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Santé et agriculture : les promesses de l’IA au Maroc

Date de publication : 21 mai 2019 Rubrique : Zoom

Objet de multiples séminaires et progressivement utilisée par les entreprises, l’Intelligence artificielle offre de belles perspectives pour l’ensemble des secteurs du Royaume. Parmi eux, la santé et l’agriculture pourraient soutenir davantage le développement socioéconomique du pays grâce à l’IA.

Au Maroc, l’intelligence artificielle est perçue dans certains secteurs clés comme une opportunité pour accélérer leur développement, accomplir de nombreux progrès et rattraper les pays leaders.

Pour Hatim Benjelloun, fondateur du think tank Radius, « l’intelligence artificielle n’est plus aujourd’hui un luxe réservé uniquement aux pays développés, c’est une tendance irréversible de l’économie mondiale. Le Maroc doit se greffer à cette dynamique et positionner l’IA dans ses priorités. Il n’est évidemment pas question de tout révolutionner du jour au lendemain, mais il existe des secteurs où l’IA pourrait rapidement produire des résultats et accompagner le pays dans ses programmes de “rattrapage” et de “réparation” ».

Ainsi, Radius, qui a lancé la plateforme de réflexion Global Santé, a organisé en mars dernier un grand colloque sur la place de l’IA dans le domaine de la santé, en partenariat avec l’Université Mohammed VI des Sciences de la Santé. « La gestion du Big Data dans le secteur de la santé pourrait être un atout précieux pour améliorer la qualité des soins, mais aussi pour réaliser des économies considérables dans ce secteur, à travers une meilleure prévention et un ciblage géographique et socioéconomique des pathologies plus adapté ; le ROI social et économique de l’IA est bien plus intéressant que l’on peut imaginer »déclare Hatim Benjelloun.

Une opportunité pour la Santé

Intervenant durant l’événement, Saber Boutayeb, Professeur agrégé en oncologie médicale à l’Université Mohammed V et à l’Institut National d’Oncologie de Rabat, a démontré combien l’IA pouvait être profitable dans son domaine : « Le cancer est, par définition, un ennemi intelligent : il utilise un programme génétique en constante évolution pour échapper, dans un premier temps, aux mécanismes de contrôle et à l’immunité, puis pour résister aux différents traitements qu’on lui oppose. Aujourd’hui, grâce aux progrès scientifiques, notamment le séquençage du génome tumoral, chaque cancer peut être caractérisé avec une grande précision sur le plan biomoléculaire et génomique. L’immensité des données générées (Big data) ne peut être interprétée et utilisée sans l’intelligence artificielle ». Il explique que l’oncologie moderne fait de plus en plus appel aux nouveaux traitements « ciblant de façon élective des anomalies fondamentales dans le développement du cancer. Parmi ces nouvelles molécules, l’immunothérapie est déjà une réalité dans de nombreux cancers. De façon plus large, l’intelligence artificielle est en train de révolutionner le diagnostic, l’évaluation des résultats thérapeutiques et aussi le suivi des patients cancéreux. »

Au-delà de sa spécialité, Saber Boutayeb estime que c’est tout le secteur de la santé au Maroc qui pourrait bénéficier de l’IA, avec l’opportunité pour les décideurs de développer des systèmes intelligents de veille sanitaire et de contrôle qualité ; ce qui permettrait d’améliorer la réactivité et la productivité du système de santé. D’autre part, dans un contexte de pénurie des ressources humaines, l’IA donne la possibilité d’envisager la substitution à l’humain sur des tâches répétitives. Enfin, espère-t-il : « dans un pays à forte composante rurale, l’utilisation d’applications intelligentes grâce aux objets connectés permettra un meilleur suivi des patients lors de leur retour à domicile. De tels leviers seraient une véritable aubaine pour le suivi des maladies chroniques ou encore pour la réduction de la mortalité maternelle et infantile. »

Enseignement et recherche

Également présente durant le colloque, Hajar Mousannif, Professeure au département d’informatique de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech et à l’origine du premier Master en Data Sciences de l’établissement, souligne l’importance de l’enseignement pour bénéficier pleinement des atouts de l’IA : « dans la majorité des universités marocaines, l’intelligence artificielle est enseignée en simple matière, mais pas en tant que discipline à part entière. Il faut faire de l’IA un domaine prioritaire de formation. Pas besoin de matériel coûteux pour travailler dessus : il suffit de développer les bons algorithmes et de traiter les informations de manière appropriée. Si nous investissons massivement dans l’IA, le Maroc sera bien positionné. »

Récompensée notamment par le Prix L’Oréal – UNESCO « For Women In Science » et l’« Emerald Literati Prize for Excellence », Hajar Mousannif travaille sur différents projets employant l’IA tels qu’une application pouvant prédire les fausses couches, un smartphone capable de reconnaître les émotions et de réagir en conséquence, un tapis de course adaptant son programme à l’utilisateur, et bientôt un premier robot 100 % marocain qui s’exprimera en arabe.

Agriculture et IA

Autre secteur très concerné par l’IA au Maroc, l’agriculture escompte de grands progrès à l’échelle du Royaume. Le sujet a largement été évoqué le mois dernier durant le Salon International de l’Agriculture du Maroc, qui accueillait la deuxième édition de l’Agro IT Days. La digitalisation du secteur, portée par l’IA et le big data, offre de nombreuses opportunités pour le développement de la chaîne de valeur agroalimentaire. Ces nouveaux outils peuvent améliorer sensiblement la qualité, la productivité, la traçabilité, la commercialisation et surtout la gestion des intrants agricoles.

Ces technologies connaissent déjà beaucoup d’applications, mais il reste à former et à accompagner les agriculteurs des petites et grandes exploitations pour l’utilisation de ces solutions de « smart agriculture ». Drones, images satellites, tracteurs connectés, machines autonomes, analyses des sols… les données disponibles sont de plus en plus abondantes et il faut à présent tirer profit de ce big data pour soutenir ce secteur fondamental au Maroc. Augmenter la productivité les récoltes, optimiser la maintenance, diminuer la consommation d’énergie et d’eau, tout en soulageant l’agriculteur de ses tâches répétitives, est désormais un réel objectif.

Pour Hicham Benbella, Client Technical Leader chez IBM, c’est également l’occasion d’utiliser la blockchain : « cette technologie permet par exemple de tracer la provenance des aliments, depuis le producteur jusqu’aux rayons des magasins, en enregistrant toutes les informations sur les acteurs de façon fiable et sécurisée. Cette solution rassemble l’écosystème alimentaire en offrant une plus grande transparence et un meilleur ciblage des éventuelles sources de contamination, pour faire progresser la qualité des produits. »

L’intelligence artificielle suscite donc beaucoup d’espoirs dans les secteurs de la santé et de l’agriculture, tous deux considérés comme prioritaires dans le développement socioéconomique du Royaume. Au-delà, c’est l’ensemble de l’économie marocaine qui pourrait bénéficier de ces opportunités technologiques, plus que jamais à la portée des acteurs du pays.

Thomas Brun

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