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Les MRE, l’autre classe moyenne

Date de publication : 25 mars 2019 Rubrique : Zoom

L’émigration a permis à une grande partie des Marocains résidant à l’étranger d’accéder à la classe moyenne.

« Les Marocains résidant à l’étranger ont généralement accédé à la classe moyenne. Lorsque l’on regarde leur parcours sur deux ou trois générations, on constate une mobilité sociale. Le profil type de la première génération était un paysan illettré, dont les enfants sont devenus commerçants, camionneurs ou instituteurs », explique Michel Peraldi, Anthropologue, Directeur de Recherches au CNRS.

Avec près de 3 millions de Marocains vivant à l’étranger, selon certaines sources, les MRE formeraient ainsi une classe moyenne conséquente hors des frontières du Royaume ou, souvent, à cheval entre leurs deux pays. C’est la France qui accueillerait le plus de Marocains : 1,3 million d’après le rapport « Marocains de l’extérieur », édité par la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l’Étranger.

Pour ces Marocains, l’émigration a donc constitué une ascension sociale. Les cas de déclassement sont en revanche restés marginaux. « Ceux-ci sont généralement liés à la migration politique, comme les Syriens aujourd’hui. Ce sont souvent des professeurs, de grands patrons, des professions libérales qui sont alors obligés de quitter leur pays. Ce type de migrations a aussi existé en Algérie pendant la guerre civile dans les années 1990. Au Maroc, cela s’est limité à quelques cas pendant les années de plomb », indique Michel Peraldi.

L’émigration comme accélérateur d’ascension sociale

Le chercheur identifie quatre façons de parvenir à cette ascension sociale : la principale est le diplôme et l’école, les autres sont la création d’entreprise, le mariage et, de manière plus anecdotique, la criminalité.

Selon la Banque mondiale, les transferts des MRE vers le Maroc ont représenté 7,5 milliards de dollars en 2017. Cela équivaut à 6,7 % du PIB ! Le nombre de ménages bénéficiant de ces fonds est en augmentation. Ils étaient 6,7 % en 2014, d’après le Haut-Commissariat au Plan, contre 5,5 % en 2001.

Michel Peraldi évoque une étude publiée par El Mouhoub Mouhoud il y a une dizaine d’années démontrant que la nature de ces transferts évolue. De manière schématique, « la première génération va se substituer à l’État social et payer des services à la famille, comme les médicaments, les frais de scolarité… La deuxième génération va construire une maison dans le village d’origine. La troisième génération va plutôt investir dans l’immobilier dans une grande ville marocaine, acheter un appartement, une maison », explique-t-il.

Si l’ascension sociale des émigrés semble globalement acquise, leur impact sur la mobilité sociale de leurs familles restées au Maroc est moins évident. « C’est très difficile à analyser, mais j’aurais tendance à penser qu’ils ne leur permettent pas d’accéder à la classe moyenne, observe Michel Peraldi. Les consommations sont plus importantes grâce aux transferts, mais elles ne font pas parvenir à une position sociale différente, même si des cas doivent bien sûr exister. »

Rémy Pigaglio