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Le Sénégal, l’un des plus fidèles partenaires du Maroc

Date de publication : 13 décembre 2017 Rubrique : Echos international

Mamoun Tahri-JouteiInterview de Mamoun Tahri-Joutei, Directeur Intelligence Économique de BMCE Bank of Africa

Le Sénégal est l’un des partenaires les plus anciens du Maroc : quels sont les principaux axes de cette relation et quelles sont les perspectives à venir (CEDEAO, etc.) ?

Souvent qualifiées d’ancestrales, les relations entre le Sénégal et le Maroc vont au-delà des simples aspects diplomatiques ou économiques, et constituent un modèle de coopération Sud-Sud, comme en témoignent les nombreuses visites de Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Sénégal, avec comme point d’orgue, son discours prononcé depuis Dakar, le 6 novembre 2016, à l’occasion du 41e anniversaire de la Marche Verte.

La coopération économique, plus particulièrement, concerne de nombreux secteurs (assurances, banques, agriculture, immobilier, énergie, pharmacie, tourisme…) et a été couronnée, en 2015, par la création du Groupe d’Impulsion Économique (GIE) destiné à coordonner et pérenniser les relations d’affaires entre les deux pays. Au total, il existe aujourd’hui plus d’une centaine d’accords entre le Maroc et le Sénégal, couvrant une dizaine de secteurs-clés.

À moyen terme, le retour du Maroc à l’Union africaine et sa prochaine adhésion à la CEDEAO ne pourront que contribuer à renforcer davantage ces relations et à faire du Sénégal un partenaire privilégié du Maroc en Afrique de l’Ouest, afin de renforcer des relations commerciales, encore en deçà de leur potentiel.

Comment se porte l’économie sénégalaise ? Quelle est la stratégie économique du pays et quelles sont les spécificités du marché sénégalais ?

Avec une population de 15 millions d’habitants et un PIB de 14,6 milliards de dollars (USD) en 2016, le Sénégal est la deuxième puissance économique francophone en Afrique de l’Ouest. Dépassant les 6,5 % du PIB depuis 2015, la croissance économique demeure soutenue par la poursuite de l’exécution du programme d’investissement de l’Etat, la consolidation des activités agricoles ainsi que par la bonne tenue de l’industrie. L’adoption en 2014 du Plan Sénégal Emergent (PSE) a, en effet, constitué un tournant majeur, visant à faire du pays l’une des économies les plus performantes d’Afrique subsaharienne. Le renforcement de la compétitivité, l’amélioration du climat des affaires, la poursuite des grands chantiers de l’Etat (autoroutes, Train Express Régional…), le soutien aux secteurs stratégiques (agriculture, agro-industrie, pêche, tourisme, énergie) et le développement de programmes sociaux (santé, éducation) en sont les principales composantes.

En termes d’équilibres macroéconomiques, les perspectives sont également favorables avec des exportations en hausse de 15 % en 2015 et 13 % en 2016, et un déficit budgétaire qui converge vers l’objectif UEMOA à 3 % du PIB.

Quel sont les créneaux les plus porteurs pour les investisseurs marocains ?

Les entreprises marocaines sont aujourd’hui présentes, principalement, dans le secteur bancaire, l’industrie pharmaceutique, l’énergie, les BTP, les télécoms et les assurances. À court terme, et au vu des ambitions du Sénégal, la grande distribution, les NTIC (portées par la stratégie Sénégal Numérique), l’agriculture et l’agrobusiness continueront à se développer et nécessiteront des investissements importants. À titre d’exemple, les producteurs sénégalais de fruits et légumes perdraient jusqu’à 70 % de leur production en raison d’une mauvaise conservation, révélant un potentiel pour le savoir-faire marocain en termes de logistique.

Enfin, le positionnement du Sénégal comme porte d’accès privilégié aux marchés sous régionaux laisse entrevoir des opportunités en termes d’infrastructures et également d’énergie avec de récentes découvertes de gisements d’hydrocarbures.

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises marocaines qui souhaitent s’implanter ou se développer au Sénégal ?

L’un des objectifs majeurs du Plan Sénégal Emergent est l’attraction d’IDE, au travers d’avancées notables en termes, notamment, d’amélioration de l’environnement des affaires et de réformes structurelles (investissement, fiscalité…). Dès lors, les entreprises marocaines souhaitant s’installer au Sénégal sont amenées à s’inscrire dans la pérennité et à être parfaitement insérées dans leur environnement à moyen et long termes.

Concernant la connaissance des spécificités du marché et la sélection de partenaires locaux, le recours aux acteurs marocains présents sur place peut être d’une grande aide. C’est ainsi que sont organisées, par BMCE Bank of Africa, des caravanes destinées à mieux appréhender le marché sénégalais à l’image de l’African Business Connect initié en 2015 en partenariat avec Maroc Export.

Ces missions sectorielles réalisées à fréquence régulière dans des pays d’Afrique subsaharienne permettent de mieux saisir les opportunités dans le cadre de rencontres B to B et B to G, visites sur site…