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Afrique Est

L’Éthiopie, l’une des économies les plus dynamiques au monde

Date de publication : 28 janvier 2019 Rubrique : Echos international

Amine El KourchiInterview d’Amine El Kourchi, Analyste au sein du Centre d’Intelligence Économique de BMCE Bank of Africa

 

 

Conjoncture : L’Éthiopie est l’une des économies africaines affichant l’un des taux de croissance les plus forts : quelles sont les raisons de ce dynamisme ?

Amine El Kourchi : L’Éthiopie est non seulement l’économie africaine affichant le plus haut taux de croissance sur le continent, mais c’est aussi l’une des plus dynamiques au monde. Avec un rythme de croissance soutenu, de l’ordre de 10 % en moyenne sur les sept dernières années, l’Éthiopie a su faire preuve de résilience malgré un contexte de baisse des prix de certains de ses principaux produits d’exportation (café, horticulture…) et des épisodes de sécheresse. Les réalisations socioéconomiques telles que la diminution de la pauvreté, la réduction des inégalités ou la scolarisation témoignent d’une inclusion de cette croissance.

Les raisons de ce dynamisme sont multiples. Historiquement, celui-ci a succédé à une phase de stagnation enregistrée en 2002 et 2003, clôturée par l’intervention des institutions multilatérales au travers de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE).

Par la suite, l’engagement de l’État a permis de mener à bien trois plans de développement économique successifs et de contrôler tant l’expansion du secteur privé que les fluctuations de la monnaie nationale.

Enfin, le modèle de croissance de l’Éthiopie repose sur la demande intérieure et l’investissement public. Le pays réalise de nombreux travaux d’infrastructure, notamment au niveau des routes, aéroports et chemins de fer, et ambitionne de développer une agriculture et une industrie performantes. Symbole de cette volonté, la construction du barrage de la Renaissance en 2017 permet à l’Éthiopie de se doter de la plus grande installation hydraulique en Afrique et de prévoir l’exportation d’énergie vers les pays voisins.

Quelles sont les mesures mises en place par le gouvernement éthiopien en faveur des investisseurs étrangers ?

Les mesures incitatives mises en place par le gouvernement éthiopien sont diverses et variées et s’inscrivent dans une logique de positionnement du pays comme hub industriel. Rappelons tout d’abord que, d’un point de vue fiscal, un investisseur peut obtenir différentes facilités telles qu’une fiscalité réduite dans plus de 150 secteurs et sous-secteurs.

Ces mesures peuvent aller d’une exonération fiscale sur l’impôt sur les sociétés pendant 6 ans pour les professionnels de l’industrie et de l’agroalimentaire, à une exemption de droits de douane sur l’importation des capitaux nécessaires au projet, tous secteurs confondus. Un package attractif qui expliquerait, en grande partie, la bonne performance des Investissements Directs Étrangers (IDE) entrants, dont le total s’est élevé à 4 milliards de dollars américains en 2017, selon les données du FMI.

D’autre part, le gouvernement actuel souhaite montrer que l’Éthiopie bénéficie d’une stabilité politique et d’un nouvel élan stratégique. En effet, l’élection de Abiy Ahmed, issu de la communauté des Oromos, peu représentée dans la vie politique, au poste de Premier Ministre en avril 2018, a réussi à rassembler la population autour de projets d’envergure. Autre signe significatif, son gouvernement a décidé d’ouvrir le capital d’Ethio Telecom, Ethiopian Airlines ou encore Ethiopian Shipping & Logistics Services Enterprise à des participations minoritaires du secteur privé.

Comment se portent les échanges entre le Maroc et l’Éthiopie ?

Les relations entre le Maroc et l’Éthiopie sont historiques et empreintes de cordialité. Elles sont sur une bonne dynamique depuis le rapprochement opéré entre les deux pays et la signature d’accords bilatéraux par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le désormais ex-Président Teshome. Ce dernier ayant, en effet, cédé sa place le 25 octobre 2018 à Sahle-Work Zewde, première femme Présidente de l’histoire du pays.

Toutefois, s’agissant du commerce extérieur, les échanges entre le Maroc et l’Éthiopie ne reflètent toujours pas le potentiel des deux pays. En raison de l’éloignement géographique, du coût élevé inhérent et du manque d’économies d’échelle, la part de l’Éthiopie dans le commerce extérieur marocain n’excède pas les 0,5 %, un niveau maximum qui a été atteint en 2015.

Pour autant, sur le volet des perspectives de coopération économique et d’investissement, l’avenir est prometteur tant pour les opérateurs marocains que pour le marché éthiopien. Un projet de grande ampleur, émanant d’un partenariat stratégique, est en cours de réalisation dans l’est de l’Éthiopie : le Groupe OCP planifie en effet la construction d’une usine d’engrais d’une capacité de production de 3,8 millions de tonnes par an pour un montant total de 3,7 milliards de dollars américains. Le savoir-faire marocain devrait ainsi permettre à l’Éthiopie de devenir autosuffisante quant à la production de certains engrais dès 2025.

Quelles sont les opportunités offertes par le pays aux opérateurs marocains ? Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui souhaitent s’y implanter ou s’y développer ?

Pour ce marché de plus de 100 millions d’habitants, les opportunités existantes pour les opérateurs marocains sont nombreuses. Dans une logique d’avantage comparatif, il conviendrait ainsi de privilégier les secteurs de l’agroalimentaire, de la construction, des transports, de l’électricité, de la parachimie et des énergies renouvelables. Pour le premier secteur mentionné, par exemple, les opportunités résident dans le marché des produits transformés (préparations à base de céréales, produits laitiers, produits de la minoterie…) essentiellement destinés à la consommation des populations et de la classe moyenne émergente.

Dans le même temps, la stratégie de développement (à savoir le fait de traiter avec un distributeur local, de créer une filiale ou simplement d’exporter ses produits) doit être finement identifiée. Le partenariat direct pourrait permettre de partager le risque, de s’imprégner des aspects locaux et d’éviter les contraintes d’ordre logistique relatives à l’export.

Enfin, et grâce au réseau désormais développé des banques marocaines en Afrique de l’Est, il est possible d’accompagner les opérateurs marocains de la phase initiale à la phase finale de leurs projets et de leur faire profiter de multiples partenariats existants.