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Le Crowdfunding, une alternative aux problèmes de financement des PME

Date de publication : 5 décembre 2018 Rubrique : Zoom

Considéré comme l’un des piliers de la nouvelle économie sociale et solidaire, le Crowdfunding est aujourd’hui une nouvelle méthode de financement participatif pour les TPME. Détails.

Lancé en 2007 aux États-Unis et à partir de 2009 en Europe, le crowdfunding ou littéralement « le financement par la foule » est aujourd’hui un des modes de financement le plus plébiscité dans le monde et représente une réelle alternative aux sources classiques de financement. Ce nouvel outil de financement collaboratif s’adresse à tous types de projets et de domaines, de l’humanitaire à l’artistique en passant par le business.

Trois modèles de crowdfunding

Trois modèles existent : le don, le prêt et l’investissement. En ce qui concerne le don, le donateur va soutenir un projet en versant de l’argent en échange de contreparties. Le modèle de la prévente s’en inspire et permet à des entrepreneurs de commercialiser leurs produits et services en amont, dès le stade du prototype. Le porteur de projet s’assure ainsi un certain nombre de clients avant de lancer la production ou le service. Dans le cas du prêt, les particuliers prêtent une somme d’argent directement à l’entreprise afin de financer un projet. Ils jouent donc le rôle de banquiers. Le prêt est effectué à titre gratuit selon les cas ou contre intérêts et sera remboursé dans le temps.

Enfin, dans l’« equity », les investisseurs deviennent actionnaires de l’entreprise en finançant un projet, agissant comme des business angels. La prise de participation est concrétisée par une détention directe de titres ou à travers une holding pour des sommes parfois très modestes. « En 2017, les volumes financés grâce au crowdfunding dans le monde ont dépassé le volume investi par les Venture Capital. En France, plus de 60 % du marché, dont la taille atteignait un milliard d’euros l’année dernière, est tirée par les prêts dont la très grande majorité concerne les entreprises », explique Arnaud Pinier, Senior Manager du cabinet de conseil en stratégie et organisation, Ailancy, et Advisor de Happy smala, un laboratoire d’économie collaborative.

Dans cette perspective, le crowdfunding peut donc légitiment postuler pour devenir un outil robuste et pérenne pour aider les PME Marocaines à se financer. En effet, les avantages pour les TPME par rapport aux autres financements alternatifs sont multiples. Il permettra en premier lieu à des acteurs traditionnellement exclus du secteur bancaire et financier traditionnel de bénéficier de produits et de services de financement. Cela représentera donc un premier pas pour l’inclusion progressive vers des produits et services bancaires classiques. Le crowdfunding permettra également l’accélération des processus : entre le moment de l’entrée en relation jusqu’au versement du crédit ou de l’investissement, les processus sont en général plus rapides par l’intermédiaire des plateformes de crowdfunding. Cela s’explique en raison notamment de processus entièrement digitalisés, de procédures KYC limitées aux exigences réglementaires internationales et locales fondamentales, de la présence d’équipes agiles ou encore d’une culture d’exécution simplifiée des opérations. Le développement du crowdfunding aura en outre un effet bénéfique sur l’ensemble du marché financier en apportant davantage de compétitivité en termes de prix et de qualité de service.

Des retombées sur le capital image de l’entreprise

Les autres avantages du crowdfunding pour les PME sont le branding et la communication. En effet, la nature même d’une campagne de crowdfunding est d’être une opération de « construction de communauté » de clients, parties prenantes ou soutiens. En plus du financement obtenu, le passage par une campagne de crowdfunding permet donc de renforcer l’image de marque d’une PME, de cultiver son positionnement « customer centric », mais aussi de mettre en place des processus d’interactions multi canaux avec sa clientèle cible et de ce fait d’optimiser ses boucles d’amélioration continue (méthode lean) et son positionnement. Enfin, d’un point de vue social, l’émergence de nouveaux moyens de financement démocratiques permet à toute personne de se financer. Cela ouvre l’ascenseur social en réduisant les effets de dépendance au capital social.

En attendant le cadre légal

Actuellement, compte tenu de la législation marocaine, il existe trois plateformes locales en activité : Wuluj une plateforme de prévente, Cotizi une plateforme de don et, enfin, Ciwa une application mobile de prêt sans intérêt entre particuliers. Une plateforme d’equity est installée depuis quatre ans déjà sur le marché, mais attend les évolutions réglementaires pour opérer. Aussi, la majorité du marché du crowdfunding est encore au stade embryonnaire et concerne principalement le financement de projets de type humanitaire en raison des plateformes qui existent aujourd’hui sur le marché. « En matière d’investissement, nous ne pourrons évaluer le dynamisme du marché marocain qu’une fois le cadre législatif établi. Ainsi, les plateformes de prêt et d’investissement qui s’adressent en général à des projets de type business pourront opérer. Dans cette perspective, on peut penser que l’économie digitale pourra en tirer parti notamment via les mécanismes d’investissement. En matière de prêt, le tissu économique actuel des PME et TPE marocaines, à l’équilibre financier sain, pourront en bénéficier sans particularité sectorielle », explique Arnaud Pinier. Néanmoins, souligne notre expert, pour que l’équation tienne ses promesses, il faudrait que les épargnants marocains acceptent ce nouveau paradigme et se lancent dans le prêt aux PME. « Cela nécessitera sans doute de l’éducation financière ainsi que la création de dispositifs spécifiques pour renforcer la confiance entre les entrepreneurs et les financeurs », conclut Arnaud Pinier.

Dounia Z. Mseffer