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Karim Tazi

Entretien avec Karim Tazi

Date de publication : 28 mai 2020 Rubrique : Zoom

« Aucune entreprise ne ressemblera demain à ce qu’elle était hier »

Entretien avec Karim Tazi, Associé PwC au Maroc, chargé des activités de conseil « People & Organisation »

Conjoncture : Au lendemain du confinement, comment réussir son Plan de Sortie de crise ?

Karim Tazi : La phase de sortie de crise est critique. Elle doit être anticipée, planifiée et maîtrisée dans son exécution pour favoriser le retour à une situation sous contrôle. Ainsi, le Plan de Sortie de Crise (PSC) doit être structuré et très lisible. De plus, il doit être compact : le nombre d’initiatives qui le composent doit être très limité. Enfin, il doit s’inscrire dans une perspective temporelle qui ne dépasse pas quelques mois (plan à 100 jours, plan à 10 semaines, plan à trois mois, etc.). Le planning projeté doit être réaliste et prendre en compte le fait que les ressources ne tournent pas à pleine capacité dans le contexte actuel.

Quels doivent être les objectifs de ce plan ?

Ce plan doit viser des objectifs à court et moyen terme très concrets et réalistes. Il faut concentrer l’énergie des collaborateurs vers les objectifs qui sont les plus importants à court terme : ventes, maîtrise des charges, trésorerie, continuité d’activité, etc.

Ces chantiers doivent se substituer aux feuilles de route et objectifs initiaux qui avaient été définis précédemment. Les projets critiques pour l’activité de l’entreprise peuvent être intégrés au PSC, mais les autres doivent être différés ou réévalués après la sortie effective de la crise. Enfin, le management doit pouvoir faire preuve d’agilité pour ajuster le plan ainsi que les objectifs au fur et à mesure de l’évolution de la conjoncture.

Comment mobiliser les collaborateurs pour la sortie de crise ?

Il s’agit là d’un point clé. Le réflexe naturel pour les dirigeants, dans ces situations de crise, est de vouloir gérer l’ensemble des problèmes rencontrés. Or, il est fondamental de mobiliser les forces vives de l’entreprise autour d’eux. Les managers et middle managers doivent jouer un rôle central dans la sortie de crise. Ainsi, ils doivent participer à la mise en place du PSC, en partageant les enjeux, l’état des lieux, les objectifs et en étant acteurs du choix des chantiers à mettre en œuvre.

De nombreux projets de transformation ont été lancés au sein des sociétés marocaines, quels que soient leur taille et leur secteur d’activité. Si certains projets ont parfaitement fonctionné, beaucoup se heurtent à des difficultés réelles et n’atteignent pas leur plein potentiel, du fait notamment de la perturbation qu’ils peuvent apporter au « day-to-day business » ou en raison de classiques résistances au changement.

À ce niveau, la crise élève le degré d’urgence de la transformation qui doit être menée au sein de l’entreprise, voire la légitime. Les dirigeants constatent que les chantiers d’optimisation, de réorganisation, ou de digitalisation par exemple, peuvent être conduits dans un timing beaucoup plus tendu du fait de l’urgence générée par la crise. Nous avons déjà vu nombre de nos clients presser de manière spectaculaire l’exécution de certains projets qui ont été priorisés.

Dès lors, le dirigeant, s’il détecte ces opportunités, peut profiter de la crise pour accélérer la transformation et préparer son entreprise en vue de pérenniser son modèle opérationnel.

Quels conseils donner aux entreprises à court terme ?

La situation actuelle est totalement inédite et se caractérise par une grande complexité, car nous maîtrisons peu des paramètres qui détermineront les impacts réels de la crise ou qui nous permettront d’envisager la sortie de crise.

Dans ce contexte, les conseils que nous pouvons donner sont ceux issus de notre expérience auprès d’entreprises qui ont déjà vécu des crises importantes. Malgré le stress engendré, il nous semble essentiel que les dirigeants « lèvent la tête » et prennent du recul par rapport aux opérations quotidiennes. Dans la mesure du possible, ils doivent essayer de projeter l’entreprise, à travers différents scenarii, au-delà du court terme. Ces scenarii doivent reposer sur des hypothèses évoluant en fonction de l’actualité. Les dirigeants doivent ainsi mobiliser leurs forces vives autour de cette dynamique de sortie de crise. Cela permettra de réussir collectivement.

Enfin, ils doivent communiquer en prenant régulièrement la parole pour rassurer les troupes. Même s’il n’y a pas d’événements nouveaux, nous recommandons de maintenir un fil de communication vis-à-vis des collaborateurs. Ceux-ci en ont grandement besoin.

Propos recueillis par Thomas Brun