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Dakhla, la logistique suivra

Date de publication : 26 novembre 2019 Rubrique : Zoom

Priorité du Maroc, la Région de Dakhla-Oued Eddahab est l’une des plus prometteuses du Royaume. Son potentiel de développement est considérable et tout est mis en œuvre pour en faire un pôle logistique d’envergure. Parmi les projets phares, le port de Dakhla Atlantique.

Avec une façade maritime de 667 km sur l’Atlantique, la région de Dakhla-Oued Eddahab représente 18 % du territoire marocain et compte plus de 150 000 habitants. Sa production halieutique contribue pour environ 65 % à la production nationale et de nombreux autres secteurs tendent à s’y développer, tels que le tourisme et l’élevage notamment. Ainsi, depuis plusieurs années, les investissements y sont conséquents et les créations d’entreprises augmentent fortement.

Un pôle logistique

Pour soutenir cette croissance, le Maroc prévoit de doter la région d’infrastructures logistiques de grande envergure. Comme dans le reste du pays, l’Agence Marocaine de Développement de la Logistique (AMDL) va actualiser le schéma directeur des zones logistiques de la région (voir article dédié), pour lui permettre de développer une offre d’immobilier logistique moderne à prix compétitif.

Aujourd’hui, Dakhla-Oued Eddahab bénéficie d’un aéroport international, d’un port de pêche et de commerce et de 3 600 km de routes. Si l’ensemble de ces équipements va être modernisé et développé, le projet phare de la région concerne le nouveau port de Dakhla Atlantique.

Un nouveau port

Annoncée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2015, cette initiative rentre dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie portuaire nationale à l’horizon 2030 ainsi que du modèle de développement des Provinces du Sud. Le port Dakhla Atlantique sera composé d’une digue principale de 2 800 m et d’une digue secondaire de 600 m. Il disposera d’un quai de commerce de 800 m sur 12 m, d’un quai de pêche hauturière de 1 500 m sur 7 m et d’un bassin de 39 hectares. Enfin, il bénéficiera également d’un élévateur de bateaux d’une capacité de 450 tonnes.

Lors des premières années de mise en service, le trafic du port devrait atteindre les 2,2 millions de tonnes. Son ambition sera de devenir une plaque tournante des échanges avec l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique Latine, en générant 183 000 emplois d’ici 2030.

En septembre dernier, la Direction régionale de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau de Dakhla a donc lancé un appel d’offres relatif à la réalisation des travaux de construction, qui s’étaleront sur une durée de 7 ans, pour un investissement total de 10 milliards de dirhams.

Thomas Brun

Laurent Calvino3 questions à Laurent Calvino, Directeur Général Groupe de CMA CGM au Maroc

 

 

 

CMA CGM lance une escale à Dakhla : en quoi cette région devient importante pour vous ?

Les plus hautes autorités du Royaume ont placé le Sud du pays, et plus particulièrement la région de Dakhla, dans leurs priorités en termes de développement. À ce titre, une série impressionnante d’investissements a été lancée. En tant que leader du transport maritime et de la logistique au Maroc, il était important pour le Groupe CMA CGM d’accompagner l’émergence économique de la région.
L’acquisition par le Groupe d’un nouveau porte-conteneurs battant pavillon marocain, le CMA CGM AGADIR, nous a permis de sécuriser cette rotation hebdomadaire à Dakhla. Nous offrons ainsi à nos clients un service rapide et compétitif vers le reste du Maroc ainsi qu’un accès au réseau mondial de 420 ports où nous faisons escale à travers les ports de Tanger Med et d’Algésiras.

Plus généralement, que pensez-vous de l’évolution du secteur de la logistique au Maroc ?
Le Maroc a réalisé des progrès importants sur les dix dernières années, certainement en grande partie grâce au développement de Tanger qui bénéficie d’une volonté royale forte et d’une situation géographique unique. Le marché de la logistique et celui du transport maritime par conteneurs connaissent une croissance continue depuis une décennie, notamment au nord, et les solutions logistiques terrestres se développent. CMA CGM y prend toute sa part en innovant sans cesse pour proposer à ses clients de nouveaux services end-to-end.

Selon vous, quels progrès sont encore nécessaires pour améliorer la compétitivité logistique du pays ?

Des efforts notables ont été faits durant ces derniers mois pour digitaliser les procédures déclaratives et connecter l’ensemble des intervenants. Il est important que le Maroc continue sur cette voie pour atteindre les standards des pays les plus performants en la matière.

Younes Lamarti3 questions à Younes Lamarti, Directeur Général du Groupe Bolloré au Maroc / Directeur Développement Afrique du Nord du groupe Bolloré

 


La région de Dakhla est au cœur de l’actualité : comment voyez-vous son développement logistique ?

Dakhla et sa région représentent un très grand potentiel pour le Maroc, notamment en termes de logistique. Le Groupe Bolloré s’y intéresse, car nous sommes très présents dans la partie subsaharienne de l’Afrique. Avec un nouveau port, en eau profonde, Dakhla peut devenir une nouvelle porte d’entrée vers des pays enclavés tels que le Mali, le Niger ou même le Burkina Faso. Cela offrirait ainsi une alternative aux autres ports africains parfois congestionnés. Par ailleurs, cela peut également être une opportunité pour les exportations de poissons de Dakhla, qui pour le moment doivent passer par Agadir. Ce port pourra donc venir compléter la carte portuaire marocaine, notamment avec les connexions routières qui s’étofferont.

Dans ce cas, faut-il craindre une concurrence entre les ports marocains ?

Il s’agira de bien répartir l’activité entre les ports. Un pays comme l’Espagne, par exemple, gère parfaitement ses grands ports, avec des spécialités pour chacun, en particulier au niveau du transbordement. Cela ne pose pas de problème. La concurrence est saine. De plus, à l’exemple Tanger, on voit qu’un port peut contribuer à dynamiser toute une région et y développer l’activité.

Plus généralement, que manque-t-il au Maroc pour améliorer sa compétitivité logistique ?
Aujourd’hui, la logistique devient un enjeu majeur pour le développement du Maroc. De nombreux investissements ont été faits, mais sur le plan législatif, et la régulation du marché, il y a encore des difficultés. Le cadre réglementaire n’est pas suffisant et nous avons un marché atomisé, avec beaucoup de petits opérateurs.

Or, cela tend à tirer le marché vers le bas, car les acteurs ont besoin de volumes pour faire les investissements nécessaires et améliorer la qualité. Par exemple, on parle beaucoup de digital dans notre secteur, mais c’est très coûteux ! Un petit opérateur ne peut pas supporter cette dépense. C’est la même chose pour attirer les meilleurs profils, il faut investir. Ainsi, on se retrouve avec une concurrence qui pratique des tarifs bas, mais avec une qualité médiocre.

Pour remédier à cela, il est nécessaire de mettre un cadre plus clair et plus strict. Par exemple, il faut des critères plus sévères pour pouvoir être commissionnaire de transport. On doit encourager les petits opérateurs à se regrouper pour atteindre de meilleurs standards de qualité et ainsi tirer le marché vers le haut.