50 et qui, au fil des décennies, se sont fragmentés et ont coulé vers le fond. On estime par exemple que les poissons qui évoluent entre 200 et 1 000 mètres de profondeur dans le Pacifique Nord en absorbent de 12 000 à 24 000 tonnes par an. Les oiseaux de mer, quant à eux, en ingèreraient chaque année autour de 100 tonnes. D’après le rapport 2019 de WWF, 90 % des oiseaux marins ont des fragments de déchets plastiques dans l’estomac.

L’Atlas du Plastique met ainsi en lumière la responsabilité des entreprises agroalimentaires et des industries de la pétrochimie et de leurs lobbies dans la crise du plastique et montre les limites des techniques de traitement des déchets plastiques. Les auteurs pointent également du doigt le secteur du tourisme, ainsi que les inégalités environnementales qui existent entre les pays riches et les pays à faible revenu. Selon eux, si des actions politiques ne sont pas mises en place en urgence au niveau national et européen pour réduire drastiquement la consommation de plastique et mettre fin à la culture du « tout jetable », en 2050, il y aura plus de déchets que de poissons dans les océans !

Dounia Z. Mseffer