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Helene Le Gal

Hélène Le Gal, Ambassadrice de France au Maroc, invitée de Conjoncture

Date de publication : 20 novembre 2019 Rubrique : Les Invités de Conjoncture

«  L’excellence de nos relations permet de contribuer à innover dans nos formes de partenariat »

Conjoncture : Vous avez à votre actif une longue carrière diplomatique, notamment en Afrique. Quel est votre regard sur l’évolution du continent dans le contexte géostratégique actuel ? Quels sont les enjeux d’une meilleure intégration africaine ?

Hélène Le Gal : Le Président de la République française, M. Emmanuel Macron, a tourné sa diplomatie vers l’Afrique, vers le dialogue entre l’Afrique et l’Europe. C’est un dossier qui me tient à cœur. Je crois vraiment au développement de ce continent jeune et étroitement lié avec l’Europe et avec la France.

L’Afrique détient le taux d’entrepreneurs le plus haut au monde. Les PME représentent 90 % des entreprises et 60 % des emplois, mais ces dernières, tout comme les start-up, sont confrontées à l’obstacle du financement.

Dans son discours de Ouagadougou, en novembre 2017, le Président de la République française a exprimé sa volonté de faire de l’Afrique un lieu d’innovations. Concrétisation de cet engagement, l’initiative Choose Africa a été lancée en mars 2019 : au moins 2,5 milliards d’euros vont être consacrés, à travers l’Agence Française de Développement, au financement et à l’accompagnement de près de 10 000 start-up, TPE et PME africaines d’ici 2022.

Depuis quelques années, le Maroc affiche sa volonté de devenir un hub africain de référence pour les entreprises qui souhaitent se développer sur le continent. Comment les investisseurs français perçoivent-ils ce positionnement ?

Depuis au moins une décennie, le Maroc renforce son positionnement comme plateforme vers l’Afrique à travers notamment la présence croissante des plus grandes entreprises marocaines sur le continent. À ce titre, les groupes bancaires ont joué un rôle de précurseurs. Le retour du Royaume au sein de l’Union africaine début 2017 appuie cette ambition.

Sous l’impulsion des autorités marocaines, des groupes français ont ainsi développé au Maroc, dans un grand nombre de secteurs, une stratégie de localisation de fonctions régionales ou internationales ou s’y sont implantés pour bénéficier des accords de libre-échange signés par le Royaume avec certains pays africains.

À l’occasion du Forum économique organisé par la CGEM et le MEDEF « Bâtir des ponts pour la croissance et l’emploi » en novembre 2017 à Rabat, en marge de la dernière Rencontre de Haut Niveau, le Premier Ministre, M. Édouard Philippe, a réaffirmé la volonté française de mener des actions en Afrique de concert avec le Maroc, à travers des co-investissements, des accords commerciaux et le déploiement conjoint d’entreprises.

Le Maroc et la France sont des partenaires de longue date. Comment voyez-vous l’évolution de ce partenariat dans les années à venir ? Pensez-vous que la France (aujourd’hui premier bailleur de fonds) regagnera sa place de premier partenaire commercial du Maroc ?

Le partenariat d’exception fait de la France le premier partenaire économique du Maroc. La France est à la fois le premier investisseur et le premier contributeur d’aide publique au développement. À l’heure où le Maroc réoriente progressivement ses priorités économiques et invente un nouveau modèle de développement, une dynamique nouvelle, gagnant-gagnant, émerge. De plus en plus d’entreprises marocaines rentrent sur le marché français pour y investir. Le Maroc fait ainsi partie du top 25 des pays investisseurs en France et est devenu le 1er pays investisseur du continent africain en 2018. Ces évolutions sont très positives, elles traduisent la maturité de nos relations économiques. L’excellence de nos relations permet de contribuer à innover dans nos formes de partenariat, notamment pour contribuer davantage aux priorités marocaines visant l’émergence d’un secteur privé compétitif et d’un modèle de croissance plus durable, inclusif et créateur d’emplois.

Cet engagement réitéré devrait trouver une illustration lors du sommet Afrique-France 2020 qui se tiendra à Bordeaux au mois de juin prochain à travers un salon des solutions qui permettra de mettre en lumière les initiatives entre acteurs africains, notamment marocains, et français sur la ville durable.

La France attire également de plus en plus d’investisseurs marocains. Quels sont les avantages offerts par le pays et quels sont les secteurs les plus attractifs ?

La France est effectivement l’un des pays préférés des investisseurs marocains. Avec un stock d’IDE s’élevant à 3,1 milliards de dirhams à fin 2017, elle est le troisième pays récipiendaire d’IDE marocains à l’étranger. Les Marocains investissent en France principalement dans les transports et l’entreposage, l’industrie chimique ou l’industrie manufacturière. L’attractivité de la France repose sur divers facteurs. Premièrement, pour son marché : la France est la sixième économie mondiale, son positionnement géographique et ses infrastructures de transport de qualité en font un « hub » vers l’Europe, et elle bénéficie d’une démographie dynamique, signe de confiance en l’avenir. Par ailleurs, la France bénéficie d’une main-d’œuvre bien formée, particulièrement qualifiée et productive (9e plus forte productivité au niveau mondial). En outre, la France investit de façon importante dans la recherche et le développement, dispose d’infrastructures de qualité, d’un environnement administratif et réglementaire qui s’est considérablement amélioré ces dernières années et d’un système financier résilient. Pour toutes ces raisons, la France est devenue en 2018 le pays le plus attractif de l’Europe continentale et celui au sein de l’Union européenne qui accueille le plus d’investissements de production et d’activités de R&D – pas moins du quart des projets recensés en Europe dans le secteur des médicaments et biotechnologies, de l’agroalimentaire et de la R&D.

« La France est effectivement l’un des pays préférés des investisseurs marocains. Avec un stock d’IDE s’élevant à 3,1 milliards MAD à fin 2017, elle est le troisième pays récipiendaire d’IDE marocains à l’étranger. »

En décembre prochain aura lieu la XIVe Rencontre de Haut Niveau (RHN). Quels seront les principaux axes de coopération mis en avant ? Quel bilan peut-on dresser des accords signés en 2017 lors de la dernière RHN ?

La Rencontre de Haut Niveau des 15 et 16 novembre 2017 a permis la signature d’accords économiques et financiers dans de nombreux domaines, lesquels ont connu depuis de fructueuses déclinaisons.

Je signalerai à titre d’exemple la coopération dans le secteur numérique avec l’instruction en cours d’un financement français (FEXTE) au bénéfice de l’Agence marocaine du développement digital. Concernant les TPME, les orientations tracées à la RHN ont abouti à la signature cet été d’un contrat entre Bpifrance et la Caisse Centrale de Garantie visant à consolider l’appui institutionnel au financement des petites entreprises innovantes. Cette assistance technique vient compléter la contribution actée lors de la RHN de 2017 au Fonds Innov Invest pour un montant de 40 millions de dirhams. La RHN de décembre prochain permettra la concrétisation de nouveaux accords en matière de soutien à l’emploi et à l’environnement des TPME. Elle vise également une meilleure coopération dans le secteur du ferroviaire, dans la continuité du succès de la ligne à grande vitesse entre Tanger et Casablanca, dans le domaine des infrastructures portuaires et navales ainsi qu’en matière de propriété industrielle. Plus globalement, face au défi de l’emploi et de l’insertion professionnelle des jeunes, le forum économique qui se tiendra en marge de la RHN devrait mettre en exergue la volonté des entreprises françaises de continuer à contribuer à la création d’emplois, à la formation et à la montée en gamme de l’économie marocaine.

Depuis le lancement de la nouvelle stratégie en 2018, comment se porte aujourd’hui le commerce extérieur français ? Quel est le profil des entreprises françaises implantées au Maroc ?

La nouvelle stratégie du gouvernement en matière de commerce extérieur a déjà porté ses fruits, grâce à des politiques agissant en faveur de la compétitivité, à une meilleure articulation des priorités à l’export et au déploiement du dispositif France Export. En 2018, le volume des exportations françaises a augmenté de près de 4 %, une augmentation plus forte que celle des importations et/ou encore des échanges globaux de marchandises (3 % en 2018). Dans ces conditions, pour la première fois depuis 2012, le commerce extérieur français a contribué positivement à la croissance (à hauteur de +0,7 point).

En outre, cette nouvelle stratégie a contribué à dynamiser le commerce franco-marocain. Portées par le secteur agricole et celui des matériels de transport et des produits métalliques et métallurgiques, les exportations françaises vers le Maroc ont augmenté de 14,6 % à fin août 2019 par rapport aux huit premiers mois de l’année 2018, s’élevant à 3,2 milliards d’euros.

Les entreprises implantées au Maroc, plus de 900 au total, interviennent dans tous les secteurs. 32 d’entre elles appartiennent au CAC 40, mais il y a également de nombreuses PME parmi elles.

Selon vous, comment peut-on faciliter l’implantation des entreprises françaises au Maroc ? Quelles sont les actions prioritaires qui seront mises en place dans le cadre de la Team France Export ?

Je me réjouis de la mise en place de la Team France Export en février 2019 et de l’octroi de la concession de service public à la CFCIM, qui devient ainsi le correspondant unique des entreprises françaises souhaitant s’implanter ou se développer au Maroc. Il s’agit d’une véritable refonte du dispositif public en vue d’améliorer l’accompagnement des entreprises françaises, et notamment des PME et TPI, dans leur démarche à l’export. Cette démarche repose notamment sur la mise en place de guichets uniques en régions et de correspondants uniques dans les pays cibles. Le Maroc préfigurait cette organisation puisque cela fait déjà plusieurs années que la CFCIM réalisait cette mission pour le compte de Business France.

Au Maroc, la CFCIM, qui travaille en coordination étroite avec l’Ambassade de France, permet aux entreprises françaises de bénéficier d’un guichet unique auquel il est possible de s’adresser pour faire un diagnostic, identifier les bons marchés en fonction des capacités et des modèles d’affaires et être orienté vers les acteurs locaux répondant aux besoins. L’Ambassade de France et la CFCIM sont liées par un mémorandum d’entente destiné à renforcer encore l’efficacité d’une coopération au service des intérêts économiques français.