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Interview de Niama El Bassunie

Date de publication : 12 décembre 2019 Rubrique : Zoom

« Il va y avoir de plus en plus de success-stories marocaines à l’international »

Interview de Niama El Bassunie, CEO de Waystocap

Waystocap met en relation fournisseurs et acheteurs en Afrique. Quel est son principe ?

Notre vision, c’est de déverrouiller le commerce africain à travers des outils et une plateforme de confiance. Grâce à notre plateforme numérique, nous montrons l’opportunité qui existe dans le marché en aidant les fournisseurs à commercialiser leurs produits en Afrique.

Nous avons créé une première version de Waystocap, sous forme de marketplace. Puis, en 2016, nous avons rejoint le plus grand accélérateur du monde, Y Combinator, à San Francisco. Nous étions la première boîte maghrébine. Nous sommes revenus avec une levée de fonds de 3 millions de dollars, principalement apportés par des investisseurs américains.

Basés à Casablanca, nous avons alors ouvert un premier bureau local au Bénin en 2017. Aujourd’hui, nous sommes présents, en plus du Maroc et du Bénin, au Togo et au Burkina Faso.

Vous avez misé sur le digital. Pourquoi ?

Le digital rend le commerce plus efficace. Il permet de faciliter les relations B2B à travers des logiciels que l’on développe en interne. Nous arrivons notamment à mieux comprendre les différents flux et nous optimisons le commerce en guidant exportateurs et importateurs.

Si un exportateur marocain veut exporter du couscous, nous parvenons à lui donner des informations sur un marché grâce à l’analyse des requêtes d’acheteurs que nous recevons : il vaut mieux choisir ce type de packaging, fixer ce prix-là…

Mais il ne faut pas penser qu’une plateforme numérique B2B va tout régler. Le paiement, la logistique, la partie bancaire… ne dépendent pas du digital. En réalité, nous travaillons avec un mix entre digital et offline.

Pourquoi avez-vous décidé de vous consacrer d’abord au commerce africain ?

Nous nous intéressons à l’Afrique, car c’est notre continent et il dispose d’un potentiel énorme. Nous participons à résoudre ses déficits d’infrastructure et nous voulons faire partie de son développement. Nous nous sommes d’abord concentrés sur des fournisseurs africains qui ont l’intention d’exporter vers le reste du continent, mais nous souhaitons également aider les exportateurs africains à vendre dans le monde entier. Donc, nous irons vers d’autres régions du monde.

Quand vous comparez le Maroc à d’autres pays similaires, constatez-vous qu’il y a moins de PME qui exportent à partir du Royaume ?

Celles-ci semblent en effet en retrait de l’export par rapport à la Turquie, l’Égypte ou l’Afrique francophone. Certainement parce que les gouvernements, là-bas, soutiennent mieux les PME exportatrices, mais aussi parce que les PME marocaines ont une vision plutôt nationale de leur développement. Nous constatons que les exportateurs marocains qui font appel à nos services sont généralement de grandes entreprises. Exporter demande une capacité financière, l’expertise, les RH… Notre rôle est justement de remplir ces lacunes des PME marocaines et je pense que cela va changer. La mondialisation permet à de nombreux concurrents d’accéder au marché national. Les PME marocaines devront trouver d’autres canaux de vente, elles s’orienteront donc vers l’export, et l’Afrique sera leur choix naturel. D’autant plus que de nombreuses institutions marocaines, comme les banques, s’implantent dans le continent. Il y aura de plus en plus de success-stories à l’international et cela devrait attirer d’autres entreprises.

Quelle est la principale difficulté à laquelle font face les PME quand elles se lancent à l’export en Afrique ? 

Il s’agit avant tout de comprendre qui peut acheter et comment se faire payer. Car, en Afrique de l’Ouest, les lettres de crédit sont plus chères, les petites entreprises n’ont pas la capacité d’y recourir. Il y a donc avant tout un déficit de confiance entre les acteurs. L’information est floue, et cela élève le niveau de risques pour les PME. C’est notamment notre rôle d’atténuer ces difficultés. En Afrique, nous apportons de la transparence au marché. Nous permettons à n’importe quelle PME d’exporter si son produit est compétitif.

Quand il fait appel à la plateforme Waystocap, le fournisseur est sécurisé quant à son paiement et l’acheteur quant à son produit. Au-delà de cette question de confiance, nous nous occupons des lacunes d’infrastructure : le paiement, la logistique, ou encore la distribution.

Constatez-vous qu’il existe de plus en plus de liens B2B entre les entreprises marocaines et africaines ?

Oui. Il y a une ouverture du Maroc vers l’Afrique. Le Royaume se place en gateway, en hub pour les autres marchés africains et le fait que les institutions financières soient présentes crée de la confiance des deux côtés.

Rémy Pigaglio