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Quelles pratiques en matière de rémunérations au Maroc ?

Date de publication : 13 novembre 2018 Rubrique : Echos Maroc

Hind TalhiL’enquête annuelle de Diorh Mercer TRS 2018 décrypte les pratiques salariales au Maroc. L’étude a été menée auprès de 166 entreprises issues de secteurs différents et totalisant 28 000 titulaires. Hind Talhi, du cabinet Diorh, en commente les résultats les plus marquants pour Conjoncture.

On constate un fort écart de rémunération au Maroc entre les directeurs et les catégories managers et cadres. comment l’expliquer ?

En effet, les dirigeants sont rémunérés deux à trois fois plus que les managers et cadres. Notre interprétation est que ce phénomène est dû à la rareté de certains profils. Certaines entreprises vont jusqu’à recruter des Marocains à l’étranger, notamment en Europe. Les entreprises se trouvent alors parfois obligées de s’aligner sur les salaires européens. Résultat, pour les directeurs et les managers, les salaires ne sont donc pas très déconnectés des salaires européens. Le Maroc paie quelquefois mieux en comparaison avec d’autres pays du pourtour méditerranéen (Portugal, Tunisie, Roumanie…).

Votre enquête dévoile que la part de rémunération fixe des patrons est importante au Maroc, comparée à d’autres pays. la performance n’est donc pas valorisée ?

Nous observons, tous les ans, que la part fixe est très importante dans la rémunération des directeurs et managers, si l’on compare aux pratiques européennes. Cela laisse penser que le pays ne challenge pas assez ses dirigeants sur la performance. Ceci est, selon nous, dû au fait que la rémunération de la performance des dirigeants manque de doctrine et de pratiques. Aussi, si la part du variable est souvent contractuelle en Europe, elle sera au Maroc plutôt décidée après les résultats de l’entreprise, ce qui oblige l’employeur à proposer un fixe avantageux de par son caractère « certain ». L’objectif est de s’assurer de l’implication des collaborateurs. Au-delà du fait de savoir si les entreprises récompensent ou pas la performance, il est également important qu’elles aient la capacité de la définir, de l’évaluer et d’en faire un moteur de motivation pour leurs collaborateurs. Notre sentiment est que les sociétés marocaines sont en train de s’améliorer et commencent à mettre ce sujet au cœur des discussions RH et rémunération.

Les secteurs de la haute technologie et, dans une moindre mesure, la pharmacie offrent de meilleurs salaires. Pourquoi ?

Lorsque l’on compare les salaires par secteur à la médiane de marché, on s’aperçoit que les secteurs pharmaceutique, biens de consommation et high-tech sont considérés comme les meilleurs payeurs du marché. Ce sont des secteurs où les multinationales marocaines ou occidentales sont prêtes à rémunérer pour avoir de la compétence. Cette tendance est encore plus forte pour le hightech, à cause du skills shortage. La demande pour les compétences IT au Maroc connaît en effet une croissance exponentielle. De plus, le bassin de compétences local est soumis aux appels d’air de l’Europe, notamment de la France. Beaucoup d’ingénieurs IT quittent le pays pour tenter leur chance ailleurs. Ces dynamiques expliquent alors des rémunérations plus généreuses.

 

Propos recueillis par Rémy Pigaglio