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Transformation numérique des PME : par où commencer ?

Date de publication : 14 mai 2019 Rubrique : Regards d'experts

Sandrine-DUBOSC-1Sandrine Dubosc, Responsable Marketing et Communication Afrique, VISIATIV

Certains diront qu’il s’agit d’un « buzz word », d’autres que c’est un sujet réservé aux grandes entreprises ou un moyen de garder sa place sur un marché de plus en plus concurrentiel. Pourtant, c’est un fait, la transformation numérique est sur le devant de la scène depuis quelques années déjà.

Qu’elle suscite l’intérêt, la peur ou l’indifférence, la transformation numérique est un sujet très vaste couvrant un large périmètre et des domaines variés. Big data, intelligence artificielle, objets connectés, blockchain… autant de mots qui peuvent sembler barbares et qui, bien souvent, incitent les PME à penser que cette voie reste réservée aux grandes entreprises.

Or, cette dernière constitue un véritable levier de performance, surtout pour la petite ou moyenne entreprise. Encore faut-il adopter la bonne démarche pour négocier ce virage digital.

Transformation numérique des PME, de quoi parle-t-on ?

Tout d’abord, il faut bien noter que la transformation numérique ne désigne pas l’utilisation des nouvelles technologies. Ainsi, si mon entreprise dispose d’un site web, cela ne veut pas dire qu’elle a entrepris sa conversion. Elle indique un processus de mutation de toutes les composantes de l’entreprise sous l’influence des technologies. Autrement dit, la déferlante de technologies impose aux entreprises de se renouveler et de devenir toujours plus agiles, et ce, afin de répondre à des consommateurs surinformés, donc plus exigeants, et souvent moins fidèles. Par conséquent, il ne suffit pas de revoir son infrastructure et ses solutions IT pour prendre la route du digital. Cela implique, en effet, des mutations à différents niveaux de l’organisation ainsi que la mise en place d’une gestion du changement.

La transformation numérique désigne un processus de mutation de toutes les composantes de l’entreprise sous l’influence des technologies

Se transformer… oui, mais comment ?

La transformation digitale doit être appréhendée comme un véritable projet. En ce sens, il est indispensable de définir les tenants et les aboutissants de celui-ci. Aussi, on devra apporter des réponses à des questions essentielles qui permettront d’établir la feuille de route numérique de l’entreprise :

  • Quelle est la vision stratégique de l’entreprise, quels sont ses enjeux et objectifs ?

Le projet de transformation numérique ne doit pas être décorrélé de la stratégie globale de l’entreprise. En effet, ce projet est doit être au service de la stratégie globale et non se déployer en parallèle.

  • Comment inscrire le projet de transformation numérique dans la stratégie ?

Il s’agit de se demander comment la transformation digitale va permettre de mettre en œuvre les plans d’exécution stratégique de l’entreprise. Il conviendra tout d’abord d’évaluer sa maturité numérique, puis de faire émerger des projets concrets de transformation. Ceux-ci pourront alors être priorisés afin d’établir une feuille de route adaptée à l’entreprise. Ainsi, les différents projets seront déployés progressivement, constituant des paliers qui mèneront à la concrétisation de la vision globale de la transformation à opérer.

Il est important de noter que cette feuille de route doit s’établir sur du court et moyen terme. En effet, les technologies se développent à grande vitesse, un projet conçu à trop long terme se retrouvera vite obsolète.

  • Quels impacts va-t-elle avoir sur l’organisation ?

Certains projets exigent une transformation plus ou moins profonde de l’organisation. Celle-ci est à anticiper afin d’accompagner convenablement le changement.

  • Qui va porter le projet ?

Un projet de transformation numérique nécessite l’implication de l’ensemble des acteurs de l’entreprise. Mais l’impulsion doit être donnée par la Direction générale, d’autant plus dans le cas des PME.

Il convient de sélectionner des porteurs de projet à différents niveaux de l’entreprise. Ceci permettra non seulement de fédérer l’ensemble des collaborateurs autour du projet, mais aussi de faire émerger des idées nouvelles répondant aux véritables besoins de l’entreprise.

  • Par qui se faire accompagner ?

Un projet réussi nécessite la plupart du temps un accompagnement externe à la fois afin de se voir proposer une démarche structurée et de disposer d’un retour d’expérience qui fera gagner du temps et canalisera les efforts sur des points précis. Un regard externe et objectif apportera également des critiques constructives, permettant de challenger efficacement le projet lors des différentes itérations. L’accompagnement est un sujet important pour la PME en particulier, qui a souvent moins de ressources et de compétences internes en la matière.

Les atouts de la PME

La complexité apparente du sujet, les compétences nécessaires, les budgets perçus comme importants, sont autant de facteurs qui font penser aux dirigeants de PME que la transformation digitale n’est pas pour eux. Or, les petites et moyennes entreprises ont de nombreux atouts !

Contrairement aux grandes entreprises, la PME conserve en général une certaine agilité organisationnelle. Les prises de décisions sont plus rapides, et les changements plus faciles à insuffler dans la mesure où ils sont bien accompagnés.

En outre, la PME est la plupart du temps peu équipée en matière d’outil numérique. Ceci présente, contrairement à ce qu’on pourrait penser, un réel avantage. En effet, il est plus simple de partir d’une « feuille blanche » que de devoir reconstruire et revoir des systèmes d’information souvent lourds et peu flexibles.

Malgré ces atouts, la PME est généralement en retard en matière de transformation digitale en comparaison aux organisations de plus grande taille. Ainsi, à titre d’exemple, le rapport Deloitte sur la digitalisation des entreprises, commandé par Facebook, intitulé « Le digital, une opportunité pour les PME françaises » indique que seulement 11 % des entreprises de l’hexagone de moins de 50 collaborateurs sont équipées en outils digitaux de productivité. Selon une autre étude du même cabinet, 53 % des PME françaises estiment que leurs compétences numériques sont faibles. C’est dire si la marge de progression est importante en la matière.

Au Maroc, les TPME constituent 90 % du tissu économique. Au même titre qu’ailleurs, la transformation digitale est sans nul doute un levier de compétitivité pour ces entreprises. Il s’agit d’ailleurs d’un levier clairement identifié par le gouvernement, notamment dans le secteur industriel.

Les PME marocaines sont-elles prêtes ?

À l’image de la France, les PME marocaines accusent un retard certain sur la digitalisation. Pour autant, la prise de conscience est réelle sur le sujet. Ainsi, les résultats préliminaires de l’enquête (toujours en cours) menée par l’Office Marocain des Pratiques du Management (OMPM) et le Cabinet Officium sur le phénomène 4.0 montrent que 80 % des dirigeants disent être conscients de l’existence de la tendance. En outre, près d’un tiers des dirigeants de TPME indiquent que la transformation digitale fait partie de leur projet global.

Pourtant, nombre d’entre eux ne savent pas encore comment s’y prendre. Il est vrai que les actions de sensibilisation se multiplient, à l’initiative d’acteurs publics ou privés. Parmi elles, on peut notamment citer la caravane PME organisée par inwi et la CFCIM ces deux dernières années. Les dirigeants ont donc des opportunités de plus en plus nombreuses de s’initier au sujet. Cependant, cela n’est visiblement pas suffisant pour apporter des réponses concrètes au décideur sur l’approche à adopter.

La question de l’accompagnement de ces entreprises est ainsi clairement identifiée comme un défi à relever afin de les aider à passer le pas et engager une démarche de digitalisation. Avec ce challenge, celui de la disponibilité des ressources qualifiées ou de la montée en compétences en la matière est également souvent problématique.

Toujours d’après la même enquête, 40 % des sondés pensent que les moyens financiers peuvent constituer un enjeu majeur. S’il est vrai, que cette question est à en prendre en considération, il est opportun de se poser le sujet sous un autre angle, à savoir « combien cela nous coutera si nous n’y allons pas ? ». Ce changement de prisme modifie complètement la façon d’appréhender le projet de transformation numérique.

En outre, il est bon de rappeler que, si l’investissement est nécessaire, il est souvent surestimé a priori par les dirigeants. Il est donc essentiel pour la PME de s’entourer de professionnels qui sauront l’accompagner dans cette voie bénéfique, voire indispensable, pour son développement.

En résumé, quelques points à garder à l’esprit : la PME, au même titre que les autres entreprises, peut prétendre à s’appuyer sur le digital pour se développer. Pour cela, il faut établir sa feuille de route numérique. Cette dernière sera unique et adaptée à ses enjeux, son contexte, ses objectifs. Elle permettra de mettre en place des « quick wins » ou « petits pas » constituant des paliers progressifs vers une transformation digitale réussie.

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