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Amine Diouri

3 questions à Amine Diouri, Directeur Études et Communication d’Inforisk

Date de publication : 26 mars 2020 Rubrique : Echos Maroc

« Les entreprises qui ont la possibilité de payer leurs créances doivent le faire maintenant, plus que jamais »

3 questions à Amine Diouri, Directeur Études et Communication d’Inforisk, Responsable du programme Inforisk Dun Trade Maroc

 

Quel est l’impact de l’épidémie de la Covid-19 et de l’état d’urgence sanitaire sur les entreprises du Royaume, en particulier les TPME ?

Le contexte global de cette épidémie et la fermeture des frontières avec un certain nombre de pays fait que nous vivons désormais dans une économie fermée sur elle-même. La crise a bloqué le commerce extérieur, et les entreprises importatrices et exportatrices tournent au ralenti.

Il y a un mois, nous constations un problème au niveau de l’offre, les entreprises marocaines éprouvaient des difficultés à s’approvisionner notamment auprès des entreprises chinoises. Aujourd’hui, elles rencontrent un problème de demande, car beaucoup de secteurs et d’industries sont à l’arrêt.

La trésorerie des TPME, tout particulièrement, est dans une situation critique. C’était déjà le cas avant la crise, en particulier à cause des délais de paiement qui se sont dégradés ces derniers mois et pour lesquels j’avais lancé un signal d’alarme. Leur système immunitaire est détérioré, et on leur demande de résister à une crise beaucoup plus grave, avec moins de clients et en ayant beaucoup de mal à se faire payer.

Il est encore difficile de dire ce qu’il en est du côté des procédures collectives. Nous ferons un premier bilan dans quelques semaines. Mais il faut s’attendre, bien sûr, à une hausse inhabituelle des défaillances d’entreprises.

Quelles mesures ont été mises en place par les entreprises pour faire face à la crise ?

Que ce soient les grandes entreprises, les PME ou les TPE, elles s’adaptent à la baisse de leur chiffre d’affaires. Elles essaient notamment de gagner en trésorerie en rognant les charges fixes non indispensables. J’ai vu par exemple que Royal Air Maroc avait décidé de réduire les salaires de 10 à 30 %.

On ne sait pas combien de temps durera la crise et le confinement qui bloque la quasi-totalité de l’économie. Cela pourrait se terminer dans très longtemps. Alors toutes les entreprises économisent le moindre dirham pour survivre le plus longtemps possible.

Que pensez-vous des mesures qui ont été adoptées par le gouvernement pour aider les entreprises ?

Les mesures adoptées ne font qu’atténuer la pression sur les entreprises. Les entreprises n’ont pas de client, pas de chiffre d’affaires… Pourtant, c’est quand même cela leur cœur d’activité ! Donc le report d’obligations fiscales ou sociales, c’est bien, mais les entreprises ont surtout comme priorité le recouvrement des créances à l’extérieur. Les entreprises qui ont la possibilité de payer leurs créances doivent le faire maintenant, plus que jamais.

Évidemment, l’argent du fonds spécial de gestion de l’épidémie de Covid-19 devra être en grande partie attribué aux ménages en difficulté. Mais une partie doit être aussi utilisée pour aider les TPME, notamment celles qui ont de grandes problématiques de trésorerie. Il faut leur donner un peu de souffle, pour qu’elles puissent conserver l’emploi, en espérant que l’activité redémarre bientôt.

 

Propos recueillis par Rémy Pigaglio