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Frederic Faillieres

Interview de Frédéric Faillières

Date de publication : 6 juillet 2020 Rubrique : Zoom

« Nous constatons une hausse de la demande en fruits et légumes à destination du marché européen »

Interview de Frédéric Faillières, Directeur Général Maroc du groupe Maïsadour, Vice-Président et Délégué aux relations institutionnelles régionales de la CFCIM

Conjoncture : Quel a été l’impact de la crise du Covid-19 sur le secteur des fruits et légumes, spécialité du groupe Maïsadour Maroc ?

Frédéric Faillières : Les 15 premiers jours après l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, nous avons constaté une baisse de la demande en produits frais, car les consommateurs se sont rués sur les produits racines comme les patates et les carottes. Ensuite, la demande en fruits est devenue très forte, notamment ceux riches en vitamine C. Le Maroc est revenu sur le marché avec l’orange Maroc Late. La demande en kiwi a fortement augmenté aussi. Puis ça a été au tour des fruits rouges.

La demande en maïs doux frais a, de son côté, progressé de 25 %. La campagne du melon marocain, que l’on pensait compliquée, s’est au contraire très bien passée. Elle a été facilitée par l’arrivée tardive des melons espagnols sur le marché européen. Au fur et à mesure du confinement, le consommateur a modifié ses achats.
Si l’on regarde le marché de la restauration hors foyer (salades, tomates industrielles…), l’effondrement a été total. Mais, globalement, la demande en produits frais a été importante, car les gens ne pouvaient plus aller au restaurant. Pour notre part, nous avons fait une excellente année.

Est-ce que, désormais, la demande est revenue à la normale ?

80 % de notre activité est réalisée à l’exportation. Nous constatons toujours une demande plus élevée que la normale de fruits et légumes sur le marché européen. Ces changements d’habitudes vont-ils perdurer ? Les gens ont eu envie de manger sain et le lien a été fait entre santé et alimentation. Peut-être que ce lien a été renforcé, au bénéfice des fruits et légumes et des produits marocains. Or, l’exportation vers l’Europe de ses fruits et légumes est le cheval de bataille du Maroc.

Le secteur agricole est, en outre, frappé par une sécheresse. Quelles en sont les conséquences ?
La sécheresse n’a pas encore impacté les cultures export. Dans le Souss, nous en verrons l’effet à partir de l’automne prochain sur le barrage d’Aoulouz, qui fermera ses vannes fin octobre ou début novembre. Nous allons au-devant d’une crise gravissime dans cette région s’il n’y a pas d’orage cet été et s’il ne pleut pas l’hiver prochain. L’effet sur la balance marocaine risque d’être très important. C’est un avenir sombre, dans l’attente de l’arrivée de l’unité de désalinisation de Chtouka, qui permettra d’assurer un approvisionnement en eau potable en mars 2021 et pour l’agriculture sans doute à l’automne 2022. Cela permettra de sauver l’agriculture de la région de Chtouka, au sud d’Agadir. Mais le reste du Souss est condamné à plus ou moins grande échéance s’il n’y a pas de pluies importantes pendant l’hiver 2020-2021. Nous, les opérateurs, devrons alors changer de zone de production et irons dans le Gharb, qui est la dernière région où l’on trouve de l’eau en quantités suffisantes.

À votre connaissance, les autorités ont-elles envisagé d’imposer des restrictions à l’export pour sécuriser l’approvisionnement des marchés marocains pendant la crise ?

Pas du tout. Le Maroc est largement excédentaire en fruits et légumes. C’est une culture irriguée, qui n’a donc pas souffert de la sécheresse qui a touché le secteur des céréales. La baisse de production n’interviendrait qu’au printemps 2021 en l’absence de pluie. Mais, même dans ce cas, le Maroc est largement autosuffisant grâce aux importantes zones de production du nord du pays. Il n’y a aucun risque de pénurie.

La sécheresse pourrait en revanche avoir un effet sur la production laitière, car il est nécessaire d’avoir des cultures fourragères pour alimenter le bétail. Mais on pourra toujours importer, ce qui provoquerait toutefois une augmentation du prix du lait.

Quelle forme a pris le soutien des autorités au plus fort de la crise ?
Elles nous ont supportés et encouragés à continuer à travailler et à trouver des solutions en créant les conditions de sécurité pour tous. Cela s’explique, car cette crise a induit une problématique sociale qui tombait en plein Ramadan. Il était important que le travail soit maintenu et que les entreprises exportatrices poursuivent leur activité, notamment pour les devises.

Les mesures sanitaires ont-elles été difficiles à mettre en place ?

Les entreprises du secteur agroalimentaire sont génétiquement organisées pour l’hygiène et la sécurité alimentaire. Tout ce qu’on nous a demandé pour faire face au Covid-19 était déjà en place : lavabos pour tous, stocks de masques, gel hydroalcoolique… Nous y avons ajouté la distanciation dans les usines de production, la réorganisation du travail en équipe selon les villages, la sectorisation des bureaux en fonction des provinces… Mais nous étions déjà prêts à affronter cette situation et nous disposions de toute l’organisation nécessaire.

Propos recueillis par Rémy Pigaglio