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Digitalisation : les initiatives solidaires se multiplient pour faire face à la crise du Covid-19

Date de publication : 21 mai 2020 Rubrique : Echos Maroc

L’état d’urgence est aussi un terreau propice à l’entraide et à l’éclosion de nouvelles idées. Zoom sur deux initiatives gratuites : le site fdar.ma qui propose aux petits commerçants de créer leur site e-commerce et le site laclasse.ma, une plateforme d’enseignement à distance dédiée aux professeurs et à leurs élèves.

 

Abdelouahed El Kouch3 questions à Abdelouahed El Kouch, membre de l’équipe de fdar.ma

Comment a émergé l’idée de créer fdar.ma ?

L’équipe de fdar.ma est constituée de 11 personnes, auxquelles se sont ajoutées trois autres. Nous sommes des ingénieurs en informatique, des développeurs, des marketeurs, des designers, des spécialistes du e-commerce… avec au minimum huit ans d’expérience. Tous les initiateurs se connaissent depuis des années et nous avons un groupe Facebook sur lequel nous échangeons des nouveautés du digital, du web… Au début de la crise, l’idée de fdar.ma a émergé. Notre objectif : aider les petits commerçants à faire face aux difficultés rencontrées pendant cette période de crise en créant gratuitement leur boutique en ligne. Nous visons en particulier les commerçants qui vivent au jour le jour. Ceux qui, s’ils ne travaillent pas une journée, n’ont aucune source d’argent. Le jour même, nous avons réservé le nom de domaine. Dès le lendemain, nous avons commencé le travail. Heureusement, c’est un type de projet qui ne nécessite pas beaucoup d’investissement financier, mais surtout du savoir-faire, que nous avons déjà. Nous travaillons bénévolement, mais nous sommes en train de chercher des partenaires qui voudraient nous rejoindre, par exemple pour prendre en charge l’hébergement, la livraison, le paiement en ligne…

Comment fait le commerçant pour créer sa boutique en ligne ?

Il se connecte sur le site et enregistre une demande de création de boutique. Nous traitons chaque demande individuellement. Nous déterminons si le commerçant est éligible. Si c’est le cas, nous nous occupons de tout. La plupart des petits commerçants n’ont ni logo ni bannière, donc nous en créons une. Nous tenons le commerçant au courant via des SMS, car nous nous sommes rendu compte qu’ils utilisaient très peu les emails. Quand tout est prêt, nous lui envoyons les codes d’accès. Le commerçant se connecte sur sa boutique en ligne, qui a son propre nom de domaine, puis il peut ajouter les produits, les photos, les descriptions… Et tout est gratuit ! Le client qui achète peut ensuite se faire livrer et payer à la livraison. Aujourd’hui, nous avons recensé plus de 750 inscriptions de petits commerçants, d’artisans et de coopératives. Nous avons d’ailleurs été surpris par le nombre d’inscriptions de ces dernières ! Nous avons ouvert plus de 200 boutiques, dont une trentaine sont alimentées par des produits.

Le e-commerce reste peu développé au Maroc. Vous pensez que cette initiative peut favoriser sa progression chez les commerçants ?

Beaucoup découvrent le principe de la vente en ligne, le fonctionnement d’un site web, d’un site e-commerce, comment ajouter une catégorie, changer le statut d’une commande… Il y a deux jours, l’un des vendeurs m’a appelé pour me demander comment voir le nombre de clics sur un produit, comment déterminer s’il a reçu des visiteurs, le nombre de clients… Il m’a dit : « Comme ça, si je n’ai pas de clic sur ce produit, je peux changer la photo ou le prix ». Ça m’a vraiment fait plaisir ! S’ils se rendent compte qu’il y a des ventes, que ça fonctionne, ça pourra les aider après la crise. Du côté des clients, cette période a aussi poussé les gens à faire leurs achats en ligne.

fdar.ma

Copie d’écran du site fdar.ma

Mohammed Derouich3 questions à Mohammed Derouich, fondateur de la plateforme en ligne Laclasse.ma

Pourquoi avez-vous décidé de créer la plateforme de cours en ligne Laclasse.ma ?

Je suis issu du domaine de l’IT et je fais du consulting sur le télétravail. Au moment de la crise, j’ai constaté que les professeurs marocains faisaient de gros efforts pour donner leurs cours à distance, mais que les outils à leur disposition n’étaient pas adaptés. Ils utilisaient Whatsapp, Facebook, Teams, Zoom… Comme je travaille dans ce domaine, je sais que ce sont des solutions de visioconférences qui ne sont pas adaptées à l’éducation. Je me suis donc dit qu’il fallait développer une plateforme pour donner des cours à distance, qui soit adaptée aux spécificités marocaines.

Il faut notamment prendre en compte que, à part ceux qui bénéficient d’énormes budgets, la majorité des établissements du Maroc n’ont jamais vécu une période de digitalisation. Même les écoles d’informatique ! Il fallait en effet être réaliste et proposer un outil simple, qui pourra être utilisé par tout le monde. Cela implique qu’il doit disposer de peu de fonctionnalités, être simple d’utilisation, respecter l’UX [l’expérience utilisateur]… J’ai été rejoint essentiellement par des Marocains résidant en France, et je me suis retrouvé rapidement avec une équipe de 20-25 personnes. Nous avons décidé de créer Laclasse.ma pour aider les élèves et les professeurs de notre pays. Je m’attendais à avoir 1 000 utilisateurs. Après quatre semaines, nous en avons 20 000 ! Nous avons désormais 10 000 clics sur « démarrer le cours » chaque jour, et plus de 2 000 classes issues des secteurs public et privé.

Concrètement, comment fonctionne laclasse.ma ?

Il existe deux modules : la classe et le cours. Ni plus ni moins. Et nous avons pris en considération les connexions qui ne sont pas de bonne qualité, donc la plateforme peut fonctionner en 3 G. Jusque-là, seulement 3 ou 4 % des utilisateurs ont eu des problèmes de connexion. Il est possible de faire un partage d’écran, de partager des vidéos YouTube, d’exporter une liste de présence, de faire de la discussion instantanée, d’échanger via caméra, d’utiliser un whiteboard, d’écrire sur les slides… En parallèle d’un cours, des élèves peuvent créer une salle pour faire un atelier. Il y a un point très important : nous n’autorisons pas l’enregistrement des vidéos. Car notre état d’esprit est de conserver une interactivité. Je ne veux pas qu’un prof entre et se contente de partager une vidéo. L’interactivité est au cœur de l’éducation. Nous souhaitons donc maintenir ce principe.

Est-ce que la plateforme est gratuite ?

C’est 100 % gratuit. L’équipe de Laclasse.ma finance tout elle-même, en particulier moi-même et mon frère qui réside en France. Elle ne disparaîtra pas avec la fin du confinement, nous nous engageons à la prolonger pendant cinq ans. Notre objectif est de garder une alternative quand il est compliqué d’aller à l’école ou bien pour ceux qui ont besoin de cours complémentaires. Nos connaissances nous ont permis de créer cette plateforme à moindre coût. Mais on ne dit pas qu’on ne trouvera pas d’autres moyens de financement. Nous avons des demandes qui proviennent d’Afrique et d’Europe. Si un organisme me contacte pour mettre en place la plateforme dans un pays européen par exemple, alors probablement je ne le ferai pas gratuitement. Au Maroc, en revanche, elle restera gratuite.

Copie d’écran du site laclasse.ma

Copie d’écran du site laclasse.ma

Rémy Pigaglio

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