Le site d'information de la CFCIM
Mohammed Drissi Melyani

Entretien avec Mohammed Drissi Melyani

Date de publication : 29 mars 2021 Rubrique : Zoom

« Favoriser la digitalisation des entreprises et des administrations »

Entretien avec Mohammed Drissi Melyani, Directeur de l’Agence de Développement du Digital

Créée dans le cadre du programme Maroc Digital 2020, quel est aujourd’hui le rôle de l’Agence de Développement du Digital ?

L’Agence de Développement du Digital (ADD) est un établissement public chargé de mettre en œuvre la stratégie de l’État en matière de développement du digital et de promouvoir les outils numériques auprès de l’administration et des usagers. Ses premières années furent principalement consacrées à sa structuration et à la mise en place de sa feuille de route. Aujourd’hui, l’ADD se positionne en tant que catalyseur de la transformation digitale du pays et assure trois principaux rôles : fédérer l’écosystème digital marocain, accélérer les projets pour les administrations publiques et assurer la promotion et la sensibilisation autour du digital.

Quel regard portez-vous sur la crise sanitaire et son impact sur la digitalisation ?

Le digital s’impose plus que jamais comme une urgence absolue et se positionne comme un outil de résilience indispensable face aux crises qui risquent de toucher l’humanité. C’est le cas actuellement avec la Covid-19 qui bouleverse le cours naturel de toute une planète, aussi bien dans les rapports humains, sociaux, économiques et autres. Cela accélère d’une façon spectaculaire le processus de transformation des entreprises vers plus d’agilité, avec la mise en place d’approches innovantes et de nouvelles stratégies. Nous avons ainsi constaté durant cette crise quelques changements de paradigmes, puisque bon nombre de grandes et prestigieuses enseignes commerciales, ainsi que des prestataires et fournisseurs de services, ont eu recours aux solutions et services numériques comme pierre angulaire de leur stratégie. Ce virage digital se présente comme la seule alternative permettant d’assurer la continuité de leurs activités.

Comment l’ADD peut-elle accompagner les entreprises qui se tournent vers le digital ?

Nous avons mis en œuvre plusieurs chantiers stratégiques, déclinés dans la feuille de route, pour accompagner et assister les opérateurs privés dans le processus de développement du digital, afin de garantir les meilleures conditions de son accélération. Ainsi, l’ADD opérationnalise actuellement le projet « Digital PME », qui vise à encourager l’adoption du digital au sein des entreprises, à travers la mise en place d’un programme d’accompagnement et de financement. L’objectif est de favoriser la croissance des PME marocaines avec l’intégration des solutions digitales.

Dans la même perspective, et pour répondre à la crise de la Covid-19, l’ADD soutient le programme « Boost with Facebook » qui consiste à développer les compétences digitales au sein des TPME. À cet effet, plus de 1 000 entreprises, soit 2 000 personnes, bénéficient d’une formation pour développer leur activité sur les plateformes Facebook, WhatsApp et Instagram.

Enfin, nous pouvons également citer le projet « Génération digitale », qui est un plan national de formation visant à améliorer la compétitivité des entreprises marocaines. Ce chantier a aussi pour objectif d’aider les employés du privé et du public à mettre à niveau leurs compétences pour s’adapter à un environnement de travail de plus en plus digitalisé. Il s’agit également d’initier la nouvelle génération, au niveau de tous les cycles de formation, en vue de renforcer son employabilité, en l’orientant vers des carrières dans le domaine du digital. De même, le citoyen est au cœur de cette initiative, à travers des actions de formation grand public permettant de promouvoir la culture digitale et de favoriser l’inclusion par le digital.

L’une des priorités de l’ADD concerne la digitalisation de l’administration publique : quelles sont les pistes pour faire progresser le secteur ?

Tout d’abord, il est à souligner que la crise sanitaire a également été un accélérateur de digitalisation dans le secteur public, puisque plusieurs administrations marocaines ont adopté l’outil digital pour favoriser le télétravail et ont fait le choix de limiter les échanges physiques de documents et courriers administratifs. En vue d’accompagner cette dynamique, l’ADD a lancé plusieurs solutions digitales qui encouragent le travail à distance. Nous pouvons notamment citer le Bureau d’Ordre Digital, qui consiste à créer des bureaux d’ordre virtuels pour gérer électroniquement les flux de courriers, le Parapheur Électronique, qui permet de dématérialiser les documents nécessitant une valeur probatoire, ou encore la plateforme Télé-rendez-vous, qui permet aux administrations de gérer digitalement la prise de rendez-vous avec les citoyens en présentiel ou par visioconférence.

Il est important de souligner que le développement de ces plateformes s’inscrit parmi les efforts déployés par l’ADD pour mettre en place un ensemble d’applications mutualisées, développées en interne, en coordination avec ses partenaires, en faveur des administrations. Ces actions font partie d’un programme ambitieux et stratégique intitulé « Smart Gouvernement », qui se décline notamment à travers la mise en place de la Plateforme d’échange de données entre les administrations et la Digital Factory, en charge de la digitalisation rapide des services publics.

Enfin, il faut préciser que la dynamique de digitalisation du secteur public gagne en efficience quand l’administration se dote des moyens et ressources nécessaires pour instaurer une nouvelle culture de conduite du changement à travers des actions de formation, de sensibilisation et d’accompagnement au profit des agents publics.

Au-delà de ces outils, ne faut-il pas aussi faire évoluer l’ensemble des infrastructures du Royaume ainsi que le cadre réglementaire qui sont parfois jugés contraignants ?

En effet, le renforcement de l’écosystème « E-gov » nécessite de mettre en place un environnement adéquat pour la réussite du digital, qui prend en considération l’importance d’acquérir les infrastructures nécessaires, d’accompagner l’évolution du cadre réglementaire et de sensibiliser à l’usage du digital.

Dans ce contexte, l’ADD a inscrit dans sa feuille de route le chantier « Infrastructure Digitale », avec la définition d’un plan de développement des infrastructures essentielles à la transformation digitale du pays : data centers, points d’accès communautaires, cloud…

Enfin, il existe aussi un projet d’appui à l’évolution du cadre réglementaire. Il consiste à examiner les différentes dispositions juridiques encadrant le digital, à identifier celles pouvant constituer un obstacle à un développement harmonieux de l’usage des technologies numériques et des échanges dématérialisés, à proposer les amendements juridiques nécessaires, à élaborer de nouveaux textes… Le but est de mettre à niveau l’arsenal juridique marocain par rapport aux standards internationaux.

Propos recueillis par Thomas Brun