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L’économie marocaine résiliente, mais confrontée à des risques significatifs, selon le FMI

Date de publication : 10 septembre 2019 Rubrique : Echos Maroc

Dans son rapport annuel sur le Maroc, l’institution s’inquiète notamment de la persistance des inégalités.

Le Fonds Monétaire International (FMI) a publié en juillet son rapport sur le Maroc, comme le prévoit l’article IV des statuts de l’organisation internationale. Chaque année, ce document décrypte l’économie du pays et émet des recommandations.

Les auteurs décrivent « une économie plus résiliente qui fait face à des risques significatifs ». En effet, malgré les réformes engagées par le Gouvernement, la croissance du PIB marocain a été modeste en 2018 : elle plafonne à 3 %.

« La croissance plus faible est le reflet d’une croissance agricole moins forte, malgré une deuxième année consécutive de bonnes récoltes de céréales, alors que la croissance non agricole se maintient à un rythme modeste à cause d’une croissance faible dans le secteur tertiaire », constate le FMI. Ce dernier estime néanmoins que les perspectives sont bonnes et anticipe une croissance de 4,5 % en 2024

Une meilleure compétitivité grâce à la flexibilisation du taux de change du dirham

Il constate que « la combinaison actuelle d’une politique monétaire maitrisée et d’une consolidation fiscale plus lente continue d’être appropriée ». Les premières mesures de flexibilisation du taux de change du dirham mises en place en 2018 devraient en effet améliorer la compétitivité du Royaume et permettre à l’économie de mieux absorber les chocs. Le déficit budgétaire devrait en revanche atteindre un niveau relativement important, soit 3,7 % du PIB en 2019, mais il reste maitrisé. Les privatisations effectuées cette année pourraient toutefois le faire baisser à 3,3 %. Le FMI recommande néanmoins d’accélérer les réformes fiscales pour le limiter à 3 %.

Sur le plan des exportations, les auteurs indiquent que malgré les performances du secteur automobile et des phosphates, le déficit commercial s’est aggravé : il s’élève à 5,4 % du PIB, contre 3,4 % en 2017. Ceci est dû à la hausse des importations d’énergie (et l’augmentation du prix du pétrole) et de biens d’équipement et à la diminution des transferts de fonds, des aides des pays du Golfe et des recettes du tourisme.

L’institution de Bretton Woods se penche aussi sur le secteur financier. Elle constate sa résilience, mais souligne également qu’il fait face à des changements qui devront être abordés avec précaution, en particulier sa complexité toujours plus grande, son expansion internationale et la flexibilité du taux de change qui doit bientôt être élargie.

Réduire les inégalités et donner une nouvelle impulsion à la croissance

Afin de stimuler la croissance et de favoriser l’inclusion, le FMI estime que « l’économie marocaine aura besoin d’une croissance davantage conduite par le secteur privé et de créer plus d’emplois afin de réduire le chômage de manière décisive. » Cela passe par des efforts sur la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption, une plus grande efficience du secteur public, une réforme du marché de l’emploi et de l’éducation, une amélioration de l’environnement des affaires et enfin une meilleure inclusion des PME.

Les auteurs s’inquiètent aussi du maintien de fortes inégalités, alors que la pauvreté a diminué ces 20 dernières années. L’ONG britannique Oxfam (qui avait publié un rapport sur les inégalités au Maroc en avril dernier) a saisi l’occasion de la publication du rapport du FMI pour réclamer à nouveau que la lutte contre les inégalités soit une des priorités du Gouvernement marocain. « La position du FMI confirme qu’il y a aujourd’hui un large consensus sur la nécessité de combattre les inégalités au Maroc, car elles mettent une grande partie de la population en situation d’extrême vulnérabilité et nuisent à la croissance économique à long terme », a estimé dans un communiqué Abdeljalil Laroussi, responsable plaidoyer et campagnes d’Oxfam au Maroc.

Le FMI constate notamment sur ce point que « les programmes sociaux sont nombreux, mais extrêmement fragmentés et mal coordonnés ». À propos de la classe moyenne, il relève qu’elle est de plus en plus vulnérable et qu’il est nécessaire de lui offrir plus d’opportunités de travail ou d’entrepreneuriat.

 

Rémy Pigaglio