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Hassan Boubrik

Hassan Boubrik, invité du Forum Adhérents

Date de publication : 8 mai 2019 Rubrique : Actus CFCIM

La solvabilité basée sur les risques, une « révolution du cadre prudentiel » des assurances

Hassan Boubrik était l’invité du Forum Adhérents le 25 avril dernier. L’intervention du Président de l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) portait sur le thème : « Secteur des assurances : rôle de l’ACAPS et évolution réglementaire ».

Président de l’ACAPS depuis sa création en 2016, Hassan Boubrik constate que les assurances sont « un secteur important, mais qui est pourtant encore mal connu, notamment si on le compare au secteur bancaire ».

Les missions de l’ACAPS sont la supervision et la régulation des secteurs des assurances et de la prévoyance sociale, cette dernière englobant la retraite et l’assurance maladie. Dans le secteur des assurances, l’autorité a la charge du contrôle prudentiel d’une part et des pratiques de marché « avec pour objectif la protection des assurés et la stabilité du marché » d’autre part. En outre, l’ACAPS a le pouvoir de délivrer des agréments et de sanctionner des acteurs. Elle dispose même d’un pouvoir réglementaire à travers des circulaires homologuées par le Ministère des Finances. Elle a été créée sous forme de personne morale de droit public, et non d’établissement public, « ce qui est très important, car cela permet de souligner l’indépendance de l’autorité » vis-à-vis du pouvoir exécutif, insiste Hassan Boubrik.

Un marché marocain performant

Le Président de l’ACAPS replace le marché marocain des assurances dans son contexte africain et mondial. Le chiffre d’affaires des assurances s’élevait à près de     5 000 milliards de dollars dans le monde en 2017. L’Afrique constituait seulement 1,4 % de ce montant, soit 67 milliards de dollars, alors qu’elle représente à l’échelle mondiale 2,8 % du PIB et 16 % de la population.

« Ce déséquilibre, parfaitement normal, s’explique grâce à la pyramide de Maslow : quand les revenus sont faibles, les personnes consomment d’abord ce qui est absolument nécessaire. Les services financiers viennent après. Mais ces statistiques démontrent aussi le potentiel d’augmentation du marché des assurances en Afrique, avec l’émergence d’une classe moyenne et l’augmentation des revenus des populations du continent », décrypte Hassan Boubrik.

Le président de l’ACAPS relève en outre que l’Afrique du Sud domine largement le marché des assurances en Afrique et capte 72 % du chiffre d’affaires du continent. Le marché marocain, qui se place en seconde position avec 6 % de ce chiffre d’affaires, est performant. « L’Égypte, l’Algérie, le Nigeria sont des économies deux à trois fois plus grandes que celle du Maroc. Pourtant, le marché de l’assurance au Maroc est deux à trois fois plus important que ceux de ces pays », indique Hassan Boubrik.

Le Royaume accueille 21 entreprises d’assurance et deux entreprises de réassurance. « Là encore, par rapport à d’autres pays africains hors Afrique du Sud, il est remarquable que le Maroc ait aussi peu d’acteurs […]. Et c’est une bonne chose, car il est important d’avoir des acteurs solides et de taille importante. Dans un marché qui pèse 4 milliards de dollars, de petits acteurs ne pourraient ni investir, ni accompagner les évolutions réglementaires, ni accompagner le développement du marché, ni assurer les services qu’ils doivent apporter à leurs clients », souligne Hassan Boubrik.

Le réseau marocain est constitué de 1 862 points de vente intermédiaires et 557 bureaux directs. Le réseau bancaire joue aussi un rôle important en commercialisant environ 80 % de l’assurance vie. Entre 2012 et 2018, le taux de croissance moyen du marché a été de 7,25 %, tiré essentiellement par l’assurance vie (12,5 % en moyenne), alors que l’assurance non-vie augmentait en moyenne de 4,25 %.

L’assurance vie représente la moitié du marché

L’assurance vie représente aujourd’hui 44 % du marché. L’automobile pèse selon Hassan Boubrik « à peu près la moitié de l’assurance non-vie », suivie par l’assurance maladie et accidents corporels (10 % du marché), les accidents du travail, l’assistance et crédit caution et enfin par quelques autres catégories moins significatives « notamment des assurances non obligatoires ».

Hassan Boubrik a ensuite dressé un état des lieux des placements des assurances. Le total des actifs gérés par les compagnies d’assurances est de 185 milliards de dirhams. Un montant qui est, selon lui, très important, ce qui est d’autant plus remarquable que la part des actifs détenus sous forme d’actions est de 48 %, sachant que ce taux varie de 5 à 7 % en Europe.

En matière de résultats, « le secteur se porte plutôt bien ». Le ROE (Return On Equity) se situe entre 9 et 11 %, « ce sont des valeurs bonnes, acceptables ». « Le secteur satisfait de manière excellente les ratios de solvabilité », estime Hassan Boubrik qui a ensuite abordé les principales évolutions réglementaires et les chantiers structurants sur lesquels travaille l’ACAPS. Cette dernière est en train de préparer le passage à la solvabilité basée sur les risques, ce qui va révolutionner le cadre prudentiel des compagnies d’assurance. Ce projet de circulaire « répond aux nouvelles normes internationales. Le cadre qui existe aujourd’hui et qui date de 2002-2005 […] est totalement désuet. »

Les trois piliers de la solvabilité basée sur les risques

La solvabilité basée sur les risques repose sur trois piliers. Le premier concerne les exigences quantitatives : comment calculer le bilan prudentiel, le capital de solvabilité requis ou encore les fonds propres éligibles. Le deuxième pilier est le renforcement du système de gouvernance. Il a trait à la qualité des données du système d’information, les systèmes de gestion des risques, le contrôle interne, les fonctions clefs (audit interne, gestion des risques, conformité, actuariat…). Le troisième pilier est l’information qui doit être fournie à l’autorité et au public.

Le second projet de l’ACAPS concerne la couverture contre les événements catastrophiques. L’autorité travaille à la création d’une couverture dédiée qui serait adossée à l’achat d’une autre assurance. Elle pourrait entrer en vigueur à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine.

L’autorité prépare aussi la mise en place d’une couverture tous risques chantiers et une assurance RC décennale. Ces couvertures vont concerner, dans un premier temps, les constructions destinées à l’habitation comportant plus de 4 étages et d’une superficie supérieure à 800 m² et les constructions à usage industriel, commercial et de services d’une superficie supérieure à 400 m².

L’assurance Takaful « à la fin de l’année ou en janvier prochain »

L’ACAPS prépare en outre la mise en place de l’assurance Takaful (assurance participative), alors que les premières banques participatives ont lancé leur activité en 2017. Elle devait être mise en place « à la fin de l’année ou en janvier prochain », annonce Hassan Boubrik.

Parmi les autres projets évoqués par le président de l’ACAPS : la dématérialisation de l’assurance automobile, la souscription en ligne, l’assurance inclusive et enfin la création d’un dispositif de protection des assurés. « Le deuxième volet des actions de l’ACAPS, le contrôle des pratiques de marché et la protection des assurés, était absent des radars de l’ancienne Direction des Assurances et de la Prévoyance Sociale du Ministère de l’Économie et des Finances, faute de moyens, de culture et d’une mission donnée », précise Hassan Boubrik. Aujourd’hui, environ 25 personnes sont dédiées à cette activité.