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Le chemin vers l’émergence

Date de publication : 9 mars 2020 Rubrique : Zoom

La recherche de l’émergence est un objectif affiché par le Maroc depuis le début des années 2000. À cette époque, le pays enregistrait des taux de croissance de plus de 5 % et semblait pouvoir intégrer le club des pays émergents. Aujourd’hui, si le Royaume a connu d’importantes avancées, le décollage économique se fait encore attendre. Retour sur les principales réformes visant à donner une nouvelle impulsion au développement.

En 2005, le Plan Émergence est adopté dans l’optique de développer les Métiers Mondiaux du Maroc (offshoring, automobile, aéronautique, électronique, textile et agroalimentaire). Ces secteurs devaient, à partir de 2015, représenter 70 % de la croissance industrielle du pays, créer 400 000 emplois ou encore faire gagner 1,6 point de croissance.

Une stratégie qui était censée être redynamisée par le Pacte national pour l’émergence industrielle (PNEI) engagé en 2009. Difficile d’estimer les résultats de cette stratégie. Le site du quotidien Le Matin indiquait en 2014 que près de 100 000 emplois avaient été générés, soit 45,5 % des objectifs du PNEI. Le média précisait par ailleurs que le nombre de postes avait augmenté de 60 % dans l’automobile et de 30 % dans l’aéronautique.

Lancé également en 2009, le chantier de la régionalisation avancée visait notamment à faciliter le déploiement des politiques sectorielles à l’échelle locale et à réduire les inégalités territoriales en donnant aux Régions de plus grandes prérogatives. Dix ans après, si le redécoupage du Maroc en 12 Régions a été concrétisé au niveau administratif, les décisions liées à l’investissement et au développement économique restent encore trop centralisées.

Dans son discours du 20 août 2014, Sa Majesté le Roi Mohammed VI énonçait clairement l’objectif d’intégrer le club des pays émergents. « Notre modèle de développement a atteint un niveau de maturité qui l’habilite à faire une entrée définitive et méritée dans le concert des pays émergents. Toutefois, les prochaines années seront décisives pour préserver les acquis, corriger les dysfonctionnements et stimuler la croissance et l’investissement », indiquait le Souverain.

Dans la continuité du PNEI, le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie Numérique dirigé par Moulay Hafid Elalamy lançait cette même année 2014 le Plan d’accélération industrielle (PAI). S’appuyant sur la constitution d’écosystèmes intégrés (dans les mêmes secteurs que ceux du Plan Émergence), cette stratégie prévoit des mesures d’accompagnement, de formation ou encore des subventions, notamment au bénéfice des investisseurs internationaux s’implantant au Maroc. L’objectif initial était de créer 500 000 emplois et d’accroître, à l’horizon 2020, de 9 points la part de l’industrie dans le PIB afin d’atteindre les 23 %.

Vers un nouveau modèle de développement plus inclusif
Malgré ces différentes stratégies, les performances économiques du Maroc ont nettement ralenti au cours des années 2010. Le pays est entré dans un régime de « croissance molle », située autour de 3 à 4 %. Les créations d’emploi n’ont pas non plus décollé et sont loin d’être suffisantes pour résorber le chômage et permettre l’intégration professionnelle des jeunes qui se retrouvent chaque année sur le marché du travail.

Si des secteurs comme l’automobile et, dans une moindre mesure, l’aéronautique se sont développés de manière spectaculaire, la taille relative du secteur industriel n’a pas augmenté. En parallèle, les inégalités ont perduré, générant des tensions sociales.

Faisant le constat de ces difficultés, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a initié une réflexion sur un nouveau modèle de développement dans son discours prononcé à l’ouverture de la session parlementaire en octobre 2017. Le Souverain a appelé « le Gouvernement, le Parlement et les différentes institutions ou instances concernées » à se pencher sur un nouveau modèle « pour le mettre en phase avec les évolutions que connaît le pays ».

S’en est suivie une mobilisation des institutions et de la société civile pour élaborer des propositions pour un nouveau modèle de développement.

Après cette phase préparatoire, le Chef de l’État a créé en novembre dernier une Commission spéciale présidée par Chakib Benmoussa, Ambassadeur du Maroc en France. Elle est composée de 35 personnes, dont 10 femmes, issus des secteurs de l’entreprise, des associations, de l’université, de la recherche ou encore de la culture.

Les membres de la Commission, qui se réunissent en séance plénière une fois par semaine, multiplient depuis les rencontres et visites de terrain. Ils doivent dévoiler leurs pistes pour un nouveau modèle de développement à l’été prochain.

Rémy Pigaglio

BRICS« Pays émergent », une notion mal définie

Il n’existe pas de définition partagée de la notion de « pays émergent ». Selon le quotidien Le Monde, en 1981, Antoine Van Agtmael, économiste néerlandais de la Société financière internationale (filiale de la Banque mondiale), a été le premier à utiliser le terme « émergents » en référence aux pays en voie de développement offrant des opportunités aux investisseurs.
En 2004, l’économiste Ashoka Mody, qui officiait alors au sein du Fonds Monétaire International (FMI), tentait de caractériser ces marchés émergents. Leur principale particularité était, selon lui, leur haut degré de volatilité et leur processus transitionnel. Malgré cette imprécision, le Financial Times estimait, en 2015, que les classements de pays émergents établis par MCSI et JPMorgan ont une influence majeure, car ils sont consultés par les investisseurs pour placer leur argent. Par exemple, en 2020, MCSI a classé 26 pays parmi les marchés émergents selon trois critères : le développement économique, les conditions de taille et de liquidité, et l’accessibilité du marché. De son côté, le FMI regroupe économies en développement et États émergents dans une catégorie beaucoup plus large totalisant 155 pays en retenant trois paramètres : le revenu par tête, la diversification des exportations et le degré d’intégration dans le système financier mondial.