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Entrepot logistique

Les zones logistiques se font attendre

Date de publication : 26 novembre 2019 Rubrique : Zoom

Sur les 70 zones logistiques initialement prévues dans la stratégie nationale lancée en 2010, seule celle de Zenata, à Casablanca, a vu le jour. L’actualisation des schémas directeurs régionaux, actuellement en cours, devrait permettre le développement tant attendu.

Axe majeur de la stratégie nationale de compétitivité logistique lancée en 2010, la mise en place d’un réseau de zones logistiques prévoyait la création de 70 plateformes à travers le Royaume. L’objectif était de couvrir une superficie de près de 3 300 ha en 2030 dans le cadre de schémas régionaux mobilisant du foncier en majorité public et conçus en concertation avec les acteurs locaux sur la base des besoins identifiés.

Un développement au ralenti

Neuf ans plus tard, si l’ensemble des assiettes foncières a bien été identifié, seule la zone logistique de Zenata, à Casablanca, est sortie de terre. Réalisée par la SNTL, elle s’étend, pour le moment, sur 28 ha et devrait en couvrir 323 d’ici 2030. En dehors de ce projet, uniquement deux zones sont en cours d’élaboration dans le cadre de la stratégie : Ait Melloul, dans la région Souss-Massa, et Ras El Ma, dans la région de Fès-Meknès. Toutefois, il faut souligner que d’autres zones logistiques sont développées hors stratégie, telles que Mita à Casablanca (ONCF) ou Medhub à Tanger (TMSA). Lancés à l’initiative d’acteurs publics et privés, ces projets créent parfois une confusion quant à ce qui relève réellement de l’Agence Marocaine du Développement de la Logistique (AMDL).

Pour Hicham Mellakh, Président de la Commission Logistique de la CGEM, « c’est l’axe le plus en retard de la stratégie. Il faut faire un bilan d’opportunité et revoir le programme initial pour l’adapter aux réalités et besoins actuels ». De plus, ajoute-t-il, « il est indispensable de donner des moyens à l’AMDL, pour qu’elle puisse mener elle-même ces projets, sans avoir besoin de trouver des financements auprès d’autres acteurs. Sinon, conclut-il, cela ne fonctionnera jamais. Tout est signé depuis 10 ans, il n’y a qu’à appliquer ! »

Actualiser les schémas directeurs régionaux

Selon Mohammed Yousfi (voir entretien), Directeur Général de l’AMDL, l’objectif des zones logistiques est d’optimiser et de massifier les flux à travers le pays. Il est donc primordial d’évaluer la situation dans chaque région pour identifier et dimensionner avec précision les sites nécessaires. En effet, le nouveau découpage régional, en vigueur depuis 2015, change la donne et l’actualisation des schémas régionaux s’impose. Ainsi, depuis cet été, plusieurs régions ont entamé leur réflexion avec l’AMDL en lançant de nouvelles études, censées dessiner le nouveau réseau de zones logistiques.

Néanmoins, certains projets sont déjà confirmés et leur phase de construction devrait débuter prochainement. En plus de Aït-Melloul à Agadir et Ras-El-Ma à Fès, déjà bien avancés, il s’agira notamment de Aïn-Dalia à Tanger, de Tamensourt à Marrakech et d’Amer à Rabat.

Impatience et espoir

De nombreux acteurs économiques attendent avec impatience le développement des zones logistiques, persuadés qu’elles donneront au secteur une impulsion décisive dans sa recherche de compétitivité. De même, cette perspective serait de nature à dynamiser l’export, comme l’explique Youssef Guerraoui Filali, Président du Centre Marocain de la Gouvernance et du Management : « l’ouverture économique du Maroc à l’international est tributaire du développement de la logistique, d’où la nécessité de développer des zones logistiques “offshore” notamment capables de stimuler les exportations marocaines, et par conséquent d’inverser la tendance de la balance commerciale, déficitaire depuis plus d’une décennie. L’amélioration du taux de couverture des importations par les exportations ne pourra se réaliser qu’à travers le développement de la logistique. »

Thomas Brun

Mohammed Fennassi3 questions à Mohammed Fennassi, Directeur Général de SJL Afrique

En tant qu’acteur majeur dans le domaine de la logistique entre l’Europe et l’Afrique, comment percevez-vous ce secteur au Maroc ?

La fonction logistique au Maroc est considérée actuellement comme un vecteur économique dans le sens large du terme. C’est un pôle déterminant, qui donne de l’impulsion à tout l’écosystème industriel et commercial, à l’échelle nationale et sur le plan international. En effet, comparé aux pays voisins tels que l’Algérie, la Tunisie ou la Mauritanie, le Maroc est doté d’une infrastructure idoine et relativement sophistiquée pour promouvoir le métier et pouvoir avancer à pas de géants : plateformes logistiques aux standards internationaux, autoroutes, réseau ferroviaire et interfaces aéroportuaires en phase avec tous les standards internationaux également.

Par contre, si l’on se mesure avec les pays développés de la Méditerranée, il reste encore du chemin à faire, notamment en ce qui concerne l’accessibilité au foncier et la dématérialisation des démarches procédurales. Cela se répercute directement sur la durée des files d’attente et, par ricochet, sur les délais d’exécution.

Selon vous, quelles sont les perspectives et quels sont les défis à relever pour améliorer la compétitivité logistique du Maroc ?

Aujourd’hui, il y a une réelle prise de conscience politique pour booster cette dynamique et pour instaurer une logistique moderne et parfaitement compétitive. Ce secteur représente de vraies opportunités au Maroc. D’innombrables réalisations ont été enregistrées dans la profession depuis les prémices de la stratégie locale relative à la promotion de la supply chain. En guise d’illustration, nous pouvons mettre en exergue toute une pléiade de plateformes logistiques modernes qui ont été aménagées à Casablanca, Tanger, Agadir, Kenitra, Meknès, etc.

Un autre challenge, pour le Maroc est d’homogénéiser notre vision. Il s’agit de continuer à structurer le secteur et assurer le rôle de locomotive en faveur de l’ensemble du tissu économique, notamment les PME et TPE, pour pouvoir avancer dans le cadre d’une politique de marché globale, intégrée et fédératrice. Toutefois, si le secteur de la logistique au Maroc a connu un essor incontestable durant les dernières années, tout n’est pas encore fait ! Le principal objectif est de renforcer, de booster et de catalyser en continu ce secteur dans sa dimension plurielle. Les défis visant à accroitre la compétitivité du Royaume s’articulent principalement, selon un calendrier prédéfini, autour de plusieurs axes qui font partie du cadre général de la stratégie nationale : extension de la capacité d’exploitation, modernisation procédurale, amélioration de la gouvernance et préparation de ressources à la hauteur des aspirations de la dynamique du secteur.

Au final, il est nécessaire de mettre en adéquation deux composantes vitales pour dynamiser l’écosystème : une offre logistique qui soit plus conséquente, d’un point de vue qualitatif et quantitatif, et une demande assez significative, qui soit en phase avec le niveau d’externalisation de la fonction logistique.

Comment SJL envisage-t-il les prochaines années au Maroc ?

Nous sommes foncièrement inscrits dans une dynamique de croissance et de développement durable. À moyen terme, nous avons un triple objectif, accompagné par un plan d’investissement engagé sur une période de référence de cinq années (2018-2023). Ainsi, nous aspirons à assurer une croissance progressive et substantielle, en accompagnant le développement des différents secteurs d’industrie, notamment l’automobile, le textile et l’agroalimentaire. Nous voulons également changer notre « business model », à travers une réorganisation structurelle de notre groupe, la mise en place d’une stratégie de diversification de notre palette de services, ainsi qu’avec une politique d’innovation et d’excellence technologique et managériale. Enfin, nous souhaitons consolider notre position de leader entre l’Afrique et l’Europe.

Pour ce faire, notre préoccupation majeure aujourd’hui est de rester fidèle et surtout bien alignés sur les contours de la stratégie nationale à l’horizon 2030, que ce soit en termes d’innovation, d’accompagnement des ressources et des compétences ou encore en matière de développement durable.