Le site d'information de la CFCIM
Solaire

Énergies renouvelables : la recette made in Morocco

Date de publication : 27 janvier 2020 Rubrique : Zoom

La stratégie marocaine dans le domaine des énergies renouvelables a démontré son efficacité en permettant au Maroc de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et de devenir un pays producteur d’énergie.

Les ambitions énergétiques du Maroc sont de taille. Pour sécuriser l’approvisionnement, diminuer les émissions de gaz à effet de serre et se défaire de la forte dépendance énergétique à l’importation, le Royaume veut atteindre 24 800 MW de capacité de production électrique en 2030. La part des énergies renouvelables représentera 52 % en 2030 (43 % en 2020, puis 47 % en 2025), selon le schéma d’évolution de la capacité et du mix électrique. Pour accomplir cet objectif, une enveloppe colossale de 270 milliards de dirhams sera débloquée, d’après le Ministère de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement. Où en est le pays dans la réalisation de ce chantier ?

Actuellement, l’énergie thermique détient toujours la plus grande part du mix énergétique au Maroc : à fin 2018, sa puissance installée a grimpé de 24 % pour s’établir à 7 237 MW. Cette augmentation résulte principalement de l’entrée en service de la centrale thermique de Safi qui, à elle seule, permet de satisfaire jusqu’à 25 % de la demande électrique nationale.

ENR 1

Fin 2018, le Maroc dépassait pour la première fois la barre symbolique des 10 gigawatts de puissance installée, un chiffre en hausse de 24 % sur un an, couvrant ainsi les besoins de plus de deux millions de familles, selon les derniers chiffres de l ́Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE).

Les énergies renouvelables pèsent 34 % de cette production. Le solaire représentait plus de 710 MW, en progression de 300 % sur un an, dont 580 MW fournis par le complexe Noor Ouarzazate, le plus grand site de production solaire multi-technologique opérationnel au monde.

Sur les 580 MW produits par Noor Ouarzazate, 510 proviennent de la technologie solaire thermodynamique à concentration, appelée également CSP. À lui seul, le complexe génère assez d’électricité pour satisfaire les besoins électriques de plus d’un million de foyers. Sa mise en service a permis de réduire la dépendance énergétique du pays de 2,5 millions de tonnes de pétrole.

À cette énorme capacité, s’ajoutent celles des centrales Noor Laâyoune (85 MW) et Noor Boujdour (20 MW).

Noor Midelt, le plus grand complexe solaire au monde

Prévu en trois phases maximum, le projet Noor Midelt sera le plus grand complexe solaire au monde. Il sera doté à terme d’une capacité de 1 600 MW. La première phase de ce projet, « Noor Midelt I », cible une puissance installée de 800 MW dans une seule centrale. Le choix technologique s’est porté sur le solaire hybride (énergie solaire concentrée [CSP] et solaire photovoltaïque), une première mondiale. En combinant ces deux méthodes, le tarif de production d’électricité obtenu est des plus compétitifs : 0,68 dirham le kilowattheure en heure de pointe. En novembre dernier, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) a accordé un prêt multidevises de 45 millions d’euros pour la construction et l’exploitation de la centrale Noor Midelt I.

Au total, Noor I nécessitera un investissement de 740 millions d’euros. En plus de la BERD, le projet est financé par l’Agence française de développement (AFD), la Banque Africaine de Développement (BAD), la banque allemande KfW, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la Banque mondiale et le Fonds pour les Technologies Propres (FTP). Sa mise en service est prévue pour 2022.

En parallèle, Masen, l’agence chargée de piloter le développement des énergies renouvelables, a lancé l’appel à pré-qualification relatif à Noor Midelt II dont l’objectif est d’atteindre une puissance stable injectée dans le réseau de 190 MW pendant les heures de pointe et de 230 MW en journée. Ce projet veut mettre en compétition l’ensemble des technologies solaires avec stockage matures.

ENR 2

Stockage : mission réussie

Le stockage de l’énergie électrique générée pendant l’ensoleillement en vue de l’injecter dans le réseau électrique au moment voulu est une composante essentielle et un défi technologique de taille. En décembre dernier, le suédois Azelio’s a déclaré que les tests effectués sur les installations de stockage d’énergie produite par la centrale Noor Ouarzazate ont été menés avec succès. « Au cours du 4e trimestre 2019, Azelio’s a réalisé ses vérifications avec son partenaire stratégique Masen. Deux modules comprenant la solution de stockage d’énergie d’Azelio’s ont été déployés début décembre », indique l’entreprise dans un communiqué.

L’éolien tourne à plein régime

Moins médiatisée, l’énergie éolienne n’est pourtant pas en reste : elle a bondi de 47,4 %, passant de 424,9 MW à 626,5 MW en un an. L’arrivée de la Loi 13-09, permettant l’ouverture au secteur privé du marché de la production et de la commercialisation d’électricité produite à partir de l’énergie renouvelable, y est pour beaucoup dans cette progression.

L’année 2019 a notamment été marquée par l’installation de la première turbine du parc éolien de Midelt. Le projet prévoit l’installation de 60 éoliennes, d’une puissance unitaire de 3 MW, soit un total de 180 MW.

Le closing financier de ce projet avait été effectué en novembre 2018 et avait ainsi donné le coup d’envoi des travaux de construction. Ce parc s’inscrit dans un projet éolien intégré de 850 MW représentant un investissement global de 2,5 milliards de dirhams. Ce dernier est développé par Midelt Wind Farm SA (détenue par l’ONEE) et le consortium Nareva-Enel Green Power (EGP). Enel Green Power en est également l’adjudicataire avec Siemens Gamesa.

Quant à l ́énergie hydraulique, elle affiche toujours la plus grande capacité installée de sources renouvelables avec 1 770 MW en 2018, un chiffre stable par rapport à 2017. Elle reste toutefois fortement dépendante de la pluviométrie.

Salima Marzak