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Afrique industrie

La faible industrialisation de l’Afrique freine son développement économique, selon PwC

Date de publication : 14 mai 2019 Rubrique : Echos international

Selon une étude du cabinet britannique, le continent reste trop dépendant des matières premières. Certains leviers permettraient pourtant de développer le secteur industriel et de créer un cercle vertueux de valeur ajoutée.

Les pays africains peinent à s’industrialiser, ce qui obère le potentiel économique du continent qui concentre pourtant sept des dix pays à la plus forte croissance économique du monde. C’est ce que montre l’étude « Industrialisation en Afrique : réaliser durablement le potentiel du continent » publiée par la branche Afrique francophone du cabinet britannique PwC.

Les auteurs remarquent qu’« en dépit d’un fort potentiel, le secteur industriel ne contribue que de façon très modérée à la création de richesse ». Ils font le constat qu’« à l’exception de l’Afrique du Sud et des pays d’Afrique du Nord, la quasi-totalité (95 %) des Africains – plus de 800 millions de personnes – vit dans des pays dont la VAM [valeur ajoutée manufacturière, NDLR] est inférieure à 100 USD/habitant. À titre de comparaison, la VAM par habitant se situe autour de 620 USD au Brésil, 820 USD en Chine, 3 160 USD au Royaume-Uni et 5 220 USD aux États-Unis. » Une situation qui s’explique « notamment par la faible intensité technologique des activités manufacturières », car 80 % de la VAM africaine est liée aux ressources naturelles et aux activités traditionnelles.

C’est le résultat d’une dépendance persistante aux matières premières et une capacité limitée à dégager des gains de productivité. En 2015, les matières premières représentaient même 71 % des exportations de marchandises en Afrique. Et la problématique n’a fait qu’empirer depuis les années 1970, alors que l’Asie parvenait de son côté à réduire cette dépendance aux matières premières et à développer son secteur industriel.

Les pays africains ont diminué le poids du secteur primaire au profit du secteur tertiaire, et non du secteur industriel. « Bien que le secteur tertiaire présente un véritable potentiel de croissance, le secteur industriel reste cependant le plus déterminant pour la transformation structurelle de l’économie, compte tenu de son incidence sur le marché de l’emploi et sur la productivité », précise l’étude.

Les auteurs préconisent alors de repenser les politiques industrielles « au profit de solutions adaptées, innovantes et polymorphes en phase avec la réalité du continent ». Ils identifient en outre quatre leviers « pour enclencher le rattrapage industriel » : capitaliser sur les ressources naturelles, miser sur des partenariats stratégiques, s’appuyer sur les technologies de la révolution industrielle 4.0 et créer les conditions nécessaires à l’amélioration du climat des affaires.

Pour illustrer l’objectif de capitalisation sur les ressources naturelles, ils prennent l’exemple du Botswana qui est parvenu à mettre en place une stratégie d’intégration verticale dans le secteur des diamants. Le pays a tiré profit de cette ressource naturelle qui devrait être épuisée dans une vingtaine d’années. Ce choix a permis de contribuer à une baisse du chômage qui est passé de 24 % en 2004 à 18 % en 2006.

En ce qui concerne les partenariats stratégiques, l’étude met en lumière le partenariat scellé au Maroc entre le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’investissement et de l’Économie Numérique et Renault selon le concept de « coproduction ». Pour les auteurs, « la répartition des efforts entre les zones géographiques s’est traduite par une situation gagnant-gagnant : les usines marocaines se développent de façon autonome tout en contribuant au développement du secteur industriel national tandis que les entités européennes se concentrent sur le renforcement de leur compétitivité en Europe. »

 

Rémy Pigaglio