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Efficacité énergétique, l’autre défi du Maroc

Date de publication : 27 janvier 2020 Rubrique : Zoom

La Stratégie nationale d’efficacité énergétique vise une économie de 15 % de la consommation énergétique du pays en 2030. Plusieurs initiatives ont vu le jour, mais il existe encore de nombreuses contraintes à surmonter. Détails.

La Stratégie nationale d’efficacité énergétique a été érigée en priorité. Elle ambitionne d’économiser 12 % de la consommation énergétique dupaysen2020et15%en2030. L’économie réalisée à terme serait de l’ordre de 170 milliards de dirhams, rappelle Mohammed Belhaj Soulami, fondateur et Directeur Général du groupe Clean Tech–Solugy. Si les objectifs sont atteints, cela voudrait dire que, chemin faisant, 150 000 emplois directs auront été créés et que le PIB aura gagné 15 points de base par an.

Dans cette optique, plusieurs initiatives ont vu le jour. Ainsi, un projet dédié à l’accompagnement de l’efficacité énergétique (EE) au Maroc a été lancé dès 2017. « Le groupe Al Omrane a pour sa part testé l’applicabilité du Règlement Thermique de Construction au Maroc par la réalisation de démonstrateurs bénéficiant à des projets de logements sociaux réalisés dans des zones climatiques représentatives, avec le soutien de l’Union européenne », rappelle le groupe BCP (Banque Populaire) dans son livre blanc intitulé « Efficacité énergétique & énergies renouvelables – Leviers de compétitivité des entreprises ». Par ailleurs, des programmes publics pilotes de promotion ont été initiés.

De son côté, la Société d’Investissements Énergétiques (SIE) propose, dans le cadre de contrats de performance énergétique, des solutions EE, en priorité au profit de services d’éclairage public. Cependant, et malgré l’arrivée de la Loi n° 47-09 relative à l’efficacité énergétique promulguée par le Dahir n° 1-11-161, la déclinaison du cadre réglementaire à l’échelon du territoire est encore insuffisante, déplorent les auteurs du livre blanc.

Parmi les contraintes auxquelles fait face l’EE, le déficit normatif qui reste important, puisqu’en dehors des considérations de sécurité, les normes existantes ne sont pas obligatoires et ne font pas l’objet de contrôle de conformité et de certification (matériaux d’isolation thermique et équipements performants).

Coût de l’information trop élevé

Économiser de l’argent sur sa consommation énergétique coûte cher. Les entreprises engagées dans ce processus se rendent compte que l’accès à l’information sur l’économie d’énergie coûte plus cher que celle sur sa consommation. Par conséquent, la plupart des entreprises sont mal informées sur les enjeux et les solutions énergétiques. Pire, peu d’entre elles sont réellement sensibilisées à l’impact potentiel de l’efficacité énergétique, « encore moins sur les avancées technologiques », font remarquer les auteurs du document. Autres contraintes de taille qui freinent le développement de l’EE, l’insuffisance de ressources humaines qualifiées, la multitude d’audits énergétiques réalisés et le peu de résultats en découlant. Et même quand tous ces obstacles sont dépassés, il reste toujours celui du manque d’informations sur l’accès au financement et les programmes de subvention disponibles. Or, les banques et sociétés de financement sont prêtes à accompagner la filière de l’EE. Elles considèrent cette dernière comme source de diversification des services financiers et estiment qu’elle est porteuse d’opportunités réelles pour améliorer la compétitivité et la productivité des entreprises et mobiliser de nouveaux investissements.

Le coût d’investissement initial pour s’inscrire dans une démarche d’EE fait également réfléchir les patrons d’entreprises. Ce coût est particulièrement élevé dans le bâtiment, même pour des solutions passives. Par ailleurs, les professionnels attendent un engagement plus fort des pouvoirs à travers des incitations à l’investissement : subventions directes aux EE et mécanismes de financement appropriés.

Des mesures efficaces pour une consommation efficiente

« Pour permettre à la Stratégie nationale d’EE d’avancer à grands pas, il est certes nécessaire d’instaurer de nouvelles mesures, mais il serait également utile d’en supprimer quelques-unes qui existent déjà au vu de leur caractère contreproductif. À commencer par les mesures fiscales et subventions, notamment celles liées aux énergies fossiles, plus particulièrement le butane. Leur extinction graduelle devrait être mise en marche, sauf exception justifiée », propose le groupe Banque Populaire. En outre, des lignes de crédit dédiées devraient voir le jour. Établies par une agence gouvernementale ou internationale, elles permettraient aux institutions financières privées de cofinancer des projets d’efficacité énergétique. Et comme il n’y a pas d’évolution sans suivi, la création d’un observatoire du financement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables permettra de faire l’état des lieux pour comprendre les flux financiers existants et, par conséquent, identifier les pistes de développement possibles.

Salima Marzak

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