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Afrique

Emploi et e-commerce en Afrique

Date de publication : 22 juillet 2019 Rubrique : Zoom

Selon la Banque mondiale, les jeunes représentent environ 60 % des chômeurs en Afrique. L’emploi est donc un enjeu majeur pour le continent qui abrite aujourd’hui 1,3 milliard d’habitants âgés en moyenne de 20 ans. D’ici 2050, la population devrait atteindre 2,5 milliards de personnes, dont 1,1 milliard appartenant à la classe moyenne. De quelle manière le e-commerce peut-il contribuer à résorber le chômage ? Détails dans la dernière étude du cabinet de conseil en stratégie BCG.

Les sites de e-commerce pourraient créer environ trois millions de nouveaux emplois à travers toute l’Afrique d’ici 2025. C’est ce qui ressort de la dernière étude publiée par le Boston Consulting Group en mars 2019, intitulée « Comment les marketplaces digitales peuvent propulser l’emploi en Afrique ». Plateformes numériques associant essentiellement des fournisseurs tiers indépendants de biens et de services à des clients, les marketplaces pourraient également stimuler les économies africaines en augmentant l’offre et en rendant les actifs plus productifs.

Dans le détail, le rapport estime que le nombre d’Africains directement employés par les marchés en ligne, qu’il s’agisse de développeurs de plateformes, d’opérateurs ou de responsables marketing, atteindra environ 100 000. Les emplois indirects générés par les marchés, y compris les travailleurs tels que les marchands, les commis à la logistique, les conducteurs de véhicules de tourisme ou encore le personnel des hôtels, représenteront un million de postes supplémentaires. De plus, 1,8 million d’emplois seront « induits » ou créés par le biais de l’activité économique stimulée par les marchés en ligne.

Les professions concernées sont notamment les mécaniciens et nettoyeurs d’automobiles, les guides touristiques et les artisans. Les gains les plus importants en matière d’emploi seront réalisés dans le secteur des biens de consommation, où les marchés en ligne devraient constituer 58 % des emplois générés (directs, indirects et induits) d’ici 2025.

Un développement qui ne concurrencera pas les circuits traditionnels

Selon les conclusions de l’étude du BCG, les marketplaces comme Jumia, Souq, Thundafund et Travelstart favoriseront la croissance économique internationale sans pour autant perturber l’activité des entreprises existantes. « Le e-commerce est un nouveau canal de ventes. Il doit être exploité par les marques internationales, les marques locales, ainsi que les producteurs, en complément du commerce physique. Les ventes en ligne sont concentrées en semaine et pendant les horaires de travail, et ne cannibalisent en aucun cas les ventes dans les magasins en physique. La plus grande différence entre un canal de vente en ligne et le commerce classique, est la capacité de collecter, monitorer et utiliser la data en temps réel. Le e-commerce permet aussi, à moindre coût de tester un nouveau marché ou un nouveau produit, sans prendre beaucoup de risques » explique Salma Ammor, co-fondatrice de Go Online Africa.

En effet, en 2018, il y avait seulement 15 magasins pour un million d’habitants en Afrique, alors qu’en Europe et aux USA, il y en avait respectivement 568 et 930. « Cette très faible pénétration du marché indique qu’une grande partie de la population est mal desservie et que le risque de substitution est faible. Les marketplaces digitales pourraient donc être une façon d’intégrer les activités productives dans le secteur formel », poursuit le rapport, ajoutant qu’à la différence des économies des pays développés, la grande majorité des travailleurs africains sont dans le secteur informel qui reste en grande partie non documenté et très peu protégé.

Améliorer l’infrastructure digitale

Toujours selon BCG, les marketplaces digitales stimuleront l’emploi et les revenus. Ces entreprises créent de la demande pour des domaines nouveaux, comme les développeurs ou les marketeurs digitaux, en plus des débouchés pour les métiers traditionnels d’artisans, commerçants, conducteurs, ou agents de logistique. Ils offrent souvent des programmes de développement de compétences et aident les petites sociétés à mobiliser des capitaux pour étendre leurs activités.

De la même manière, ils soutiennent également la demande pour les produits et services dans des endroits hors de la portée des réseaux du commerce conventionnel, et intègrent davantage de nouvelles catégories de personnes dans la population active comme les femmes et les jeunes qui peuvent être à l’heure actuelle exclus des marchés du travail. « Tandis que les marketplaces digitales sont souvent considérées comme des éléments perturbateurs dans les économies avancées, dans les économies naissantes des pays africains, ils peuvent être d’énormes catalyseurs du développement économique », lit-on dans le rapport.

L’étude souligne cependant que pour que les marchés en ligne atteignent leur plein potentiel, les secteurs public et privé doivent coopérer pour créer l’environnement numérique approprié dès le départ dans lequel ces entreprises peuvent non seulement prospérer, mais aussi générer une croissance économique inclusive dans les régions mal desservies et faire progresser les objectifs de développement national.

Dounia Z. Mseffer

L’Afrique connectée en chiffres
Selon Internet World Stats, un site du groupe Marketing Miniwatts, l’Afrique est en train de devenir rapidement un marché « connecté », ce qui représente une grande opportunité pour les entreprises basées sur internet, vu que le continent comptait à fin 2017 environ 453 millions d’internautes. Les facteurs clés à l’origine de cette évolution sont les investissements dans les infrastructures de réseau mobile. En effet, l’Afrique est devenue un marché « mobile d’abord », dans lequel de nombreux consommateurs accèdent à internet pour la première fois à l’aide d’un appareil mobile. D’après la Banque africaine de développement, les investissements dans les infrastructures mondiales des technologies de l’information et de la communication en Afrique ont totalisé plus de 1,6 milliard de dollars en 2016 et les opérateurs de télécommunication du continent sont résolus à effectuer des investissements supplémentaires importants dans l’infrastructure des réseaux cellulaires afin de répondre à la demande croissante. La croissance de la pénétration de l’internet mobile a également contribué à cette évolution. La pénétration du haut débit mobile en Afrique, qui était de 32 %, soit 399 millions d’abonnés en 2017, devrait atteindre 73 % d’ici 2022, selon le cabinet d’études de marché Ovum. Cette augmentation représente environ 600 millions de nouveaux abonnés, portant le nombre total d’Africains connectés en 3G ou en 4G à plus d’un milliard, suivant la même source.