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Handicap

Dossier emploi et handicap 2e partie

Date de publication : 22 janvier 2019 Rubrique : Initiatives durables

Zainab Naji Idir OuguindiInterview de Idir Ouguindi, Trésorier de l’association Groupe AMH et de Zainab Naji, Chargée d’appui OPH et entreprises de l’association Groupe AMH

 

« Les chiffres de l’emploi des personnes en situation de handicap sont alarmants »

Conjoncture : La loi impose-t-elle aux entreprises privées de recruter des personnes en situation de handicap ?

Idir Ouguindi :Entrée en vigueur en 2016, la Loi 97-13 est la loi-cadre qui promeut les droits des personnes en situation de handicap. Elle n’instaure pas de quotas pour le secteur privé, mais les autorités ont indiqué que ces quotas seraient mis en place après discussion avec les représentants patronaux, syndicaux, etc. Aujourd’hui, la mesure n’a toujours pas été adoptée.

L’AMH, avec d’autres associations, a pourtant fait des propositions de mesures qui ne coûteraient pratiquement rien. L’État pourrait notamment introduire des mesures incitatives à travers des exonérations ou des abattements sur les charges sociales. Nous recommandons aussi que, lors de l’attribution de marchés publics, un quota de recrutement de personnes en situation de handicap soit prévu.

Néanmoins, avez -vous constaté que les entreprises sont de plus en plus sensibilisées au handicap ?

Zainab Naji :Oui, il y a une prise de conscience. Les actions de sensibilisation commencent à faire leur effet : des sociétés décident d’employer des personnes en situation de handicap physique ou mental et la Commission RSE de la CGEM audite même les entreprises.

Mais il reste beaucoup à faire. À Casablanca, par exemple, nous constatons un progrès, mais ce n’est pas le cas partout. Nous sommes allés récemment à Khouribga où nous n’avons trouvé aucune entreprise qui emploie des personnes en situation de handicap.

De grandes entreprises, marocaines ou multinationales, viennent nous consulter pour que nous les accompagnions. Or, le tissu économique marocain est surtout constitué de PME et de TPE, qui ne peuvent pas se permettre d’effectuer des aménagements. Souvent, parmi celles-ci, la sensibilité au handicap va être liée à la sensibilité personnelle d’un des dirigeants.

Quelles sont les statistiques de l’emploi des personnes en situation de handicap ?

Idir Ouguindi :Les chiffres sont alarmants. 6,8 % des Marocains sont en situation de handicap. Leur taux de chômage est six fois supérieur à la moyenne nationale. 90,4 % n’exercent aucune activité professionnelle. Cela s’explique notamment par un accès très difficile à la santé et à l’éducation, quel que soit le handicap.

Les initiatives des entreprises sont importantes, mais l’institutionnel doit prendre le relais. La politique d’insertion des personnes en situation de handicap ne doit pas dépendre de la volonté d’une entreprise. Cela doit entrer dans le système institutionnel, juridique, administratif du Royaume. Nous disons à l’État : vous disposez des moyens et nous avons mis en place des expériences qui fonctionnent, il faut donc franchir le pas.

Quelle est la situation dans la fonction publique ?

Idir Ouguindi :Une circulaire avait été adoptée à la fin des années 2000 par le gouvernement El Fassi. Elle prévoyait que 7 % des postes créés par l’État soient réservés aux personnes en situation de handicap. Dix ans plus tard, elle n’a jamais été appliquée. Ce n’est qu’après un drame récent, quand une personne non voyante est tombée du toit d’un ministère pendant un sit-in, que la décision d’organiser un premier concours pour personnes en situation de handicap le 23 décembre 2018 a été prise. 50 personnes mal voyantes seront recrutées.

La Loi de Finances 2019 prévoit désormais que les 7 % réservés aux personnes en situation de handicap soient appliqués. En tout, 24 000 postes doivent être créés, mais les personnes en situation de handicap ne peuvent pas accéder à certaines catégories, comme les porteurs d’armes. Selon mon estimation, dans le meilleur des cas, 600 personnes en situation de handicap devraient être recrutées.

Il faudra toutefois examiner comment leur recrutement sera appliqué, car rien n’est prévu encore pour que les administrations leur soient accessibles ! Aujourd’hui, très clairement, il n’y a aucune politique d’intégration des personnes en situation de handicap dans l’administration. Certains handicapés sont fonctionnaires, mais ce sont des initiatives personnelles.

Comment le groupe AMH facilite-t-il l’insertion des personnes en situation de handicap ?

Idir Ouguindi :L’insertion est un des axes d’action de l’AMH, avec la santé et l’éducation et formation. L’AMH sert de relais et d’intermédiaire pour expliquer aux entreprises ce qu’est le handicap, qu’il est normal et qu’il peut arriver à tout le monde au cours de la vie. L’AMH va accompagner les entreprises qui souhaitent employer des personnes en situation de handicap. Nous avons d’ailleurs un partenariat avec la commission RSE de la CGEM. Nous intervenons au niveau du candidat, de l’entreprise et de son environnement. Cela se traduit par des formations, une adaptation des infrastructures, du plaidoyer…

 

Propos recueillis par Rémy Pigaglio

 

1 000 candidats au 4e Forum Handicap Emploi Maroc

L’association Espoir Maroc a organisé le 5 décembre dernier la quatrième édition du Forum Forumpour l’emploi des personnes en situation de handicap au Maroc, selon un communiqué diffusé par l’association. 1 000 candidats ont pu rencontrer 20 entreprises. Parmi elles : Attijariwafa Bank, Al Barid Bank, Orange, Lafarge Holcim… « Favoriser l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap dans une entreprise constitue, pour nous tous, un défi pour l’égalité et un enjeu majeur pour l’insertion professionnelle des personnes à besoins spécifiques au Maroc », explique Espoir Maroc dans le communiqué.