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Financement participatif

Les PME, premières cibles du financement alternatif

Date de publication : 14 novembre 2018 Rubrique : Zoom

Même si elles constituent la plus grande part du tissu d’entreprises au Maroc, soit 95 %, les TPME sont toujours le maillon faible de l’économie marocaine. Malgré les programmes gouvernementaux et l’effort du secteur financier pour accompagner ces sociétés, la situation ne semble pas s’améliorer. Pour y remédier, de nouveaux modes de financement commencent à se développer. Décryptage.

À en croire le classement Doing Business 2019 élaboré par la Banque mondiale, le Maroc a progressé de 9 places pour atteindre pour la première fois le 60e rang sur 190 pays. Le Royaume s’est même hissé 2e au niveau de la région MENA, derrière les Émirats arabes unis, et 3e à l’échelle du continent africain, après l’île Maurice et le Rwanda. Mais, malgré cet avancement continu, le taux de création des entreprises régresse tandis que celui des défaillances demeure élevé et que l’impact économique des TPME reste limité. En moyenne 15 % de ces sociétés mettent chaque année la clé sous la porte.

Loi de Finances 2019 : de nouvelles mesures au profit des entreprises

Fin octobre 2018, Saâd-Eddine El Othmani, le Chef du Gouvernement, a annoncé à la Chambre des Représentants la mise en place de mesures incitatives dans le cadre du Projet de Loi de Finances 2019 pour soutenir les entreprises marocaines et notamment les PME. Leur objectif : réduire les délais de paiement et améliorer l’accès au financement à travers la simplification des mécanismes de garantie et l’augmentation du plafond de financement via les microcrédits. Le barème de l’impôt sur les sociétés sera également révisé en vue de l’adapter aux spécificités des PME.

Saâd-Eddine El Othmani a par ailleurs souligné que le Gouvernement a veillé à l’adoption du Projet de Loi n° 73.17 modifiant le livre V de la Loi n° 15.95 formant Code de Commerce, visant à simplifier les mesures et les procédures relatives au traitement des difficultés d’entreprises. L’objectif étant d’assurer une protection optimale à l’entreprise marocaine en proie aux problématiques financières, économiques ou sociales, que ce soit en raison de l’état du marché ou de la faiblesse de sa structure interne. Dans ce cadre, il est prévu de mettre en place une série de dispositifs spécifiques facilitant sa réinsertion dans le marché et tenant compte des droits des autres parties concernées.

Les mesures et les pratiques innovantes contenues dans ce Projet de Loi viseraient ainsi à instaurer une bonne gouvernance dans la gestion des sociétés, grâce à une détection a priori des difficultés pouvant être rencontrées par le chef d’entreprise, et ce, dans le but de préserver et de pérenniser l’activité de cette dernière et d’empêcher toute intervention judiciaire pouvant entraîner sa liquidation.

Une hausse des défaillances d’entreprises

BusinessAujourd’hui, c’est un fait : malgré toutes les initiatives lancées, des milliers de TPE-PME risquent de mettre la clé sous la porte. Les chiffres communiqués en octobre dernier par le Centre Régional d’Investissement (CRI) de Casablanca-Settat sont parlants. La première étude du parcours post-création des entreprises créées via le CRI Casablanca-Settat, menée avec l’assistance technique de la Banque mondiale révèle qu’en 12 ans, une entreprise casablancaise sur deux atteint le cap des trois ans et une entreprise sur trois dépasse les cinq ans d’activité. Sur les 64 000 entreprises immatriculées au CRI entre 2003 et 2015, seulement 51 % étaient toujours actives à fin 2015. Plus d’un quart (27 %) d’entre elles n’auraient jamais démarré leur activité.

Le taux de création est quant à lui passé de 11 % en 2007 à 8 % en 2015. D’après l’enquête, les entreprises encore actives restent majoritairement des TPE (93 %). Ces dernières réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de dirhams et emploient moins de 10 personnes. D’autres informations confirment cette tendance. En 2017, selon les données diffusées par Inforisk, 8 088 entreprises ont dû cesser leur activité. Parmi elles, 90 % se sont déclarées en liquidation et 10 % ont été mises en redressement judiciaire. Une quantité en augmentation de 8,5 % par rapport à 2016, malgré un léger fléchissement de l’évolution à la hausse. Ainsi, en huit ans, le volume de ces défaillances a triplé puisqu’en 2009, on en comptabilisait 2 462.

Toujours selon Inforisk, l’écrasante majorité de ces sociétés sont de très petites (96 %) et moyennes (3,2 %) entreprises (TPE/PME). Un rapide calcul permet d’évaluer le nombre d’emplois détruits à plus de 40 000. Les secteurs les plus concernés sont le commerce, le BTP et l’immobilier.

Des besoins de financement à chaque étape du cycle d’exploitation

« Au Maroc, la PME constitue l’essentiel du tissu économique, avec un pourcentage frôlant les 95 %. Du fait de la facilitation de l’acte d’investir, leur nombre ne cesse d’augmenter. Il ne faut cependant pas perdre de vue que le taux de sinistralité est lui aussi croissant. En général, grosses pourvoyeuses d’emplois et génératrices de revenus, les PME ne sont pas assez récompensées. Des efforts sont faits, mais ils demeurent encore insuffisants. Deux chiffres restent éloquents : en 2016, les créations se sont élevées à 74 807 entreprises contre seulement 41 254 en 2017, soit un peu plus de la moitié ! », souligne Zakaria Fahim, Président de la Commission PME, Grandes Entreprises et Auto-Entrepreneurs de la CGEM et Président de BDO.

Comme l’attestent de nombreux rapports, la première difficulté à laquelle doivent faire face ces entreprises est le financement. La majorité des TPME déclarent avoir du mal à obtenir le crédit nécessaire pour se créer ou s’agrandir. « Les PME nécessitent de plus de moyens pour financer leurs productions et investir sur la prospection, la veille et les nouveaux débouchés. (…) Pour les entreprises qui sont dans l’innovation, les besoins d’investissement sont cruciaux. Ces structures souffrent souvent de la frilosité du système financier. Pour mémoire, Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25 % pour offrir un crédit à un taux très bas », poursuit Zakaria Fahim.

Les difficultés rencontrées par la PME pour accéder au crédit sont principalement dues à un manque de compétitivité au sein du secteur bancaire marocain, ainsi qu’à une méconnaissance des PME de la part les banques marocaines.

La microfinance au service des PME

Début novembre 2018, le Ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, a présenté en Conseil de Gouvernement le projet de Loi n° 85-18 modifiant la Loi n° 18.97 relative au microcrédit. Ce projet propose de relever à 150 000 dirhams le plafond des financements accordés. Selon une étude menée par les services du Ministère de l’Économie et des Finances, 31 % des 21 600 TPE, non-clientes des associations de microcrédit, souhaitent un montant de crédit supérieur à 50 000 dirhams.

Par ailleurs, le crédit bancaire est davantage capté par les grands projets plutôt que mis au service de l’entrepreneuriat. Les garanties exigées par les banques et leur appréhension du risque, dont les ratios de calcul sont encore trop peu adaptés à la PME, constituent deux obstacles non négligeables aux possibilités de financement qui s’offrent à la TPME.

Le financement alternatif, une solution pour secourir les PME

Il existe aujourd’hui différents types de financement alternatif pour pallier ces problématiques. Ces solutions ont l’avantage d’être plus facilement mobilisables. Les émetteurs sont aussi moins exigeants que ceux du circuit conventionnel. Ils sont plus impliqués dans les opérations dans la mesure où les risques comme les bénéfices peuvent être partagés… « Actuellement, les “Business Angels” n’ont pas un cadre incitatif et sont taxés comme un spéculateur et/ou rentier. Ces derniers apportent leur réseau, leur expertise et, cerise sur le gâteau, de l’argent, et ce, souvent lors de la phase la plus critique, à l’amorçage » , explique Zakaria Fahim.

Les trois premières années de la vie d’une entreprise sont en effet les plus décisives pour leur survie. C’est de même au cours de cette période que les banques, dépositaires de l’épargne publique, sont moins enclines à leur accorder un prêt en raison du risque que cela représente.

« Nous devons aussi activer la sortie du texte sur le crowdfunding qui constitue un accélérateur de la levée de fonds sans endettement tout en permettant au promoteur de rester maitre à bord dans son entreprise. Il est également important de faire valoir le rôle déterminant de la Caisse Centrale de Garantie qui permet aux PME d’accéder aux crédits qu’elles n’auraient pas décrochés sans leur intervention » , souligne Zakaria Fahim. Selon lui, la promotion des outils de garantie et de financement de la CCG doit être assurée auprès des PME, notamment via leur expert-comptable. « La CCG travaille pour lancer une garantie sur les micros crédits en direction des TPE pour financer en particulier le besoin en fonds de roulement (BFR) et leur développement. Par ailleurs, nous devons continuer à œuvrer pour réduire les délais de paiement dont souffrent en premier les TPE et PME », ajoute-t-il.

De plus en plus conscient des difficultés dont souffrent les PME, l’État a déployé un certain nombre de mesures telles que la Loi sur les délais de paiement, l’apurement des arriérés liés à la TVA ou encore le projet de loi allouant 20 % de la commande publique à la PME… Mais pour pouvoir accélérer leur croissance externe et passer à un cran supérieur, les PME ont surtout besoin d’une palette de financement plus large leur offrant des sources de financement adaptées aux différentes phases de leur cycle de vie. Et pour développer ce marché alternatif, les incitations fiscales ainsi que la mise en place d’un cadre réglementaire pourraient changer la donne.

Dounia Z. Mseffer

 

 

La survie des entreprises casablancaises en chiffres

En l’espace de 12 ans, la moitié des entreprises casablancaises a disparu ! Une entreprise sur deux atteint le cap des trois ans et une sur trois dépasse les cinq ans d’activité. C’est ce qui ressort de la première étude menée par le Centre régional d’Investissement (CRI) de Casablanca-Settat avec l’assistance technique de la Banque mondiale. Ainsi, selon cette enquête, sur les 64 000 entreprises immatriculées au CRI entre 2003 et 2015, seulement 51 % étaient toujours opérationnelles à fin 2015. Plus d’un quart (27 %) d’entre elles n’auraient jamais démarré leur activité. Le taux de création est quant à lui passé de 11 % en 2007 à 8 % en 2015.

La majorité des entreprises survivantes (représentant au total 249 000 salariés) exerce dans le tertiaire (80 %), notamment dans le commerce et les activités spécialisées. De même, 93 % des entreprises actives étaient des TPE, réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de dirhams et employant moins de 10 personnes. Les secteurs qui se portent le mieux dans la région sont l’enseignement, les activités financières et l’industrie manufacturière.

En revanche, l’industrie extractive, la production et distribution d’électricité et la communication figurent parmi les secteurs qui enregistrent le plus de défaillances. L’allongement des délais de recouvrement, la concurrence des grandes entreprises nationales et étrangères et la difficulté de l’accès au financement sont les principaux facteurs qui expliquent la disparition de ces entreprises. Avec le coût du crédit, les garanties exigées, tant leur montant que leur nature (cautions personnelles), constituent le frein majeur au financement.

Aussi, près de trois entreprises sur cinq déclarent ne pas souhaiter recourir à un financement bancaire. La concurrence du secteur informel, l’existence de situations de monopole et la mauvaise gestion sont également à l’origine de ces échecs.
Afin de pallier ces problèmes, un plan d’action prévoit trois initiatives : l’accompagnement des porteurs de projets et suivi post-création, l’activation d’un « Small Business Act » au niveau régional et la création d’un « Fonds de promotion et d’investissement régional ».

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