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Mikael Naciri

Entretien avec Mikael Naciri, Directeur général du Centre Monétaire Interbancaire

Date de publication : 22 juillet 2019 Rubrique : Zoom

« Nous sommes entrés dans l’ère de l’instantanéité et les modalités d’achat doivent s’adapter à cela »

Conjoncture : Vu la croissance des transactions électroniques, peut-on conclure que les habitudes de paiement des consommateurs marocains ont réellement changé ?

Tout à fait. L’usage de la carte bancaire et des paiements digitaux a véritablement changé la façon de payer. En ce qui concerne les habitudes de consommations, ce que nous constatons c’est l’engouement pour les livraisons de repas, pour les courses alimentaires en ligne, pour les achats de tickets de train et de car… Les Marocains n’ont plus le temps de se déplacer, trouver un taxi ou un stationnement, faire la queue… pour régler une facture, ou un menu fast food. Nous sommes entrés dans l’ère de l’instantanéité et les modalités d’achat doivent s’adapter à cela. Le paiement en ligne ou à travers une application mobile sont les solutions idoines pour répondre à ce changement.

La mise en place de la 3D Secure a-t-elle contribué à la hausse des transactions ?
Oui. Cela sécurise aussi bien le commerçant que le porteur. Le taux de fraude sur carte marocaine est quasi nul depuis. Le manque de confiance reste cependant le principal obstacle dans l’essor de la monétique.

Selon vous, comment peut-on pallier cette difficulté ?

Sensibilisation, communication, éducation financière… Le CMI mobilise avec les banques des moyens considérables pour atténuer cette méfiance à travers des campagnes de communication grand public.

Qu’en est-il du mobile banking dont on parle beaucoup dernièrement ? Est-ce que selon vous cela devra révolutionner le paysage du e-commerce et d’achat en ligne au Maroc comme cela a été le cas en Afrique ?

Il ne faut pas confondre m-banking et m-paiement. Le premier est un service offert par les banques à leurs clients détenteurs d’un compte bancaire pour effecteur des consultations (relevé, opérations) ou des transactions (virement, paiement de factures ou de taxes). L’engouement que l’on connait aujourd’hui porte sur le règlement des factures qui sont proposées sur ces applications.

Le deuxième concerne le m-paiement. Ce sont des services de portefeuille électronique (wallet) qui utilisent des comptes de paiements pour les opérations de transfert de personne à personne, les paiements chez les commerçants ou encore les recharges télécom ou le règlement des factures, en utilisant un téléphone mobile. C’est un nouvel écosystème qui vient de voir le jour et qui s’adresse principalement aux populations non bancarisées, les très petits commerçants, l’informel… pour qui l’accès aux services bancaires demeure cher (frais de tenue de comptes, frais d’opération classiques, virement, etc.).

Ce nouveau dispositif qui a connu l’agrément de nouveaux établissements de paiement par la banque centrale n’en est qu’à ses débuts. Il présente certes un potentiel – sur le papier – maintenant il faut équiper, former, sensibiliser, communiquer… Bref, l’ensemble des acteurs doit investir aujourd’hui pour l’avenir pour créer le besoin.

Pouvez-vous nous parler de la nouvelle gamme de terminaux de paiement électroniques intelligents que vous venez de lancer ?

Ce sont de nouveaux terminaux basés sur la technologie Android qui acceptent aussi bien les cartes bancaires, les wallets mobiles marocains et étrangers, le paiement sans contact, mais également via diverses applications que le marchand peut télécharger (paiement de factures, recharges, gestion des stock, facturation, etc.). Ces terminaux sont plus faciles à maintenir et à mettre à jour et offrent une expérience client digitale identique à celle que l’on a avec un smartphone de dernière génération.

Quelles sont vos perspectives de l’évolution du secteur cette année et quels sont selon vous les défis qui restent à relever dans le secteur de l’e-commerce au Maroc ?
2019 sera à mon sens l’année du décollage du paiement sans contact que ce soit avec une carte ou avec un mobile. Pour le e-commerce il ne faut pas s’attendre à une révolution, mais nous observons de plus en plus un intérêt vers la création de marketplaces de la part de grands acteurs marocains. Par ailleurs, nous sommes sur le starting-block pour le lancement du paiement en ligne pour la grande distribution.

Propos recueillis par Dounia Z. Mseffer