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Haute tension

Baisse spectaculaire des importations d’électricité au Maroc

Date de publication : 14 octobre 2019 Rubrique : Echos Maroc

Depuis décembre 2018, le Maroc est devenu exportateur net d’électricité vers l’Espagne. La situation a créé une polémique chez le voisin ibérique.

Alors que le Maroc est un importateur historique de l’électricité espagnole, la tendance s’est spectaculairement inversée depuis quelques mois. Dans sa note de conjoncture de septembre, la Direction des Études et des Prévisions Financières (DEPF) du Ministère de l’Économie et des Finances indiquait que l’énergie électrique importée d’Espagne et d’Algérie avait chuté de 91,7 % à fin juillet tandis que celle exportée augmentait de 916,5 % (en glissement annuel).

Selon les données de la DEPF, le retournement a commencé à avoir lieu à partir du premier semestre 2018, avec une baisse conséquente des importations. La bascule s’est concrétisée en décembre 2018, quand le Maroc est devenu exportateur net vers l’Espagne, d’après les informations de Red Eléctrica de España, la société en charge du réseau électrique espagnol. De la même manière, la Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE) du Ministère de l’Économie et des Finances indiquait en juillet dernier que, sur les cinq premiers mois de l’année, les importations d’énergie électrique depuis l’Algérie et l’Espagne ont reculé de 93 % et les exportations ont augmenté de 1 273 %.

Mise en service d’unités de production électrique au Maroc
Le Maroc est donc devenu, en quelques mois, un exportateur net d’électricité. Comment l’expliquer ? D’abord, le Royaume a récemment augmenté ses capacités de production et vient en effet de mettre en service deux centrales à charbon à Jerada et, surtout, à Safi. Cette dernière a commencé à produire de l’électricité en décembre 2018, selon un communiqué de l’ONEE et de Safi Energy Company relayé par l’agence MAP. Dotée d’une puissance installée de 1 386 MW, elle pourrait satisfaire jusqu’à 25 % de la demande nationale ! Par ailleurs, le Maroc a développé de nombreux projets d’énergie solaire et éolienne et devrait atteindre une puissance installée de 6 000 MW d’énergie renouvelable (42 % du mix énergétique) en 2020.

Résultat, toujours selon les données de la DTFE, la production nette d’électricité* a augmenté, en glissement annuel, de 5,2 % sur les cinq premiers mois de 2019 contre 1,2 % un an auparavant. La production locale d’électricité a affiché une progression de 28 % contre +5,9 % à fin mai 2018. Une évolution qui s’explique par les hausses de la production concessionnelle et de la production relative aux énergies renouvelables, respectivement de 52,5 % et 75,9 %. Au même moment, la production de l’ONEE a enregistré une baisse de 23,2 %, du fait des baisses de la production d’électricité thermique (- 28,1 %) et hydraulique (- 12,2 %). La DTFE ne précise pas ce que signifie la « production locale d’électricité », mais celle-ci pourrait être interprétée comme la production brute d’électricité.

Suspension de production de quatre centrales thermiques espagnoles
Toutefois, la transformation du Maroc d’importateur à exportateur net vers son voisin ibérique ne serait pas uniquement liée à l’augmentation de la production marocaine. Constatant le repli significatif des importations, la DTFE explique cette évolution par « la suspension de production de quatre centrales thermiques » espagnoles.

Cette situation n’a pas manqué de provoquer une polémique en Espagne, à laquelle le Maroc est relié par deux câbles d’interconnexion sous-marins. Le gouvernement espagnol a plaidé en mai dernier pour la création d’une taxe carbone appliquée aux frontières de l’Union européenne (UE), craignant « une situation de possible désavantage concurrentiel » pour les centrales espagnoles, puisque les centrales marocaines ne sont pas soumises au coût du CO2 pratiqué dans l’UE. La demande espagnole est, pour l’instant, restée lettre morte.

Rémy Pigaglio

*La production nette d’électricité est celle mesurée à la sortie des centrales, c’est-à-dire déduction faite de la consommation des services auxiliaires et des pertes dans les transformateurs des centrales (définition de l’INSEE).