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Croissance

Une croissance d’environ 3 % pour le Maroc et le reste du monde en 2019

Date de publication : 19 février 2019 Rubrique : Zoom

Après quelques projections encourageantes au cours de l’année 2018, les institutions internationales et marocaines ont revu leurs prévisions à la baisse pour l’année 2019. Dans un contexte mondial difficile, le Maroc s’attend à un léger ralentissement de sa croissance.

D’après les prévisions publiées en ce début d’année par l’ensemble des institutions nationales et internationales, la croissance devrait ralentir en 2019 et atteindre environ 3 % dans le monde. Si le FMI table sur 3,5 %, la Banque mondiale est plus pessimiste et annonce un taux de 2,9 %, sachant que le commerce et les investissements décélèrent, que les tensions commerciales restent élevées et que les conditions financières se durcissent.

Assombrissement des perspectives économiques mondiales

Ainsi, selon la Banque mondiale, la croissance devrait chuter à 2 % en 2019 dans les économies avancées. Dans le même temps, le ralentissement de la demande extérieure, l’accroissement des charges d’emprunt et la persistance de l’incertitude en matière de politiques publiques devraient peser sur les perspectives des marchés émergents et des économies en développement. « Après avoir tourné à plein régime au début de 2018, l’économie mondiale a perdu de la vitesse en cours d’année et le chemin pourrait être encore plus cahoteux en 2019 », prévient Kristalina Georgieva, Directrice générale de la Banque mondiale. « L’intensification des vents contraires, économiques et financiers, auxquels sont confrontés les pays émergents et en développement risque de compromettre les progrès accomplis par la communauté mondiale dans la réduction de l’extrême pauvreté. Pour maintenir une bonne dynamique, les pays doivent investir dans le capital humain, promouvoir une croissance inclusive et établir des sociétés résilientes. »

Une démarche que le Maroc entend emprunter à travers l’élaboration d’un nouveau modèle de développement, suite au discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2017. Mais en attendant, l’année 2019 du Royaume s’annonce difficile, notamment en raison des incertitudes pesant sur la zone euro, dont la croissance ne devrait pas dépasser les 1,6 %.

Le Maroc autour de 3 % en 2019

Toujours selon la Banque mondiale, le Maroc devrait connaître un taux de croissance de 2,9 % en 2019. Un chiffre que partage le Haut-Commissariat au Plan (HCP), tandis que Bank Al-Maghrib table sur 3,1 % et le gouvernement sur 3,2 %. Plus d’optimisme en revanche du côté du Centre Marocain de Conjoncture (CMC), qui annonce une croissance de 3,6 %, et des économistes de l’ONU qui prévoient que le Royaume atteindra 3,8 %.

Au-delà de ces nuances, les observateurs prédisent généralement un fléchissement de la croissance marocaine : « malgré la poursuite du déploiement de projets d’infrastructures, une série de facteurs extérieurs pourrait avoir des retombées négatives sur le développement économique du Maroc cette année », expliquent, par exemple, les experts de l’Oxford Business Group. Selon eux, le ralentissement du commerce international et de l’investissement, ainsi que l’accroissement des tensions commerciales au niveau mondial et le resserrement des conditions de financement auront des conséquences sur l’économie marocaine. Le Brexit est également un facteur de risque à ne pas négliger : « les incertitudes qui entourent la sortie du Royaume-Uni de l’UE compromettent la stabilité commerciale ».

Les hypothèses du HCP

En janvier dernier, le HCP a livré de récentes prévisions en prenant en considération, en plus des nouvelles dispositions de la Loi de Finances 2019, les hypothèses afférentes aux tendances de l’environnement national et international. En outre, ces projections se basent sur la réalisation d’une production céréalière moyenne, durant la campagne agricole 2018-2019, ainsi que sur une consolidation des autres cultures et de l’élevage. Elles supposent également « une hausse de 3,6 % de la demande mondiale adressée au Maroc, un redressement de près de 3 % des transferts des MRE, la progression de 4 % des recettes touristiques et la consolidation du rythme d’accroissement des investissements directs étrangers de 10 % ».

Ralentissement de la croissance

Dans ces conditions, et compte tenu d’une augmentation prévisionnelle de 4,5 % des impôts et taxes sur produits nets de subventions, lePIBdevrait s’accroitre de 2,9 % en 2019, avec un niveau d’inflation situé à 1,2 %. Cela confirmerait le ralentissement de la croissance économique nationale, qui passerait ainside 3,6 % durant la période 2010-2017 à 2,9 % en moyenne entre 2018 et 2019.

Selon le HCP, « cette décélération s’explique particulièrement par les difficultés des activités non agricoles à se réinscrire dans un sentier haussier, pour se stabiliser à 3 % seulement entre 2018 et 2019 au lieu d’une moyenne de 4,2 % enregistrée durant la période 2008-2012 ». En l’absence d’impulsions permettant l’enclenchement d’une reprise soutenue de la demande, qui concernerait davantage la production locale et non pas les importations, le secteur secondaire progresserait de 3,1 % et les activités tertiaires de 3,2 %.

Bénéficiant de conditions climatiques favorables, le secteur primaire obtiendrait encore des résultats satisfaisants. Cependant, la hausse de la production agricole, notamment des cultures fruitières et maraichères, ne serait pas forcément accompagnée par une performance de l’industrie agroalimentaire. Le HCP souligne ainsi « le déphasage croissant entre les performances productives agricoles et les capacités de transformation industrielle ».

La demande intérieure reste toujours un moteur

Alors que la contribution de la demande extérieure resterait négative, notamment en raison d’un contexte international défavorable, la demande intérieure, en hausse de 3,4 %, continuerait de tirer la croissance économique nationale.

La consommation des ménagess’accroitrait de 3,5 % en volume et maintiendrait ainsi à 2 points sa contribution à la croissance du PIB. De même, la consommation des administrations publiquesdevrait s’élever de 2,9 % et participer à hauteur de 0,5 point à la croissance du PIB. Au total, la consommation finale nationale augmenterait de 3,3 %, pour une contribution de 2,6 points à la croissance du PIB contre 2,4 points en 2018. Enfin, la formation brute du capital fixedevrait s’améliorer de 3,2 %, et sa contribution à la croissance passerait de 0,8 point en 2018 à 0,9 point en 2019.

Essoufflement de l’investissement

Pour le HCP, « l’investissement commence à marquer un essoufflement significatif, sa moyenne annuelle s’inscrit dans une tendance baissière, passant à près de 32,2 % entre 2018 et 2019, après avoir été de l’ordre de 33,5 % [NDLR du PIB] pendant la période 2010-2017. Le gap entre l’épargne intérieure et le taux d’investissement resterait, cependant, élevé, enregistrant une moyenne de 10 % du PIB entre 2018 et 2019, au lieu de 11,8 % en moyenne durant la période 2010-2017. »

En tenant compte des dépenses d’investissement qui représenteraient 5 % du PIB en 2019, le déficit budgétaire devrait se réduire pour s’établir à 3,7 % du PIB, contre 3,9 % pour l’année 2018. La mobilisation des ressources financières pour couvrir les besoins de financement induirait une légère hausse de la dette du Trésor qui devrait s’élever à 66,1 % du PIB au lieu de 65,8 % en 2018. En incluant la dette extérieure garantie, le taux d’endettement public global devrait se situer à 82,5 % du PIB après avoir atteint 82,2 % en 2018.

En attendant 2020

En dépit des difficultés à anticiper très à l’avance les conditions climatiques, dont l’influence est toujours prépondérante sur l’économie nationale, plusieurs organisations font des prévisions optimistes au-delà de 2019. Ainsi, selon la Banque mondiale, le ralentissement ne durera pas et la croissance atteindra 3,5 % en 2020. Même son de cloche du côté de l’ONU, dont les économistes annoncent une croissance à 3,9 % dans deux ans. Rappelons toutefois que des estimations très élevées avaient déjà été publiées pour 2019, avant d’être progressivement corrigées au cours de l’année 2018.

 

Thomas Brun

Principales prévisions du HCP pour 2019

  2019 2018 2017
Croissance économiquenationale  2,9 % 3 % 4,1 %
Croissance des activités non agricoles  3,1 % 2,9 % 2,8 %
Inflation 1,2 % 1,6 % 0,8 %
Déficit commercial  18,1 % du PIB 18,3 % du PIB
Taux d’épargne nationale  27,7 % du PIB 28 % du PIB 28,9 % du PIB
Besoin de financementde l’économie  4,3 % du PIB 4,5 % du PIB 3,7 % du PIB
Déficit budgétaire  3,7 % du PIB 3,9 % du PIB

 

 

 

 

Fouzi MourjiEntretien avec Fouzi Mourji, Professeur d’Économétrie appliquée à l’Université Hassan  II de Casablanca

 

Comment fonctionnent les prévisions économiques qui sont régulièrement publiées ?

Derrière ces publications, il y a des outils d’analyse et de prévision. L’idée est que les variables macroéconomiques – exportations, importations, consommation, investissement, taux d’intérêt, PIB, etc. – traduisent l’état de l’économie et que les modèles de prévision puissent les mettre en interaction grâce à des équations.

Pourquoi faut-il distinguer les outils d’analyse et de prévision ?

De mon point de vue, les modèles qui ne font que de la prévision ont un intérêt limité, alors que les modèles d’analyse et de prévision sont plus intéressants, car ils permettent d’agir. Les premiers consistent à extrapoler des séries pour faire des prévisions, mais ils ne sont pas d’une grande utilité pour les décideurs. Au contraire, les modèles d’analyse aident à comprendre les liaisons entre les variables et de simuler les effets de mesures correctives. Par exemple, nous pouvons étudier l’impact d’un changement du taux de TVA ou de l’IS sur l’économie et ses variables.

Pourquoi est-ce important d’avoir des modèles de prévision fiables ?

En matière d’avenir, il y a le probable et le souhaitable. L’objectif de tous les organismes nationaux – Ministère des Finances, Bank Al-Maghrib, etc. – est d’agir sur le probable pour le tirer vers le souhaitable. Un modèle vous donne d’abord des prévisions neutres, c’est-à-dire les tendances spontanées de l’économie si l’on ne change rien. Sur ce scénario de référence va venir se greffer un certain nombre de scénarios qui comporteront des hypothèses de politique économique, consistant à actionner les leviers de l’économie nationale. Les leviers en question sont ceux dont disposent les autorités : taux de l’impôt, dépenses publiques (et leurs structures, par exemple le BTP, mais à quel niveau : barrages, écoles, autoroutes ? etc.), taux directeur de la banque centrale et ses interventions sur le marché monétaire, etc. Toutes les mesures, et même les signaux qui émanent des décideurs, ont pour objet d’infléchir les tendances probables vers du souhaitable.

Comment sont intégrés les facteurs économiques extérieurs et donc non maîtrisés ?

Nous allons les intégrer sous forme d’hypothèses et de façon neutre puisque nous ne pouvons pas agir dessus. C’est par exemple le cas du PIB de l’Union européenne qui a un impact sur nos exportations et les transferts des MRE notamment. Ainsi, nous pouvons prévoir un scénario haut, mais aussi un moyen et un bas, qui dépendent de tous les éléments que nous ne maîtrisons pas : cours du pétrole, taux d’intérêt internationaux, taux du dollar, etc.

Est-ce que c’est le même principe avec la pluviométrie, dont l’effet reste très important ?

Oui, tout à fait : on l’introduit tout simplement comme une variable exogène. Contrairement à d’autres secteurs qui sont tiréspar la demande, la production de produits agricoles est tiréepar l’offre, au moins sur le court terme. En effet, à court terme, elle est dépendante des aléas climatiques (dans le long terme, il y a l’évolution des surfaces cultivables, le progrès technique, les retombées des plans comme « le Plan Maroc Vert », etc.).

Selonl’état des informations, nous pouvons tabler sur un scénario plus ou moins optimiste : en octobre, par exemple, nous avons des hypothèsesneutres (on introduit le tonnage moyen : dans le cas des céréales qui sera compris entre 66 et 70 millions de quintaux), puis en décembre la campagne agricole débute et les postulatsse précisent (en fonction de la pluviométrie), et en mars c’est encore mieux. C’est ainsi que nous pouvons ajuster les prévisions au fur et à mesure. C’est très important, car la production agricole va avoir un effet sur tout le reste de l’économie marocaine (via le revenu des ruraux, soit 40 % de la population), et notamment les autres secteurs qui sont dépendants de la demande intérieure. La démarche sera analogue, avec les traitements des variables exogènes extérieures évoquées plus haut.

 

 Propos recueillis par Thomas Brun 

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