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6e édition de l’Observatoire International du Commerce

Date de publication : 5 décembre 2018 Rubrique : Echos Maroc

Euler Hermes organisait le 29 novembre dernier à Casablanca son rendez-vous annuel visant à présenter les perspectives économiques de 2019 à l’échelle mondiale et nationale. Éclairage.

À l’approche de la fin d’année, l’Observatoire International du Commerce fait le point sur les grandes tendances économiques dans un environnement international de moins en moins prévisible.

Euler 4La rencontre a démarré par l’allocution du Directeur Général d’Euler Hermes ACMAR qui a notamment rappelé les enjeux de la thématique principale. « L’allongement des délais de paiement détruit chaque année des milliers d’entreprises, essentiellement des TPE et des PME. En 2017, le Maroc comptait pas moins de 8 000 entreprises en cessation de paiement, dont 40 % causées par des retards de paiement. Le rallongement des délais de paiement asphyxie près de 3 200 entreprises au point de signer leur arrêt de mort. Ce sont des chiffres qui donnent des sueurs froides à tout entrepreneur et qui grippent la mécanique de croissance » a ainsi déclaré Tawfik Benzakour.

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Ce fut ensuite au tour de Wilfried Verstraete, Président du Directoire d’Euler Hermes, de présenter les dernières orientations stratégiques du Groupe. « Notre promesse, c’est de permettre aux entreprises d’avoir confiance en l’avenir. Parce que sans confiance, il n’y a pas d’avenir. (…) Être payé en temps et en heure pour ses produits et services est un élément essentiel dans la confiance des entreprises. » Selon lui, la problématique de l’étalement de délais de paiement constitue en outre un frein au développement des entreprises et se traduit directement par un coût lié au financement.

Une croissance mondiale au ralenti

Euler 2Dès le début de son intervention, Stéphane Colliac, Économiste Sénior au sein d’Euler Hermes, pose la question suivante : dans un monde où la principale économie prend le virage du protectionnisme, est-ce viable pour le Maroc de maintenir le choix d’une économie extravertie ? Et d’après lui la réponse est oui.

Premier constat, la croissance mondiale accuse un ralentissement, passant de 3,2 en 2017 et 2018 à 3,1 % en 2019. La situation est hétérogène selon les pays. Parmi les grands gagnants de la croissance, les États-Unis. « L’accélération que l’on observe aux États-Unis se fait peut-être au prix d’une décélération par ailleurs. Pourquoi ? Parce que la bonne santé américaine vient principalement d’une relance budgétaire. Elle implique aussi des taux d’intérêt plus élevés et un financement plus cher pour les entreprises. », indique l’Économiste, « ce qui peut avoir comme effet une hausse des défauts de paiement et des disparitions d’entreprises, préjudiciables à la croissance. », poursuit-il. Une hausse des taux d’intérêt pouvant avoir un impact au-delà de ses frontières.

La zone euro enregistre pour sa part un ralentissement de la croissance, de même que la Chine, l’un des principaux moteurs du prix des matières premières. Certains pays émergents comme l’Argentine ou la Turquie connaissent quant à eux des ralentissements forts, voire des crises.

En 2018, le commerce international (biens et services) a progressé de 3,8 %. « L’économie mondiale continue de s’ouvrir, la croissance en volume est plus rapide au niveau du commerce qu’au niveau de l’économie », analyse Stéphane Colliac. Selon lui, les économies qui résistent le mieux au ralentissement mondial sont celles qui sont ouvertes et diversifiées.

En matière d’investissement, les entreprises européennes ont, d’après l’Économiste, tardé à renouveler l’appareil productif et à augmenter leur capacité de production en raison des répercussions durables de la crise de 2008, alors que la demande mondiale est en hausse. La digitalisation est un point stratégique pour l’industrie. En France, elle représente en 2017 la moitié de la croissance des investissements des entreprises, soit 7 milliards d’euros en plus chaque année.

Selon Euler Hermes, les défaillances globales ont augmenté de 8 % en 2018 et devraient redescendre à 5 % en 2019. En Europe, Stéphane Colliac identifie deux principaux risques : le risque politique lié notamment au Brexit et le risque italien (dû aux taux d’intérêt à long terme très élevés ainsi qu’à un fort endettement national) qui pourrait avoir un effet boule de neige.

Des exportations marocaines en hausse

Si, grâce aux réformes engagées, le Maroc est de plus en plus attractif aux yeux des investisseurs étrangers et si ses exportations se développent chaque année, le pays doit toutefois faire face à des difficultés structurelles.

« La croissance est retombée à 3 % cette année, alors que l’investissement représente 30 % du PIB, cela est un peu décevant. », souligne Stéphane Colliac. Cela indique que l’investissement ne produit pas suffisamment de points de croissance comparativement aux chiffres enregistrés dans les autres pays (7 à 8 % de croissance pour un même niveau d’investissement).

Autre particularité du Royaume, une économie fortement dépendante de la productivité agricole et, par conséquent du niveau des précipitations. Cette corrélation induit ainsi un risque de volatilité de la croissance.

Alors que la situation économique des principaux partenaires du Maroc n’est pas toujours au beau fixe, les exportations marocaines continuent toutefois d’augmenter de 20 milliards de dirhams chaque année, pour la troisième année consécutive. « Il s’agit d’une croissance soutenue et régulière du commerce extérieur marocain, malgré le ralentissement de la croissance mondiale », commente l’Économiste. Les principales destinations des exportations marocaines sont l’Espagne (3,1 milliards de dirhams) et la France (2,5 milliards de dirhams), suivie de l’Inde, du Brésil et des États-Unis.

L’automobile arrive largement en tête des secteurs exportateurs, totalisant un montant de 6 milliards de dirhams, suivi par la chimie (3,9 milliards de dirhams), les machines et équipements (3 milliards de dirhams) et l’agroalimentaire (2,5 milliards de dirhams).

Malgré ces chiffres encourageants, le déficit de balance commerciale s’est encore dégradé du fait de l’effet prix (notamment en raison de la hausse du cours du pétrole), alors qu’en termes de volume, la situation s’est nettement améliorée grâce au dynamisme des exportations.

Stéphane Colliac a par ailleurs rappelé l’opportunité que représente la Zone de Libre Échange Continentale pour le développement des exportations marocaines en précisant toutefois que l’accord ne doit pas se limiter à la baisse des tarifs douaniers.

En ce qui concerne le risque de change, on remarque que l’évolution est restée stable depuis la réforme de la flexibilisation du taux de change du dirham. Le risque de compétitivité demeurera quant à lui élevé tant que les prix à l’export seront bas. D’où l’importance de remonter dans la chaine de valeur afin de réduire le risque concurrentiel.

Autres chantiers structurels pour le Maroc : la résorption du taux de chômage (qui se situe autour des 10 %), l’accès à l’éducation et le développement des infrastructures (notamment électriques). En matière de digital, le pays accuse un certain retard : il se positionne à la 77eplace selon le classement Enabling Digitalization Index d’Euler Hermes, derrière la Roumanie, l’Argentine, le Kenya et le Rwanda. « L’industrie automobile se digitalisera de plus en plus et cela constituera un problème pour passer le cap et conserver la spécialisation comme ce fût le cas par le passé en Europe de l’Est. », précise l’Économiste qui insiste sur l’importance de l’éducation au digital.

Enfin, en matière de défaillances d’entreprises, 2018 a été marqué par une baisse de 3 %, un chiffre qui devrait néanmoins repartir à la hausse dès 2019 pour atteindre +4 %. Le délai de paiement moyen se maintient à 83 jours, ce qui risque d’accentuer le phénomène de défaillance d’entreprise. Les secteurs des biens d’équipement et de services aux entreprises enregistrent les délais les plus longs.

La rencontre s’est conclue par un débat sur le thème « Quels modèles pour améliorer les délais de paiement au Maroc : benchmark des meilleures pratiques à l’international », animé par Leila Sijelmassi, Associée Gérante de PwC Maroc, Khalid Ayouch, CEO Inforisk-Dun & Bradstreet North Africa, Président de la Commission Intelligence Économique de la CGEM, M’Fadel El Halaissi, Directeur Général Délégué de BMCE Bank of Africa, François Marchal, Directeur Général de Société Générale Maroc et Maxime Lemerle, Responsable des études sectorielles et défaillances d’entreprises à Euler Hermes.