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Hicham Chiguer

Entretien avec Hicham Chiguer

Date de publication : 29 mars 2021 Rubrique : Zoom

« La transformation digitale doit être portée par tout le top management »

Entretien avec Hicham Chiguer, Trésorier Général de l’AUSIM (Association des Utilisateurs des Systèmes d’Information au Maroc) et Directeur Régional IT Admin, Control & IT Solutions – Région France-Afrique-Benelux-Majorel.

Conjoncture : L’AUSIM vient de publier les résultats d’une enquête sur la maturité digitale au Maroc : quels en sont les principaux enseignements ?

Cette enquête de l’AUSIM, menée en partenariat avec DEVOTEAM, a rencontré un grand succès auprès des acteurs SI et du digital, avec de nombreux répondants issus de grands groupes et PME marocains opérant dans différents secteurs. Il apparaît que le digital est devenu incontournable : la pandémie de Covid-19 a accéléré le processus de maturité dans l’esprit des dirigeants et plus de 81 % répondent à présent qu’il est un avantage concurrentiel.

Ceux qui avaient une stratégie digitale, ou qui étaient en train de la déployer depuis quelques années, ont bien géré la période de crise en limitant l’impact sur leur business. Ils ont notamment pu mettre en place des e-services pour leurs clients ou le télétravail pour leurs collaborateurs. Au contraire, d’autres ont malheureusement subi l’effet de la crise sanitaire qui s’est traduit par un impact dramatique sur leur chiffre d’affaires, avec une baisse pouvant dépasser les 50 %.

Qu’est-ce qui freine encore la digitalisation des entreprises d’après l’enquête ?

Le « legacy » [NDR : système informatique dépassé, mais toujours utilisé] est un historique qui pèse lourd sur les « assets » (ressources) de l’entreprise. Cela empêche l’accélération du digital et la clairvoyance dans l’esprit des dirigeants, avec un impact coût/ budget fort. La question se pose ainsi de maintenir le « legacy » pour stabiliser le business ou bien d’innover et créer de nouveaux services à travers des canaux digitaux.

Un autre constat apparaît : les entreprises utilisent de plus en plus d’outils de collaboration digitaux (87 %), mais le besoin d’acculturer les collaborateurs aux nouvelles méthodes et techniques digitales et agiles revient chez tous les dirigeants. Il ne s’agit pas seulement de former les collaborateurs, mais aussi d’intégrer l’agile dans le mode de fonctionnement au quotidien et dans les projets.

En 2020, la crise sanitaire a imposé une forte accélération de la transformation digitale pour beaucoup d’entreprises : quelles sont les principales difficultés observées ?

Les entreprises n’ayant pas lancé de chantier digital avant la crise de la Covid-19 ont dû davantage investir dans des outils collaboratifs et de nouvelles solutions, selon leurs besoins. Le télétravail, la cybersécurité et la protection des données personnelles font que l’accès à distance des systèmes devient une affaire compliquée.

À défaut de temps et de moyens, certaines entreprises ont dû déséquilibrer ce triptyque afin de permettre d’abord l’accès à distance pour travailler et survivre, renforcer ensuite le dispositif de sécurité, et enfin gérer les aspects relatifs à la protection des données.

Entre-temps, les hackers ont profité de cette situation pour mettre à plat des entreprises, avec des blackouts de plusieurs jours, des demandes de rançon pour débloquer les systèmes ou tout simplement voler des données sensibles. Les dirigeants les plus éclairés, parmi ceux qui avaient une trésorerie positive, ont mis la main à la poche pour investir massivement. Malheureusement, d’autres n’avaient pas cette possibilité. Finalement, l’agilité s’est installée rapidement, sans forcément suivre une démarche spécifique.

La transformation digitale n’est pas que l’affaire des DSI et implique de plus en plus les RH et la communication : comment bien piloter de tels chantiers ?

Les DSI et CDO (Chief Digital Officer) jouent un rôle capital dans la stratégie digitale orientée business, mais ils ne peuvent pas la mener seuls en effet. D’abord, le top manager doit être le « sponsor » de cette vision digitale et il doit embarquer tout le COMEX et le CODIR : tous les directeurs doivent porter le digital et implémenter un chantier digital dans leurs directions respectives. On est tous des DSI! On est tous des CDO! Et c’est là où les RH et la communication jouent un rôle clé pour impliquer tous les collaborateurs.

Les exemples sont nombreux. Nous avons ainsi vu des entreprises qui ont lancé rapidement un plan de communication interne et externe pour éclairer sur le changement opéré. C’est aussi une opportunité pour fidéliser les clients et capter de nouveaux prospects, voire sortir de nouveaux produits et services adaptés à la situation. Il faut savoir que toutes ces actions ont été menées pour survivre. Aussi, la communication interne est également importante pour montrer aux collaborateurs les projets prioritaires et la mobilisation du top management pour pérenniser le business et les emplois.

Ce que je peux vous confirmer, c’est que toutes les entreprises qui ont pris au sérieux l’accélération des chantiers digitaux ont vu un impact positif sur leur chiffre d’affaires ou ont eu des opportunités de business plus importantes. C’est un déclic qui s’est déclenché dans la tête des leaders et l’après-Covid sera encore plus positif.

Depuis un an, les DSI sont soumis à rude épreuve ! Quels sont leurs nouveaux défis ?

Les DSI et CDO doivent porter la transformation de l’entreprise par le digital. Le premier défi est donc de convaincre le top manager de la priorité de cette transformation. Ils doivent aider à changer de « mindset » et de posture pour amener l’entreprise à gérer les projets avec plus d’agilité et mobiliser les équipes avec plus de proximité et de communication. Ils doivent agir sur les plans humain, comportemental et technique.

Il y a aussi le renouveau de l’architecture technique, le passage vers le cloud et le SaaS (Software as a Service), ou encore le développement des outils spécifiques pour le « Core Business », afin d’être au plus près du besoin des clients. Enfin, les cyberattaques sont de plus en plus fortes, développant des techniques plus pointues, telles que l’IA. Les entreprises marocaines ne communiquent pas sur le sujet, mais, dans notre communauté, nous partageons ce genre d’attaques pour améliorer nos infrastructures de cybersécurité.

Face à ces enjeux, comment l’AUSIM peut-elle accompagner les DSI ?

En janvier dernier, l’AUSIM a lancé la création de deux programmes phares post-Covid : AusAcademy et Ausmose. Le premier vient répondre aux besoins d’acculturation digitale et d’instauration du « digital mindset » au sein des entreprises. On prévoit, à travers des partenariats innovants, de mettre à disposition un contenu disruptif pour la communauté de l’AUSIM avec un facteur clé de succès : le partage !

Le deuxième programme consiste à créer des clubs qui traitent des thématiques répondant aux besoins de la communauté. Ces clubs se composent d’un animateur et de membres issus de l’AUSIM pour enrichir le débat, poser les problèmes du quotidien et apporter des solutions ou démystifier les sujets à forte valeur ajoutée pour leurs entreprises. L’union fait la force et l’AUSIM se positionne comme un carrefour d’échanges, de richesse intellectuelle et de solutions partageables pour le bonheur de tous.

Propos recueillis par Thomas Brun