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Aziz Fassouane

Interview de Aziz Fassouane

Date de publication : 16 octobre 2020 Rubrique : Zoom

« Le développement économique est lié au développement de la recherche scientifique »

Interview de Aziz Fassouane, Directeur de la Cité de l’innovation de l’Université Hassan Ier de Settat

Conjoncture : Quelle est la mission de la Cité de l’innovation de Settat ?

Aziz Fassouane : Les cités de l’innovation ont été créées dans le cadre de la stratégie de l’innovation lancée en 2009 par le Ministère de l’Industrie. Il en existe cinq au Maroc. Elles sont le fruit d’un partenariat entre le Ministère de tutelle des universités, le Ministère de l’Éducation Nationale, de la Formation Professionnelle, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, et le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Économie Verte et Numérique.

Celle de Settat est portée par l’Université Hassan Ier de Settat. Elle représente un investissement de 40 à 45 millions de dirhams pour la construction et elle dispose d’un équipement très sophistiqué. Nous sommes actuellement en phase de démarrage, pour que cette Cité devienne bientôt fonctionnelle.

Sa mission est claire : elle vise à booster l’esprit d’innovation et de création de startups chez les jeunes porteurs de projets et pas seulement chez les étudiants de l’Université. Pour cela, elle offre une infrastructure et un cadre favorable pour y mener des projets de R&D. L’objectif est de générer de la propriété intellectuelle, de la propriété industrielle et des startups. Il s’agit aussi de créer un pont, une synergie entre l’université et l’entreprise.

Comment favoriser concrètement ce rapprochement entre l’université et l’entreprise ?

La relation université-entreprise n’a pas atteint l’efficience. C’est un débat classique, qui remonte à plusieurs années. Il faut une volonté commune pour définir les domaines du partenariat. Les entreprises doivent clairement faire connaître leurs besoins auprès des universités et ces dernières doivent mettre en lumière leurs compétences. Ainsi, ces deux acteurs pourront donc converger et travailler ensemble.

Les cités de l’innovation sont en première ligne de ce rapprochement et de l’effort en matière d’innovation… Tous les acteurs doivent se mobiliser au côté de l’université : la CGEM, les entreprises, les régions, les clusters… Au sein de la Cité de l’innovation, nous mettons à disposition une plateforme technologique, un incubateur, nous hébergeons des entreprises… Nous sommes un établissement public qui offre des services aux entreprises et aux porteurs de projets. Les sociétés doivent identifier les problèmes auxquels elles font face. Alors les étudiants pourront plancher dessus au sein de la Cité.

Le Global Innovation Index classe le Maroc à la 75e place sur 131 pays. La seule manière de progresser, c’est en faisant collaborer l’entreprise et l’université. Nous avons de grandes universités, qui possèdent une forte notoriété, un capital humain de qualité, des infrastructures à la hauteur… Elles doivent pouvoir jouer un rôle auprès des entreprises, qui vont exploiter leurs connaissances. D’une manière générale, pour favoriser l’innovation, il est aussi nécessaire de créer un équilibre entre recherche académique et recherche appliquée au sein de l’université. La recherche académique est indispensable, bien sûr. Mais il faut l’orienter intelligemment vers la recherche appliquée. Car, qui dit innovation dit recherche appliquée.

Le Maroc consacre uniquement 0,8 % de son PIB à la recherche, contre 2,4 % dans l’OCDE. Pourquoi l’effort n’est-il pas à la hauteur ?

Tout le monde est conscient que cela n’est pas suffisant : les enseignants-chercheurs, le Ministère de tutelle… La stratégie nationale fixe l’objectif de 1 %, qui n’est pas encore atteint malheureusement. Mais l’effort a été fait, nous sommes passés en quelques années de 0,3 % à 0,8 %. Il faut essayer de comprendre pourquoi l’État ne parvient pas à améliorer ce chiffre. Il finance pourtant 80-85 % du budget de la recherche. En revanche, il reste à augmenter la contribution du secteur privé. Les grandes entreprises, les multinationales installées au Maroc doivent y participer et l’État doit trouver des mécanismes d’incitation fiscale pour les y encourager. D’autres acteurs doivent prendre leur part, notamment les régions et les collectivités locales.

Pourquoi est-il si important d’investir dans la recherche ?

C’est très clair : toutes les études démontrent qu’il existe un lien direct ou indirect entre le développement de la recherche et le développement économique d’un pays. En fait, l’université crée de la connaissance, à travers la recherche fondamentale et la recherche appliquée, et cette dernière est ensuite valorisée auprès des entreprises. Les entreprises gagnent alors en compétitivité, en productivité, améliorent leur capital humain. En retour, l’université augmente sa notoriété.

La crise du Covid-19 peut-elle représenter une opportunité pour donner une impulsion à la recherche marocaine ?

Il ne fallait pas attendre cette pandémie pour dire que la recherche est importante. Il y a peut-être un effet de mode : les laboratoires ont été perturbés et il y a eu une course pour se pencher sur cette crise et apporter des solutions de santé, technologiques… On a pu voir dans la presse que tel laboratoire a inventé un respirateur artificiel, tel autre un masque artificiel, ou des thermomètres, des tests… Il était possible de faire tout cela avant cette crise.

Au Maroc, nous sommes confrontés à des problèmes de santé, des enjeux d’agriculture, une pénurie d’eau… Il est important de promouvoir, en continu, la recherche de solutions dans tous ces domaines. La pandémie, en tout cas, a démontré que l’on disposait de toutes les compétences nécessaires au Maroc et qu’elles ne demandent qu’à être soutenues.

Propos recueillis par Rémy Pigaglio