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Nourddine RHALMI

Nourddine Rhalmi, invité de Conjoncture

Date de publication : 14 mai 2019 Rubrique : Les Invités de Conjoncture

« Il est de notre devoir de contribuer à la mobilité de demain »

Nourddine Rhalmi, Président Directeur Général d’Alstom Maroc

Comment se porte actuellement le secteur ferroviaire au Maroc ?

Le Maroc est un des pionniers du transport par voie ferrée dans le continent africain. Aujourd’hui, son réseau compte parmi les plus modernes d’Afrique. Selon le rapport du World Economic Forum « WEF » dans son édition 2017-2018, le réseau ferré marocain est classé leader au niveau arabo-africain en termes de compétitivité et de qualité.

Grâce à une stratégie nationale de développement de l’environnement urbain et de promotion de la mobilité durable, les investissements dans le secteur du transport se sont fortement intensifiés et ont permis de positionner le Maroc comme une vitrine du ferroviaire sur le continent.

En ce qui concerne les grandes lignes, 38 millions de voyageurs ont choisi le train pour leurs déplacements en 2017. 30 millions de tonnes de marchandises ont été transportées et 6,3 milliards de dirhams d’investissements ont été réalisés par l’ONCF.

Aussi, nous sommes aujourd’hui fiers de voir un train à très grande vitesse rouler sur les lignes de chemin de fer marocain. Al Boraq a battu le record d’Afrique sur rail en avril 2017 pendant les essais de validation en atteignant une vitesse de 355,7 km/h. Cette prouesse technologique et humaine est le fruit d’un travail collectif entre les différentes parties prenantes de ce projet titanesque et d’un partenariat historique entre Alstom et l’ONCF.

En milieu urbain, le tramway a véritablement séduit les voyageurs à Rabat depuis 2011 et à Casablanca à compter de 2012. Le nombre de passagers du tramway de Casablanca est par exemple passé de 22 millions en 2013 à plus de 35 millions en 2017. La ville a inauguré en janvier dernier sa deuxième ligne de tramway et a lancé un appel d’offres pour la réalisation des lignes 3 et 4.

Alstom est un partenaire historique du développement de l’infrastructure ferroviaire marocaine depuis près de 100 ans. Nous sommes honorés de la confiance de nos clients et notre ambition est de pérenniser notre présence dans le pays, de continuer à contribuer aux grands projets structurants d’infrastructure ferroviaire tout en renforçant l’ancrage d’une culture industrielle ferroviaire au Maroc qui servira le marché africain et international.

Selon vous, quels sont les grands enjeux en matière de mobilité pour le pays et en particulier pour Casablanca ?

Depuis plusieurs décennies, le Maroc a mis en place une stratégie nationale qui vise une forte croissance économique ; de grands projets structurants ont été réalisés dans différents domaines, notamment celui du transport et de la logistique. Ils ont pour but de répondre aux enjeux économiques et démographiques auxquels le pays fait face.

Dans cette optique, une politique intégrée a été établie en faveur du développement des différents modes de transport notamment par voie ferrée pour désenclaver, décongestionner et faciliter la mobilité des passagers et des biens. Le développement significatif du réseau de transport ferroviaire en milieu urbain et grandes lignes au Maroc s’inscrit dans une vision stratégique nationale qui vise à promouvoir des solutions de mobilité fluides, durables, accessibles et intermodales.

L’enjeu est de continuer à développer une culture industrielle locale autour de ce secteur au service du marché national et régional, de créer et de pérenniser une valeur ajoutée marocaine grâce au développement des compétences locales et des sous-systèmes ferroviaires.

Plus globalement, comment le groupe Alstom a-t-il adapté sa stratégie face aux nouveaux enjeux liés à la mobilité durable dans le monde ?

Pour faire face aux enjeux de la mobilité de demain, l’ambition du Groupe Alstom pour ses clients et partenaires est d’imaginer et de développer pour eux des systèmes de mobilité complets, aussi efficaces, intelligents et durables que possible.

Le rôle d’Alstom n’est pas seulement de fournir du matériel roulant, des services et de la signalisation, mais également d’offrir des solutions de mobilité à un monde en profonde mutation. Alstom se trouve en excellente position pour dessiner la mobilité du futur : efficace, durable et connectée. Il est de notre devoir de contribuer à la mobilité de demain sans compromettre celle des générations futures ; toute notre gamme de solutions reflète cet engagement.

Après avoir remporté successivement plusieurs grands marchés (LGV, tramways de Rabat et Casablanca…), quelles sont les perspectives de développement pour Alstom dans le Royaume ?

L’entreprise Alstom est présente au Maroc depuis près de 100 ans. Nous sommes en effet fiers d’avoir contribué à plusieurs projets d’envergure avec nos clients. Notre ambition demeure la même : être un partenaire de premier choix et être présents là où nous avons l’entière conviction de pouvoir apporter une solution pertinente, innovante et durable. Le Maroc est maintenant intégré dans le processus industriel du Groupe Alstom à travers son usine de câblage située à Fès et qui livre l’ensemble des sites industriels du groupe partout dans le monde. Un savoir-faire local a été créé et s’exporte déjà sur les cinq continents. Nous sommes engagés à pérenniser cette activité et à la développer davantage.

Alstom au Maroc compte aujourd’hui plus de 550 collaborateurs au service de cette vision et qui œuvrent chaque jour pour assurer la confiance de nos parties prenantes sur la durée et bien nous positionner par rapport aux opportunités futures notamment les lignes 3 et 4 du tramway de Casablanca.

À quelle étape se situe actuellement la mise en place du cluster ferroviaire marocain ?

En 2011, Alstom a signé une convention de partenariat industriel stratégique avec le Ministère de l’Équipement, du Transport de la Logistique et de l’Eau ainsi que le Ministère de l’Industrie, du Commerce de l’Investissement et de l’Économie Numérique. Elle s’y engage à contribuer au développement d’un écosystème ferroviaire marocain. À l’issue d’une large prospection à l’échelle nationale, 22 fournisseurs sur 300 consultés ont été qualifiés aux normes ferroviaires internationales dans les domaines de la tôlerie fine, le câblage, l’électronique, l’ingénierie de signalisation ou les housses de sièges. Alstom a ainsi développé ses achats auprès de sociétés implantées au Maroc et a contribué à créer plus de 1 000 emplois indirects.

L’acquisition à 100 % de notre usine de câblage ferroviaire à Fès est également la consécration de notre stratégie de développement d’un tissu industriel ferroviaire local au service du Maroc et du monde entier. L’usine emploie aujourd’hui plus de 370 personnes, assure leur formation sur place et livre à partir de Fès des projets partout dans le monde (Algérie, Sénégal, Suède, France, Dubaï, Sydney). L’usine a reçu le prix de l’export lors du dernier Forum économique Fès – Meknès organisé par la Chambre de Commerce et d’Industrie.

Alstom a également été à l’initiative de la création en février 2016 du Groupement Marocain des Industries Ferroviaires (GIFER) et y occupe la position de Secrétaire général. Peu de temps après son lancement, ce groupement a organisé deux éditions du Railway Summit en partenariat avec Maroc Export, un rendez-vous devenu important pour l’industrie ferroviaire au Maroc.

Peut-on imaginer un jour la création au Maroc d’unités de production ferroviaire, au-delà de l’assemblage et de la maintenance, à l’image de l’industrie automobile et aéronautique ? Quels sont les défis à relever pour atteindre cet objectif ? 

À l’instar de ce qui a été réalisé ailleurs, le Maroc dispose de plusieurs atouts pour le développement d’un écosystème ferroviaire : la stabilité politique du pays, les succès économiques dans divers secteurs, l’existence d’un plan clair de développement et d’amélioration des infrastructures ferroviaires (le plan Maroc Rail 2040 de l’ONCF, de nombreux projets de tramway en cours et à venir…) et enfin la position stratégique aux portes de l’Europe. Le Royaume bénéficie également d’une main-d’œuvre qualifiée et compétitive.

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