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Colloque sante 1

Santé : d’importantes réformes engagées par le Maroc

Date de publication : 26 février 2016 Rubrique : Actus CFCIM

A l’occasion du Colloque franco-marocain de la Santé, organisé le 23 février dernier par la Chambre Française du Commerce et de l’Industrie du Maroc (CFCIM), en collaboration avec le Ministère marocain de la Santé, le Ministère français des Affaires Etrangères et du Développement International et Business France, le Secrétaire Général du Ministère de la Santé, Docteur Abdelali 
Belghiti Alaoui, a présenté les grandes lignes de la politique de santé publique marocaine. Résumé de son intervention.

Abdelali Belghiti Alaoui« Dans la constitution de 2011, le Maroc a consacré le droit d’accès aux soins. Ce droit ne peut pas être soumis à la logique classique de la santé qui est sous l’emprise de l’équilibre offre/besoin/demande. C’est un droit que l’État doit honorer en concertation avec les bénéficiaires », a rappelé Abdelali 
Belghiti Alaoui. Depuis 2012, le Maroc a ainsi accéléré la dynamique des réformes afin de répondre à ces nouveaux objectifs constitutionnels et d’accompagner la transition démographique et épidémiologique que connaît actuellement sa population.

Des indicateurs en forte amélioration
Le Royaume a stabilisé son accroissement démographique avec un taux de 1,05 % (contre 2,58 % en 1960). L’indice de fécondité est de 2,2 enfants par ménage et le seuil de renouvellement des générations est de 2,1. « En 50 ans nous avons presque gagné 28 ans d’espérance de vie. Elle est aujourd’hui de 74,8 ans, contre 47 au lendemain de l’Indépendance. », souligne Abdelali
 Belghiti Alaoui. « Un autre indicateur important est la mortalité évitable. Là aussi le Maroc a fait un saut qualitatif très important », ajoute-t-il. En 2010, le taux de mortalité infanto-juvénile était de 30,5 pour mille (contre 138 pour mille en 1980) et le taux de mortalité maternelle était de 112 pour 100 000 naissances vivantes (contre 359 en 1980). Enfin, de nombreuses maladies telles que la diphtérie, la coqueluche, la poliomyélite ou le paludisme sont aujourd’hui quasiment éliminées.

De nouveaux besoins en matière de soins
En raison de la transition démographique (vieillissement de la population, urbanisation accélérée, etc.), le Maroc est confronté à de nouveaux risques concernant la santé publique. « La transition épidémiologique a fait que la majorité de la morbidité est due aux maladies chroniques dégénératives et aux accidents de la voie publique », indique le Secrétaire Général du Ministère de la Santé. « Ce sont les nouvelles maladies de la civilisation : les maladies chroniques, cardio-vasculaires, le cancer, etc. », ajoute-t-il. On assiste en effet à une hausse des maladies chroniques qui touchent 18,2 % de la population, contre 13,8 % en 2004. Les maladies non transmissibles représentent 75 % de tous les cas de décès. À noter également, le nombre important des victimes des accidents sur la voie publique (en particulier les accidents de la route), soit 10 décès par jour. Les autres risques devant être anticipés au niveau du système de santé sont les pandémies telles que le SRAS, la grippe H1N1 ou encore le virus Ebola. Toutes ces nouvelles maladies et pathologies ne peuvent pas être prises en charge dans les centres de santé, mais dans les hôpitaux, ce qui nécessite la construction de nouveaux établissements et la mise à niveau des infrastructures existantes.

Une offre de soins insuffisante
« Aujourd’hui, l’accès aux soins est devenu le principal défi. L’accès aux soins se mesure, tout d’abord, par rapport aux infrastructures. Nous avons beaucoup de faiblesses à ce niveau-là » constate Abdelali
 Belghiti Alaoui. « En moyenne, il y a un lit pour 1 000 habitants, ce qui est très insuffisant. ». Un autre problème impacte l’offre médicale : le manque de personnel soignant. Près de 21 000 médecins exercent dans le Royaume : 11 000 dans le secteur public et 10 000 dans le secteur privé, soit 0,62 médecin pour 1 000 habitants. Le déficit concerne, de même, le personnel infirmier (0,97 pour 1 000 habitants). Par ailleurs, l’offre médicale est inégalement répartie au niveau géographique, mais aussi en matière de spécialités. « Le ratio spécialiste/généraliste a dépassé 1 en 2003. Dans le secteur public et privé, nous avons donc plus de spécialistes que de généralistes et, plus nous avons de spécialistes, plus nous encourageons les dépenses et le recours aux soins spécialisés. », explique Abdelali
 Belghiti Alaoui. Les Marocains dépensent seulement 400 dirhams par an en médicaments alors que les habitants des pays de l’OCDE dépensent près 5 000 dirhams chez leur pharmacien. Les médicaments génériques sont encore peu représentés : ils ne dépassent pas 30 % de la consommation de médicaments.

Une généralisation progressive de la couverture maladie
Au Maroc, la part totale des dépenses de santé dans le PIB est en progression. Elle s’établit à 6,2 %, contre 4,5 % en 1998. Mais les dépenses de santé sont encore majoritairement supportées par les ménages (à 53,6 %). La réforme de la couverture médicale de base a été engagée en 2002. En 2007, 37 % de la population bénéficiait de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO). Le RAMED a été généralisé à partir de 2012 et s’adresse aujourd’hui à 28 % de la population. En 2015, ont été publiés la loi et le décret application concernant l’assurance maladie pour les étudiants. Le Conseil du Gouvernement a, en outre, adopté le régime pour les indépendants qui couvrira, quant à lui, 30 à 32 % de la population. « Avec ces quatre régimes, nous allons couvrir plus de 90 % de la population », indique Abdelali Belghiti Alaoui.

Des réformes structurantes pour améliorer l’offre de soin
Une autre réforme majeure, engagée ces dernières années, concerne le secteur pharmaceutique. Les prix de plus de 2 700 médicaments et de plus de 1 000 dispositifs médicaux ont ainsi été revus à la baisse. L’offre de soins a, en outre, été réorganisée à travers la mise en place de la carte sanitaire et au redéploiement des urgences et des filières de soins. L’ouverture des capitaux des cliniques aux non-médecins et le développement des partenariats public-privé visent également à améliorer l’accès aux soins « tout en mettant des garde-fous pour éviter que la médecine devienne un bien marchand », précise le Secrétaire Général du Ministère de la Santé. Par ailleurs, un texte portant sur la refonte des statuts des CHU est actuellement en discussion au parlement. Un autre concernant les Groupements Hospitaliers Régionaux (GHR) est en préparation. En parallèle, une importante réforme a été initiée pour restructurer les ordres professionnels et les statuts des professions libérales médicales. En matière de formation, le système LMD (Licence, Master, Doctorat) a été mis en place afin de rehausser le niveau d’enseignement. Enfin, différents services « e-santé » (« sihati.gov.ma », « santéjeuneunes.ma », etc.) et plateformes téléphoniques (« Allo SAMU », « Allo Mawiidi », etc.) ont été lancés en vue de faciliter la prise en charge des patients et d’améliorer l’accès à l’information. « Au cours des cinq dernières années, 87 établissements de santé ont été mis en service. Actuellement, nous programmons la construction de cinq nouveaux CHU, en plus des cinq existants, à Tanger, Agadir, Rabat, Beni Mellal et Laâyoune. Ces CHU vont nous permettre de disposer de plus de 3 200 lits supplémentaires avec un coût de 11 milliards de dirhams » , annonce Abdelali
 Belghiti Alaoui.

Aujourd’hui, toutes les réformes du système de santé marocain s’articulent avec d’autres grands chantiers nationaux tels que celui de la Régionalisation Avancée. La priorité est notamment donnée aux urgences, à la santé mentale et à la santé rurale.

 

 

Le Colloque franco-marocain de la Santé fait salle comble

Colloque sante 2Très attendu par les professionnels du secteur, le Colloque franco-marocain de la Santé s’est tenu le 23 février 2016, dans les locaux de la CFCIM. L’événement a été organisé par la CFCIM, en collaboration avec le Ministère marocain de la Santé, le Ministère français des Affaires Étrangères et du Développement International, le Service Économique de l’Ambassade de France au Maroc, Business France et CCI France International. Cette rencontre avait pour objectif de permettre aux participants de cerner avec précision les enjeux des réformes de santé menées par le Maroc et d’étudier de nouvelles voies de coopération. Près de 170 personnes, professionnels du monde médical, acteurs du secteur privé ou public, ont participé à la rencontre. Après la séance plénière, au cours de laquelle le Docteur Abdelali
 Belghiti Alaoui, Secrétaire Général du Ministère de la Santé, a présenté la politique de santé publique marocaine, plusieurs ateliers ont été animés par des experts marocains et français. Ils ont notamment porté sur la plateforme française « Export et Santé », les politiques de partenariat public-privé, Colloque sante 3l’amélioration de la performance dans les hôpitaux, les ressources humaines, la santé des personnes âgées et les services d’e-santé. Dans le cadre de ce colloque, une vingtaine d’entreprises françaises ont eu l’opportunité de rencontrer les grands donneurs d’ordres marocains dans le secteur de la santé.


 

 

 

Jean-Patrick Lajonchere3 questions à Jean-Patrick Lajonchère, Conseiller spécial pour les filières de santé auprès du Ministère français des Affaires Étrangères et du Développement International

Conjoncture.info : Quels sont les objectifs du programme « Mieux se soigner » mis en place dans le cadre de la stratégie à l’export de la France ?
Jean-Patrick Lajonchère : Le constat qui est fait en France, c’est celui d’une offre de soins importante, très dense, avec des entreprises créatives et variées, des médecins et des hôpitaux compétents. Ces derniers, d’ailleurs, contribuent à promouvoir une culture de la médecine française en France et dans le monde. Les résultats de notre système de soins sont reconnus par les organismes mondiaux, l’Organisation Mondiale de la Santé notamment. Tout cela nous pousse à nous tourner davantage vers l’étranger. Très certainement en maintenant les partenariats académiques, comme cela a été par le passé, et peut-être même en les renforçant. Nous avons des textes de loi et des décrets qui viennent d’être mis en place afin d’améliorer l’accueil d’étudiants étrangers en France. Cela est extrêmement important, selon nous. Comme il n’est pas facile de comprendre la culture d’un pays, de s’insérer dans ses problématiques, il faut que les entreprises candidates à l’export dans le domaine de la santé puissent échanger entre elles. Celles qui ont le plus d’expérience doivent parler à celles qui en ont le moins et c’est pour cela que les postes de fédérateurs de famille de soutien à l’exportation ont été créés en 2013. Il existe ainsi sept familles, dont la famille « Mieux se soigner ».

Quels sont les atouts de l’offre française à l’export dans le domaine de la santé ?
On connaît le savoir-faire français en matière de construction d’hôpitaux, d’urbanisme et de programmation, c’est-à-dire de compréhension de la demande. La France n’est pas positionnée sur les gros équipements médicaux, mais elle est présente sur beaucoup d’équipements. C’est le 8e exportateur mondial de produits de santé et le 5e mondial en matière de médicament. Donc, ce savoir-faire est réel et s’exprime très souvent au travers d’innovations. La France est connue pour ses belles innovations technologiques en matière industrielle, que ce soit Airbus Industries, Ariane Espace, le TGV, etc. Mais cela est moins connu dans le domaine de la santé. Et en tant que Directeur d’hôpital, je peux vous le dire, il y a vraiment beaucoup d’innovations françaises dans le secteur biomédical. La troisième chose que l’on nous reconnaît, c’est le système de santé français. Que ce soit en matière d’épidémiologie ou de conception des programmes de santé publique, je pense que notre pays a une réelle expertise. Notre fierté, c’est d’avoir basé notre système de santé sur les trois piliers de la République Française. Beaucoup de nos hôpitaux ont des systèmes d’information performants. Les programmes de santé publique reposent également sur ces systèmes d’information.

Quel est votre regard sur l’évolution du secteur de la santé au Maroc ?
Le Maroc consacre déjà une part importante de son PIB aux dépenses de santé et c’est une réelle opportunité. Le pays commence à connaître des pathologies de pays industrialisés, c’est le signe qu’il est entré dans une nouvelle ère. Cela implique de nouvelles contraintes et une médecine plus chère, mais cela indique aussi le niveau d’apport du système de santé. Un système déjà performant et qui a une vision d’avenir tournée en direction de la population, cela est extrêmement encourageant.