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La Médiation, une priorité pour la CFCIM.

Date de publication : 20 août 2014 Rubrique : Divers

« Le travail du médiateur, c’est le consensus, pas la justice ! »
La Médiation est un mode amiable de règlement des conflits par lequel un tiers, le médiateur, neutre, indépendant et impartial aide les parties à trouver une solution négociée. Ce nouveau dispositif visant à améliorer le climat des affaires au Maroc est l’une des priorités de la Chambre Française de Commerce et d’Industrie du Maroc (CFCIM) et de son Président Jean Marie Grosbois. Dès 2009, la CFCIM innove en créant un Centre de Médiation de référence en collaboration avec le Centre de Médiation et d’Arbitrage de Paris (CMAP), un organisme leader en France en matière de résolution alternative des conflits commerciaux. Les 4000 adhérents de la CFCIM peuvent ainsi faire appel aux services des médiateurs formés et accrédités. La médiation est conventionnelle mais non judiciaire au Maroc, elle n’est ni un jugement, ni un arbitrage. Elle doit aboutir à un accord entre les deux parties en conflit qui acceptent d’énoncer clairement leurs doléances voire d’abandonner une partie de leurs prétentions. Une fois acceptée par les demandeurs et le médiateur, la transaction a valeur de jugement. Chaque année au Maroc, les activités commerciales génèrent un grand nombre de contentieux qui entrainent des coûts supplémentaires et une dégradation des relations entre entreprises et fournisseurs notamment. La médiation, rapide et peu onéreuse, est une solution raisonnée et responsable. En décembre 2013, la CFCIM a crée le premier Club de la Médiation au Maroc qui regroupent 50 grandes entreprises parmi lesquelles AXA, ALSTOM, LYDEC, RENAULT, SOCHEPRESS, TOTAL. En 2014, une nouvelle session de formation à la médiation commerciale a été organisée avec le CMAP à Casablanca (du 19 au 21 mai) et à Paris (du 15 au 17 juin) regroupant une vingtaine d’adhérents de la CFCIM. Conjoncture a rencontré Franck Dautria, Conseil Juridique et Fiscal, Directeur Associé de Monceau Juridique et Fiscal, Président de la Commission Médiation de la CFCIM et Médiateur agrée CFCIM-CMAP et Mohamed Elalamy…. 
INTERVIEWS

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Conjoncture : « Franck Dautria, comment avez-vous découvert la médiation ?
Franck Dautria : Je travaille dans le conseil juridique depuis 22 ans, j’ai une formation d’avocat. En 2010, j’ai suivi la formation de la CFCIM et du CMAP et j’ai eu une révélation. A l’époque, il y avait tout à faire, on percevait déjà les opportunités d’une telle démarche, et la CFCIM grâce à l’ouverture vers ses milliers d’adhérents était un des seuls endroits où nous pouvions développer cet outil en encadrant les médiateurs. La médiation est une idée nouvelle au Maroc bien-sur, mais aussi en France. Chez les anglo-saxons en revanche, presque 90 % des dossiers de litiges passent par la médiation. C’est une autre culture, beaucoup plus pragmatique. N’oublions pas que leur modèle de justice est basé sur le « settlement », la transaction alors qu’en droit latin, nous sommes traditionnellement très procéduriers. Le problème avec la médiation c’est que le Code de Procédure Civil l’organise mais ne donne aucune condition pour être médiateur.

Ça veut dire que tout le monde peut devenir médiateur ?
Comme tout le monde peut devenir coach. Au Maroc, nous avons recensé 180 médiateurs qui peuvent exercer en entreprise mais on rencontre tous les profils. Quand nous avons décidé de relancer la formation des médiateurs à la CFCIM en 2012, nous avions besoin d’une charte éthique, et d’établir un process sérieux et reconnu. Même si le médiateur ne décide pas, la médiation est une démarche très structurée. D’abord, le médiateur bâtit son autorité, c’est indispensable pour les deux parties qui sont en face de lui, ensuite il installe des règles de fonctionnement, de respect de la parole, de courtoisie acceptées par les deux parties.

On l’a bien compris, le médiateur n’est ni un juge ni un arbitre ?
L’arbitre tranche, c’est une justice privée et le Juge, c’est la loi, c’est une justice publique. Dans les deux cas, c’est une décision qui est prise et qui s’impose aux parties. A la différence du Juge et de l’arbitre, le médiateur aide les parties à construire leur accord. Le travail du Médiateur, c’est le consensus, pas la justice.

Mais dites-moi, c’est une démarche très citoyenne ?
Parfaitement… pour moi, c’est même un progrès qui concerne toute la société. C’est la confirmation que l’on peut s’entendre et raisonner ensemble pour arriver à une solution sans passer par la case Tribunal. Et en plus, on gagne de l’argent et du temps. Construire un vrai Centre de médiation au Maroc à la CFCIM, oui c’est une sacrée démarche citoyenne !

Quelles sont les qualités d’un bon médiateur ?
L’écoute, l’éthique, l’impartialité, l’intelligence…il faut parfois contribuer à trouver des solutions auxquelles les deux parties n’avaient pas pensé. Dans 75 % des cas, on est face à des gens qui n’osent pas se parler donc il faut savoir « débloquer » la parole. Dans une médiation, il faut que chacun exprime tout ce qu’il a sur le cœur, c’est primordial et ça peut durer très longtemps. Quand les médiateurs écoutent une des parties en « aparté », il faut savoir proposer des scénarios pour débloquer la situation. Une médiation réussie c’est d’abord obtenir un accord sur les désaccords. Il faut que l’un et l’autre comprennent le désaccord de l’autre. Le médiateur idéal doit donc être armé aussi d’une certaine sagesse et de beaucoup d’humilité. 

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Conjoncture : « Mohamed Elalamy, vous êtes un des dirigeants de Saham, vous étiez en formation médiation il y a quelques semaines avec le Centre de Médiation pour l’Entreprise de la CFCIM. Comment êtes-vous arrivé à la médiation ?
Mohamed Elalamy : Je n’avais pas d’expérience concrète avec la médiation. Dans le groupe où je travaille, nous avons plutôt recours à l’arbitrage. J’avais suivi plusieurs séminaires sur ce sujet proposés par des organismes de formation qui opèrent dans le domaine de la médiation et de l’arbitrage et j’avais envie d’aller plus loin. La différence entre ces séminaires et la formation du Centre de Médiation pour l’Entreprise de la CFCIM, c’est que c’est réellement de la formation et qu’on vous apprend vraiment à devenir médiateur. Et j’ai retrouvé beaucoup de pédagogie et même de la psychologie dans cette formation. Vous savez, dans la médiation, il n’a pas de lésé et des personnes qui subissent, je trouve cette approche extrêmement noble.

Quel est le stade le plus difficile, se faire respecter par les deux parties ?
Oui, il faut obtenir la confiance des parties car rien ne se fera si cette confiance n’est pas palpable. Et surtout la maintenir tout au long des négociations. Pour avoir la confiance des gens, il faut d’abord être capable de déterminer les règles du jeu, et cela demande une certaine autorité. C’est une approche assez délicate, on est vite happé par l’idée, la « tentation » de l’arbitrage alors qu’on doit s’en éloigner. L’arbitre opte pour une des positions alors que dans le cas d’une médiation, vous êtes un facilitateur pour amener les gens à s’écouter, dialoguer et tout cela va les mener à trouver des solutions qui sauvegardent leurs intérêts.

Quels traits de caractères, quelles qualités avez-vous utilisé pour devenir médiateur ?
Je crois qu’avant tout il faut être patient et calme. Quelqu’un qui est impatient et nerveux pourra difficilement mener une médiation. On vous demande d’accompagner les autres à trouver des solutions à leurs problèmes donc inévitablement vous subissez les humeurs des uns et des autres, la patience est obligatoire.

Quelle est l’avenir de la médiation au Maroc ?
Les gens vont venir à la médiation pour deux raisons, le gain de temps et le gain d’argent. On ne peut pas engager des procédures classiques sur tous les dossiers, ce n’est pas possible ! Et vous verrez, c’est le « bouche à oreille » qui va fonctionner avec la médiation, les gens y viendront après avoir vu d’autres traiter leurs litiges de cette façon. Le litige est une réaction qui arrive après qu’on ait touché ou menacé des intérêts et vous réagissez à cette situation par une position que vous prenez… et c’est la position qui crée le litige. La médiation est le seul processus qui permet de revenir au niveau des intérêts, au niveau du problème initial.

Cette formation a changé quelque chose dans votre façon de travailler ?
Nous sommes confrontés au quotidien dans une entreprise avec toutes sortes de petits litiges, et j’avoue que depuis cette formation, j’ai une approche plus structurée. Avant j’avais tendance à sauter les étapes. J’ai une meilleure qualité d’écoute, parce j’ai compris que quoi qu’il arrive, c’est la personne, elle même dans son for intérieur qui connaît son problème mieux que n’importe qui, et qui sait pourquoi elle en est là, il suffit de l’écouter. 

Propos recueillis par Franck Mathiau