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En forte hausse, l’export marocain à la recherche de sa stratégie

Date de publication : 12 décembre 2019 Rubrique : Zoom

Les exportations marocaines progressent fortement depuis des années. L’émergence de secteurs d’avenir a en effet changé la donne, même si les activités traditionnelles maintiennent leur cap. Pourtant, les PME restent à l’écart de cette dynamique.

Les exportations marocaines poursuivent leur tendance haussière. En 2018, elles se sont accrues de 10,6 %, après avoir enregistré une augmentation de 10,3 % en 2017, selon l’Office des Changes. Ces chiffres dépassent nettement la croissance du PIB qui stagne entre 3 et 4 % depuis plusieurs années. Dans ce régime de « croissance molle » que connaît le Maroc depuis la fin des années 2000, le secteur des exportations détonne donc clairement. « L’effort d’exportation, mesuré par le rapport entre les exportations et le PIB, s’inscrit en hausse depuis 2013, passant de20,6% à 23,4% en 2017 et 24,7% en2018 », indique ainsi l’Office des Changes dans son rapport annuel 2018.

Le Royaume affiche néanmoins un déficit commercial important qui a atteint 205,9 milliards de dirhams en 2018. En effet, les importations sont elles aussi marquées par une hausse constante : elles ont augmenté de 9,8 % en 2018. Le taux de couverture s’élevait alors à 57,2 %, contre 56,8 % en 2017.

À la fin des années 2000, lorsque les exportations étaient largement dominées par les produits agroalimentaires, les phosphates et le textile, ces équilibres ont été profondément modifiés avec l’émergence des secteurs d’avenir comme l’aéronautique ou l’automobile. Depuis 2013, ce dernier est devenu le premier secteur exportateur alors qu’il était quasiment inexistant il y a encore une dizaine d’années. Suivent ensuite l’agroalimentaire, les phosphates et dérivés, le textile et cuir et l’aéronautique.

L’Europe, premier partenaire commercial

Les secteurs d’avenir ont bénéficié du soutien appuyé de l’État via le Plan d’Accélération Industrielle (PAI) lancé en 2014 par le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Économie Verte et Numérique. Ils ont notamment profité de la création de zones franches ou encore de subventions publiques. « Il y a quelques années, alors que le Maroc engageait une stratégie d’ouverture de son marché et de mise en place d’accords de libre-échange, l’État a constaté qu’il y avait un problème d’offre et de compétitivité. Le Gouvernement a alors décidé de lancer des stratégies sectorielles pour booster les offres exportables », rappelle Nabil Boubrahimi, Professeur d’économie à l’Université Ibn Toufaïl de Kénitra, spécialiste du commerce extérieur.

Ces bouleversements n’ont, en revanche, toujours pas remis en question les partenariats traditionnels du Maroc : l’Europe reste le principal partenaire commercial du Royaume en totalisant 66,4 % des échanges commerciaux du Royaume. L’Espagne est le premier client et fournisseur du pays, talonnée par la France. Cette relation a été sécurisée par la signature d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne tandis que d’autres accords ont été conclus avec la Turquie ou encore les États-Unis.

L’Asie arrive loin derrière l’Europe avec 16,2 % des échanges, suivie de l’Amérique avec 11,1 % et de l’Afrique avec 5,3 %. Les échanges sont en hausse constante avec tous les continents. Mais, si le Maroc affiche sa volonté de se concentrer sur l’Afrique, les échanges avec le reste du continent ont baissé en 2016 et 2017 avant de repartir à la hausse en 2018.

Les PME à l’écart

Les performances à l’export du Maroc sont avant tout réalisées par les grandes entreprises. En effet, alors qu’elles sont la colonne vertébrale de l’économie, les PME restent relativement à l’écart de l’export. Selon le rapport Euromed du FEMISE « Identification des obstacles à l’intégration dans les chaînes de valeurs mondiales des PME marocaines » de septembre 2019, elles représentent 40 % du PIB, 46 % de l’emploi, mais seulement 31 % des exportations.

« Dans le commerce international, il existe de fortes contraintes que les grandes entreprises peuvent supporter plus facilement », analyse Nabil Boubrahimi. Pourtant, l’export peut s’avérer nécessaire pour permettre le développement de l’entreprise. « Beaucoup d’entre elles sont passées du statut de PME à celui de grande entreprise grâce à l’export, car la taille du marché marocain n’est pas suffisante. »

Les chercheurs du FEMISE ont identifié les principaux obstacles rencontrés par les PME marocaines dans leur démarche à l’export. Interrogées, les entreprises citent, dans l’ordre, la capacité à pénétrer les marchés, l’obtention d’un financement, les coûts de transport, la lourdeur des procédures douanières, le coût de la couverture contre le risque de change, la faiblesse de la R&D, la difficulté d’adapter les produits aux normes imposées sur les marchés étrangers et, enfin le manque de main-d’œuvre qualifiée. Résultat, selon des chiffres du Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Économie Verte et Numérique, relayés par L’Économiste, à peine 1 % des 600 000 entreprises du Royaume exportent et 400 d’entre elles réalisent 90 % des flux. L’enjeu des prochaines années sera donc de réussir à insérer les PME marocaines dans la globalisation et, notamment, dans les chaînes de valeurs mondiales. L’étude du FEMISE montre que le Maroc est parvenu à améliorer son intégration à ces chaînes de valeurs entre 1995 et 2011, mais que la part de sa valeur ajoutée a diminué. Les chercheurs estiment que « le Maroc devrait accroître sa participation dans les [chaînes de valeurs mondiales] et surtout, augmenter la part de la valeur ajoutée contenue dans les exportations, qui est source de création de richesses pour le pays. Cela peut passer par une plus forte implication des PME dans les [chaînes de valeurs globales] et par une montée en gamme de son système productif ».

« Il existe une méfiance entre les PME et les banques »

Le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI devant le Parlement à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire, le 11 octobre dernier, va dans ce sens. Le Souverain demande aux banques de faciliter l’accès au financementpourlesPMEetdemieuxlesaccompagner. Il a notamment appelé à « soutenir les petites et moyennes entreprises spécialisées dans les activités d’exportation, notamment vers l’Afrique, et leur permettre de capter une partie de la valeur ajoutée générée au profit de l’économie nationale ». Bank Al-Maghrib et le Groupement Professionnel des Banques du Maroc devront élaborer des mesures en ce sens.

« Il existe toujours une méfiance entre les PME et les banques. Ces dernières estiment que les PME ne sont pas capables d’aller à l’export, et les PME estiment que les banques imposent trop de critères pour accéder à leurs services. Les banques doivent changer de culture et ne plus chercher à minimiser le risque quand elles traitent avec ces entreprises. L’État, de son côté, doit notamment proposer des garanties », estime Nabil Boubrahimi.

Au-delà de la question du financement et du rapport avec les banques, le Maroc doit élaborer une nouvelle stratégie nationale de l’export. Celle-ci doit mettre en cohérence « les éléments de promotion des exportations », comme les désigne Nabil Boubrahimi : les accords signés avec les autres pays, les stratégies sectorielles, la stratégie nationale logistique. Selon le chercheur, « le gouvernement n’a pas encore trouvé cette stratégie. Elle devra permettre de donner une vision claire aux exportateurs et faire émerger des mesures courageuses pour les booster sur les marchés internationaux ».

Rémy Pigaglio

Les dispositifs d’accompagnement dédiés à l’export
• AMDIE : l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations est issue de la fusion en 2017 de Maroc Export, de l’AMDI et de l’Office des Foires et Expositions de Casablanca (OFEC). Organe du Ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Économie Verte et Numérique, elle est notamment chargée d’organiser la participation du Maroc aux salons internationaux, d’accompagner les investisseurs étrangers ou encore de planifier des missions au profit des entreprises qui souhaitent développer leur activité à l’export.
• SMAEX : la Société Marocaine d’Assurance à l’Exportation est une société d’économie mixte créée par dahir en 1974. Elle propose deux types de produits d’assurance pour les opérations d’exportation. D’abord, l’assurance-crédit de marché qui protège contre les risques de non-paiement et ensuite l’assurance export publique pour accompagner l’entreprise dans, par exemple, ses opérations de prospection ou encore sa participation aux salons internationaux.
• ASMEX : l’Association marocaine des exportateurs est une association professionnelle qui s’est donnée pour mission de promouvoir les exportations marocaines et d’accompagner les entreprises exportatrices.
• Programme d’appui aux primo-exportateurs : ce dispositif du Ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Économie Verte et Numérique est destiné aux entreprises qui veulent se lancer à l’export. Il comprend un accompagnement via du conseil, des formations et des aides financières.