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Mohamed Wajih Sbihi

Entretien avec Mohamed Wajih Sbihi

Date de publication : 5 janvier 2021 Rubrique : Zoom

« La baisse de notre secteur est estimée entre 40% à 60% »

Entretien avec Mohamed Wajih Sbihi, Président de Tijara 2020 – Fédération des métiers de la distribution des produits de grande consommation

Conjoncture : La crise liée à la Covid-19, et notamment la période de confinement, a mis à rude épreuve la distribution des produits de grande consommation : quel premier bilan tirez-vous de cette expérience ?

Mohamed Wajih Sbihi : La situation inédite que nous vivons, générée par la Covid19, n’a épargné aucun secteur de l’économie nationale et risque de perdurer à moyen terme, y compris au lendemain de la crise. Le secteur de la distribution ne fait pas exception ! Il a connu un ralentissement notoire. En référence aux sondages effectués auprès des associations régionales de commerces de proximité, cette baisse est estimée entre 40 % à 60 % selon les régions et les typologies d’activités. En outre, et afin d’éviter que le citoyen marocain ne soit affecté par une carence quelconque au niveau des produits de consommation habituels, le secteur a fait preuve d’agilité en révisant ses modes de gouvernance internes à travers le recours à une digitalisation accrue ainsi qu’à des plans de continuité d’activité déployés sur tout le territoire national. Face à cette pandémie, des actions à caractère sanitaire ont été initiées par les membres de Tijara 2020. Nous pouvons citer notamment la sensibilisationauxrèglessanitaires,vial’envoid’outilsdecommunication, ou encore la distribution à titre gracieux de masques et de kits sanitaires. Tout cela démontre la convergence des acteurs du secteur de la distribution vers une préoccupation majeure : l’assurance d’une sécurité alimentaire pour nos concitoyens, ainsi que l’action, en tant qu’acteurs responsables et engagés, auprès des autorités afin d’y parvenir.

Au-delà de l’année 2020, quel regard portez-vous sur le secteur de la distribution au Maroc ?

Aujourd’hui, l’heure n’est pas au dressage de moribonds constats partagés de tous, à l’aide inconditionnelle ni à l’assistanat économique. Nous sommes appelés à consolider nos efforts, à agir de concert et en synergie avec le secteur public. Une feuille de route a été établie par Tijara 2020 à travers un livre blanc.

Celui-ci explicite tant sa vision que les doléances de ses membres, dans une volonté de jeter les bases d’une confiance mutuelle, préalable, avec les partenaires institutionnels et publics au service de l’intérêt général, ainsi que celui de l’essor socio-économique du Royaume du Maroc. Conscient de son rôle en tant que levier de développement, le secteur de la distribution maintiendra, « citoyennement », sa dynamique de création et de génération de valeurs.

Quels sont les obstacles qui freinent le développement du secteur ?

Tout secteur en fort développement affronte imparablement des obstacles. Nous sommes en phase d’élaboration du projet de Loi de Finances 2021 : composante essentielle de tout développement et de toute croissance, la fiscalité interpelle la profession à bien des égards. D’autres facteurs comme le capital humain, en termes de compétences, ainsi que les lourdeurs administratives, nous incitent à être force de propositions vis-à-vis de nos partenaires du secteur public, afin que nous contribuions, ensemble, à l’élaboration d’une économie résiliente et inclusive. Cela passe par la réduction de l’économie informelle et des fragilités sociales, l’appui aux petites et moyennes entreprises, ainsi que par des modes de financement innovants.

La pandémie tend à favoriser le e-commerce : est-ce que cela modifie beaucoup de choses pour vous ?

Effectivement, les pratiques du consommateur marocain ont été modifiées par l’impact de la pandémie de la Covid-19. Le confinement et les risques sanitaires ont changé, à des degrés différents, les habitudes inhérentes à l’achat des produits de consommation. De leur côté, les entreprises, dans un souci de proximité avec leurs clients et celui du maintien de leur activité, ont accéléré leur digitalisation. Assurément, cela fait partie intégrante de nos projets de développement. Nous examinons avec toutes les composantes de l’écosystème les meilleures pratiques dans le domaine ainsi que les stratégies de déploiement les plus abouties.

Plus généralement, quels sont les perspectives du secteur et les projets de Tijara 2020 pour l’accompagner ?

Le secteur envisage un développement serein et multidimensionnel au service du consommateur marocain, ainsi qu’une contribution efficiente au développement socio-économique du Royaume du Maroc. Tijara 2020 dispose d’une dizaine de commissions thématiques qui œuvrent avec beaucoup d’implication au développement du secteur. Dans ce cadre, nous ambitionnons de créer un Observatoire du Commerce et de la Distribution, dont l’objectif est d’accompagner les mutations du secteur dans un contexte national et international très mouvant.

Propos recueillis par Thomas Brun