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Protéger les collaborateurs et sauver les entreprises

Date de publication : 28 mai 2020 Rubrique : Zoom

Tandis que la crise sanitaire n’est toujours pas terminée, les entreprises doivent également affronter une crise économique sans précédent. Il s’agit donc de préserver la santé des collaborateurs tout en cherchant à relancer l’activité. Dans ce contexte inédit, il est indispensable de se réinventer pour préparer la sortie de crise.

C’est une situation totalement inédite pour les entreprises. D’une part, il s’agit de protéger les salariés au maximum, car le risque de contagion est encore présent. D’autre part, il faut tout mettre en œuvre pour relancer l’activité économique et espérer survivre à cette période très difficile.

Rassurer les collaborateurs

En tant qu’employeur, la priorité est, tout d’abord, de prendre soin de ses collaborateurs. Après deux mois de confinement, la plupart sont impactés moralement, voire financièrement. Qu’ils aient été en arrêt de travail,

en télétravail ou encore obligés de sortir travailler, ils doivent se sentir soutenus et écoutés. Leur vie, personnelle et professionnelle, a été bouleversée et les angoisses sont nombreuses. Comme l’explique Zakaria Rbii, président de l’AGEF (Association nationale des gestionnaires et formateurs des ressources humaines du Maroc), il peut être utile de mettre en place une cellule de soutien psychologique, pour que chacun puisse s’exprimer et mieux gérer son stress (voir entretien). Ainsi, une fois qu’ils sont retour dans l’entreprise, il est important de rassurer les salariés. Ils ont besoin de se sentir en sécurité sur leur lieu de travail et d’avoir quelques certitudes sur l’avenir de la société.

Sécuriser l’entreprise

Du point de vue sanitaire, la démarche est claire : tout doit être fait pour éviter la contagion et protéger les parties prenantes. D’après la CGEM (Confédération Générale des Entreprises du Maroc), qui a publié plusieurs guides en ce sens, il est recommandé d’adopter au sein de chaque entreprise un plan Covid-19 piloté par une équipe dédiée. Cette dernière doit réunir, entre autres, des membres des ressources humaines et de la médecine du travail, afin de planifier toutes les actions nécessaires.

Pour commencer, un audit sanitaire peut être réalisé préalablement à la reprise du travail, en particulier au sein des grandes entreprises. De même, il est important de former et de sensibiliser les collaborateurs aux bonnes pratiques, tout en échangeant avec les partenaires pour une harmonisation des procédures.

Les mesures sanitaires doivent être appliquées rigoureusement : désinfection régulière des locaux, mise à disposition d’équipements de protection (gel hydroalcoolique, masques et gants notamment), ou encore réaménagement des espaces pour permettre une distanciation physique d’au moins un mètre. Et tout cela concerne également le transport du personnel, s’il est organisé par l’entreprise.

Exiger les bonnes pratiques

En plus de ces mesures générales, il est indispensable d’exiger des collaborateurs ou de toute personne présente dans l’entreprise, le strict respect des consignes de sécurité. La cellule Covid-19 doit identifier les salariés fragiles et envisager avec eux toutes les possibilités de travail à distance. Par ailleurs, les collaborateurs dont la présence est nécessaire doivent être suivis individuellement par le médecin du travail pour veiller sur leur santé et s’enquérir de celle de leurs proches. Ainsi, au niveau des accès, il est recommandé de prendre la température de chacun et de respecter une procédure établie avec la médecine du travail en cas de problème.

À l’intérieur des locaux, le port du masque doit être obligatoire et une distance d’un mètre doit être observée avec son interlocuteur ou son voisin, en évitant autant que possible les rassemblements et les réunions. Laisser les portes ouvertes ou éviter de les ouvrir avec les mains est également recommandé. Enfin, des affiches pour informer et expliquer les bons gestes sont très utiles pour rappeler comment porter un masque ou bien se laver les mains.

Plan de sortie de crise

En plus de l’urgence sanitaire, il est aussi indispensable de prendre en considération l’urgence économique. Dans un contexte national et international incertain, chaque entreprise doit élaborer son propre Plan de Sortie de Crise. Tout comme le Plan de Continuité d’Activité, qui a pu être déployé lors du confinement débuté le 20 mars dernier, ce plan vise à garantir la pérennité de l’entreprise malgré la crise qui devrait durer encore de longs mois. Pour cela, il est important de lister tous les risques possibles (perte de clients, rupture de la chaîne logistique…) et de se préparer à plusieurs hypothèses : une optimiste, prévoyant une sortie de crise sanitaire d’ici septembre, une raisonnable, tablant sur la fin de l’année, et une pessimiste, anticipant des difficultés pendant un an. Il faut ensuite organiser le fonctionnement de l’entreprise dans les prochains mois, en gérant sa trésorerie, en assurant l’opérationnel et en stabilisant le commercial.

Selon Karim Tazi, associé au sein de PwC au Maroc, il s’agit de prendre toute la mesure de la situation et de revoir la stratégie en se concentrant sur l’essentiel à court terme et en amorçant la transformation de l’entreprise pour être plus résistant (voir son entretien).

Innovation « darwinienne »

Pour survivre, dirigeants et entrepreneurs vont devoir adapter leurs organisations en faisant preuve d’inventivité. Ce concept d’innovation « darwinienne », évoqué dans une publication d’Amine Tazi et Mehdi Lahlou, associés du cabinet Roland Berger à Casablanca, permet de trouver rapidement des solutions concrètes pour pallier les contraintes liées à la crise sanitaire. Ils citent par exemple un opérateur de centre d’appel qui a pu s’organiser et équiper en un temps record ses téléconseillers pour travailler à distance, alors que c’était jugé impossible une semaine auparavant. Puis, selon eux, « ces innovations darwiniennes de court terme devront être consolidées et poussées plus loin vers une innovation plus structurelle, conférant un avantage stratégique tant durant une crise prolongée que dans l’après-crise ». En ce sens, « les entreprises devront porter un regard neuf sur toutes les composantes de leurs business et operating models ». Il s’agit notamment de repenser les modèles de distribution et de consommation, en intégrant plus de digital, d’envisager des processus plus résilients ou encore de capitaliser sur les nouveaux modes de collaboration expérimentés pendant la crise.

Les entreprises les plus agiles dans la gestion de cette crise et les plus rapides à tirer parti des opportunités associées disposeront d’une avance stratégique par rapport à celles qui attendront passivement un retour à la normale, concluent les auteurs.

Favoriser le télétravail

Parmi les approches privilégiées durant le confinement, le télétravail semble avoir convaincu bon nombre d’organisations, selon Zakaria Rbii, Président de l’AGEF. À ce jour, et tant que l’épidémie de Covid-19 n’aura pas disparu, ce mode reste fortement recommandé, puisqu’il permet la distanciation sociale tout en maintenant un bon niveau de productivité. Toutefois, il est important de bien encadrer cette pratique pour qu’elle conserve tout son intérêt. En effet, souvent mis en place sans préparation, le télétravail a parfois donné lieu à quelques dérives qu’il convient de corriger. Comme le souligne le président de l’AGEF, il est notamment indispensable de respecter les horaires afin que le collaborateur puisse garder un équilibre entre vies professionnelle et personnelle. De même, les managers doivent s’adapter à ce nouveau mode de fonctionnement pour maintenir l’engagement des salariés à distance, sans les rencontrer.

Ainsi, au-delà de la crise, le télétravail pourrait bien devenir une option crédible au Maroc, où il était très peu envisagé jusque-là. Par exemple, face aux problèmes de mobilité à Casablanca, il s’imposera peut-être comme une réelle alternative.

Accélérer la transformation digitale

Au-delà du télétravail, c’est tout le fonctionnement de l’entreprise qui gagnerait à être davantage digitalisé. Durant le confinement, l’écart entre les sociétés qui ont largement avancé leur transformation digitale et celles qui ne l’ont pas vraiment amorcée était criant. À l’heure de la distanciation sociale, l’accès à des informations dématérialisées n’est plus une tendance, mais une urgence. Pour beaucoup d’organisations publiques et privées, il a fallu improviser sous la contrainte et il faut maintenant accélérer la démarche. Il s’agit de réfléchir rapidement à la manière d’intégrer le digital dans toutes les fonctions de l’entreprise : relation client, marketing, RH, achats, etc. De plus, les systèmes d’information doivent évoluer et répondre aux exigences de la situation pour ne plus constituer un maillon faible de la société.

C’est également l’occasion d’inclure durablement les outils qui ont conquis leurs utilisateurs durant la crise sanitaire. Des applications telles que Zoom, Microsoft Teams ou bien Google Meet ont surpris par leur capacité à organiser des réunions à distance en toute simplicité. Elles seront encore plébiscitées longtemps pour faire face à la crise, et même au-delà. En effet, pourquoi s’en priver et continuer à rassembler physiquement des personnes éloignées, notamment pour des réunions peu importantes ? Les gains de temps et de productivité sont indéniables.

Cybercriminalité en hausse

Au moment d’envisager le tout digital et de généraliser le télétravail autant que possible, les entreprises doivent impérativement veiller à la cybersécurité. En effet, les périodes de crise, et particulièrement celle liée aux Covid-19, sont propices aux cyberattaques. Comme l’explique Ali El Azzouzi (voir son entretien), Directeur Général de Dataprotect, le signalement de logiciels malveillants a très fortement augmenté depuis le début de l’épidémie. Profitant de la faiblesse passagère des entreprises et de la curiosité des collaborateurs, les pirates multiplient les tentatives d’intrusion, à travers notamment des emails trompeurs parlant du Coronavirus.

D’après les experts, les PME sont particulièrement exposées, car les cybercriminels savent qu’elles ne disposent que rarement d’un système de sécurité efficace. Il est donc urgent pour elles, et pour les grandes entreprises mal protégées, de mettre en place un dispositif de cybersécurité. Antivirus performants, mise à jour du matériel, sécurisation des échanges, surveillance des points d’accès… : le maximum doit être fait pour prévenir toute attaque. Enfin, la sensibilisation des collaborateurs est essentielle, car c’est souvent une erreur humaine qui est à l’origine des intrusions.

Thomas Brun

 

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