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Les entreprises à l’heure de la responsabilité

Date de publication : 28 mai 2020 Rubrique : Zoom

L’épidémie de Covid-19 agit comme un révélateur pour les entreprises, soulignant leurs aptitudes à réagir et mettant en évidence leurs failles. Celles engagées dans une démarche RSE, avec une réelle prise en considération de leurs parties prenantes, s’en sortent plutôt bien. Au contraire, celles qui ne sont pas irréprochables ont du mal à faire face et nuisent à tout leur écosystème. L’heure est à la prise de conscience.

Pour la première fois, en avril 2020, toutes les entreprises du Maroc faisant publiquement appel à l’épargne ont dû publier un rapport RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) pour respecter les directives de l’AMMC (Autorité Marocaine du Marché des Capitaux). Pour certaines, l’exercice n’est pas nouveau et la démarche RSE est bien intégrée. Pour d’autres, en revanche, la question est nouvelle et prend une dimension inattendue en cette période de crise.

Les entreprises engagées s’en sortent mieux

En effet, selon les études publiées récemment, la RSE joue un rôle d’amortisseur. D’après Fanny Henryot, consultante RSE au Maroc, « depuis le début de la crise, les entreprises cotées dans le monde ayant les meilleures notations de RSE ont montré une plus forte résistance au choc économique et financier ». Ainsi, « le lien entre performances ESG (Environnement, Social et Gouvernance) et financière est désormais évident ». Pour expliquer cela, elle remarque que « les entreprises matures en RSE et sincèrement engagées ont eu plus de facilité à répondre à la crise et à remettre en question leurs modèles très rapidement : flexibilité du travail, aide aux salariés, dons en nature (pour les entreprises du secteur alimentaire), reconversion temporaire des activités avec par exemple la fabrication de masques pour l’industrie du textile… » Au contraire, poursuit-elle, « les entreprises peu ou pas engagées dans des mécanismes de dialogue avec leurs parties prenantes connaissent une perte de confiance et un sentiment de frustration parmi leurs collaborateurs. Elles sont donc moins résilientes et sortiront très affaiblies de la crise, voire en faillite pour certaines. »

Développer sa RSE pendant la crise

La période de confinement a, semble-t-il, été propice à la réflexion. Plus que jamais, les entreprises ont un rôle à jouer dans la société au-delà de leur activité économique. Ainsi, plusieurs groupes marocains ont donné l’exemple et contribué fortement au Fonds spécial de lutte contre le Coronavirus. Pour Fanny Henryot, « la question de l’utilité sociale de l’entreprise se pose : c’est-à-dire comment celle-ci mobilise ses moyens de production et d’innovation au service de la société dans son ensemble ». Par exemple, à travers le monde, « beaucoup réfléchissent à une relocalisation de leurs activités, à un travail plus efficace sur la résilience de leur “supply chain”, ou à une meilleure anticipation de leurs risques ». Par ailleurs, durant la crise, la solidarité tend à se développer aussi en interne : « certaines entreprises ont rogné les dividendes ou réduit les salaires des dirigeants au profit des collaborateurs très sollicités ou mis à l’arrêt forcé ».

Vers moins d’informel ?

Enfin, la prise de conscience pourrait également concerner les entreprises qui manquent à leur devoir depuis longtemps. Qu’ont fait les sociétés qui ne déclarent pas leurs salariés à la CNSS au moment où l’organisme public a déployé son dispositif de soutien ? Les difficultés pour porter secours au secteur informel feront-elles réfléchir ceux qui en profitent ?

De même, le non-respect des délais de paiement, qui nuit tant au développement du Royaume depuis longtemps, sera un facteur aggravant dans la crise actuelle. C’est sans doute là encore l’occasion d’adopter de meilleures pratiques en vue de l’après-Covid-19.

Thomas Brun