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Pipeline

Nouvel accord sur le gazoduc entre le Nigeria et le Maroc

Date de publication : 19 juin 2018 Rubrique : Echos international

Lors de la visite à Rabat du Président nigérian Muhammadu Buhari, le tracé du futur gazoduc a été dévoilé.

Le gazoduc reliant le Nigeria et le Maroc se rapproche un peu plus de sa concrétisation. Le 10 juin dernier, le Président nigérian Muhammadu Buhari en visite à Rabat coprésidait avec Sa Majesté le Roi Mohammed VI la cérémonie de signature d’un accord relatif à ce mégaprojet.

Alors qu’une étude de faisabilité avait été confiée en mai 2017 à la Nigerian Natrional Petroleum Company (NNPC) et à l’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM), les deux pays ont convenu de passer à la phase FEED (front end engineering design), qui doit préfigurer la réalisation du projet. Selon l’agence MAP, le Directeur Général de la NNPC, Farouk Garba Said, et la Directrice Générale de l’ONHYM, Amina Benkhadra, ont affirmé que « pour des raisons d’ordre économique, politique, juridique et sécuritaire, le choix s’est opéré sur une route combinée onshore/offshore ».

Le projet avait été lancé en décembre 2016 au cours de la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Nigeria. Le pilotage avait alors été confié aux fonds souverains marocain (Ithmar Capital) et nigérian (Nigeria Sovereign Investment Authority).

Long de 5 660 kilomètres, le gazoduc traversera 12 pays et sa construction devrait s’étaler sur 25 années, toujours selon la MAP. Des discussions doivent désormais être menées avec les États concernés, la CEDEAO, et les clients européens.

« Le problème du financement sera la première question qui va se poser. Les deux fonds souverains ne financeront pas le projet dans sa totalité. Il faudra faire appel à d’autres fonds souverains ainsi qu’aux banques internationales de développement », anticipe Jawad Kerdoudi, Président de l’Institut Marocain de Relations Internationales. Le coût du chantier n’a pas encore été dévoilé, mais « une première évaluation de 20 milliards de dollars a été évoquée. Elle reste à confirmer », précise-t-il.

Ce projet pourrait profondément modifier le visage du secteur de l’énergie en Afrique de l’Ouest. Tout en fournissant les pays de la région, il pourrait permettre de relier les différents champs gaziers récemment découverts. Il est prévu d’entamer des discussions avec les opérateurs du champ Tortue au large du Sénégal et de la Mauritanie. Le Maroc bénéficierait, en outre, d’un approvisionnement aisé en gaz, alors qu’il ne dispose pas de réserves d’hydrocarbures significatives.

Pour le royaume, l’objectif est aussi de faire évoluer la relation avec le Nigeria, traditionnellement hostile à la position marocaine sur le Sahara. « Le Maroc veut amener le Nigeria à adopter une position de neutralité au départ. Et peut-être permettre, à terme, qu’il adopte une attitude plus positive », estime Jawad Kerdoudi.

À l’occasion de la visite de Muhammadu Buhari, deux autres accords ont été signés : un sur la création d’une plateforme industrielle de fabrication d’ammoniaque et de produits dérivés et un autre sur la formation professionnelle agricole.

« Ce projet a aussi pour ambition de fournir l’Europe. Les clients européens ne prendront pas leurs décisions uniquement en fonction du prix, mais aussi dans l’optique de diversifier leurs ressources gazières et de ne pas dépendre uniquement de l’Algérie et de la Russie. Il y a donc un volet géopolitique dans la réalisation de ce projet » , analyse Jawad Kerdoudi. Un projet de gazoduc reliant le Nigeria et l’Algérie est d’ailleurs au point mort depuis plusieurs années.

Rémy Pigaglio