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ESG

Les enjeux Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG), nouveaux critères d’évaluation des entreprises

Date de publication : 29 avril 2022 Rubrique : Regards d'experts

Assia Benhida, Associée PwC au Maroc, Market & ESG Leader Maghreb

Les sujets liés à l’environnement, aux enjeux sociaux ou de gouvernance sont chaque jour plus présents dans le débat public. La question essentielle autour de ce débat touche à la nouvelle définition du rôle de l’entreprise dans la société et l’économie. L’entreprise de demain ne sera plus évaluée que sur sa seule performance financière, mais également sur son impact social et environnemental.

La plupart des analystes internationaux se rejoignent sur un constat commun : les ESG seront le prochain moteur de transformation future des entreprises à l’échelle mondiale. D’où l’expression « Sustainability is the new Digital ».

Qu’est-ce que les enjeux Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) ? 

Le sigle international « ESG » est utilisé par la communauté financière pour désigner les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) qui constituent généralement les trois piliers de l’analyse extra-financière. Ils sont pris en compte dans la gestion socialement responsable. Grâce aux critères ESG, on peut évaluer l’exercice de la responsabilité des entreprises vis-à-vis de l’environnement et de leurs parties prenantes (salariés, partenaires, sous-traitants et clients).

Les critères environnementaux mesurent l’impact direct ou indirect de l’entreprise sur l’environnement. Ils tiennent compte de facteurs tels que la consommation d’énergie, le traitement des déchets, l’impact sur la biodiversité, le respect des accords de Paris…

Les critères sociaux évaluent quant à eux l’impact direct ou indirect de l’entreprise sur ses salariés et l’ensemble de ses parties prenantes (fournisseurs, clients, sous-traitants, communautés locales) au regard de valeurs telles que le respect du droit du travail, le travail des enfants, la dignité humaine…

Enfin, les critères de gouvernance examinent la façon dont l’entreprise est dirigée. Ils s’intéressent donc aux bonnes pratiques de gouvernance, à la parité et à la diversité dans les différentes instances de l’entreprise, à la représentation des salariés, à la transparence dans les rémunérations ou encore à la lutte contre la corruption et à la prise en compte du vote des actionnaires.

Pourquoi est-ce un enjeu pour les entreprises au Maroc ?

Le Maroc s’est engagé dans une stratégie volontariste en matière d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique et de décarbonation. Cependant, ces objectifs de croissance ne peuvent se concrétiser sans la mise en œuvre d’un agenda prenant en compte les enjeux ESG et la mise en place d’un cadre réglementaire propice à son développement.

Le tissu économique marocain est en pleine mutation en cette période post-Covid. Les entreprises doivent saisir cette opportunité pour initier et accélérer leur transformation de manière durable. Les critères ESG, au-delà d’une vision de conformité réglementaire et d’analyse de risques, permettront à nos clients d’assurer la meilleure performance environnementale, sociale et de gouvernance.

Au niveau des entreprises, l’adoption d’une approche ESG commence par un engagement fort du top management. Ce sont les dirigeants qui donnent le ton dans toute organisation pour faire en sorte que les sujets comme le climat, le développement durable ou la diversité fassent partie intégrante de leur stratégie.

Ainsi, nous constatons aujourd’hui que les entreprises engagées dans une stratégie net zéro et créatrices de valeur pour l’environnement et la société, inspirent la plus facilement confiance. Or, créer la confiance est plus que nécessaire pour adresser les enjeux ESG de manière durable, éthique et inclusive. L’intégration de pratiques plus durables exigera néanmoins davantage d’efforts combinés de la part des entreprises, du gouvernement et du secteur financier pour planifier et conduire des améliorations à long terme.

Cela doit commencer dès maintenant pour créer l’impact nécessaire et des résultats durables pour les entreprises et l’économie marocaine.

Quels sont les enjeux pour les investissements internationaux et nationaux

Aujourd’hui, l’intégration des facteurs ESG dans la stratégie des investisseurs tels que les bailleurs de fonds et les institutions internationales qui s’intéressent au Maghreb, ainsi que les fonds d’investissement, est quasiment une évidence.

En effet, près de 60 % des investisseurs évaluent systématiquement les risques et les opportunités ESG de leurs cibles avant l’acquisition. Au Maroc, l’industrie est en pleine transformation et elle inclut de plus en plus le développement durable dans ses priorités. Les fonds d’investissement qui portent actuellement leur attention sur les marchés maghrébins ont une stratégie d’investissement mondiale et les facteurs ESG font partie de leur ADN.

Pour les entreprises et les fonds d’investissement, l’impact de l’intégration des facteurs ESG est réel. En effet, plusieurs études ont montré que l’investissement ESG permet d’obtenir des rendements similaires, voire supérieurs, par rapport aux investissements traditionnels. À titre d’exemple, la pandémie du Covid-19 a démontré que les grands fonds qui ont appliqué les critères ESG ont surperformé entre mars 2020 et mars 2021, avec une croissance moyenne d’environ 27 %. Les investissements ESG sont plus durables et surtout moins volatiles. L’investissement dans les sociétés avec un score ESG élevé réduit les risques de volatilité globale.

Ainsi, la crise Covid-19 joue clairement un rôle d’accélérateur dans la prise de conscience des entreprises, quant à la nécessité d’inclure dans leurs stratégies, les questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Plus qu’une exigence réglementaire, c’est un enjeu clé pour leur pérennité, leur attractivité et leur compétitivité.Ignorer les facteurs ESG revient donc à ignorer certains risques et opportunités dont les effets sur la performance financière et non financière de l’entreprise sont importants.

Aussi, nous sommes convaincus qu’il s’agit du bon moment pour encourager nos entreprises à prendre davantage en compte les critères ESG dans leurs pratiques, notamment en anticipant les contraintes réglementaires pour gagner en transparence et en performance, en intégrant les exigences ESG pour pouvoir attirer et maintenir la confiance des financements internationaux et, enfin, en s’engageant dans la décarbonation industrielle pour préserver la compétitivité des entreprises exportatrices.