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Sabr Abou Ibrahimi

Leadership féminin : interview de Sabr Abou-Ibrahimi

Date de publication : 16 octobre 2018 Rubrique : Zoom

 « La femme a démontré qu’elle était un levier de croissance et de performance » 

Entretien avec Sabr Abou-Ibrahimi, Fondatrice de Com’Partner et Consultante en management et développement managérial

Conjoncture : Pouvez-vous nous dresser un état des lieux du leadership féminin au Maroc ? 

Sabr Abou Ibrahimi : Le leadership féminin fait couler beaucoup d’encre, fait l’objet de mobilisation, mais le constat est là : le Maroc continue de perdre des places. Les rapports sont unanimes : celui du Forum Economic Mondial (WEF) positionne le Royaume 136esur 144 pays en matière de genre. L’étude de la Banque Africaine de Développement (BAD) nous classe quant à lui au 26erang sur 52 pays africains, devancés par la Tunisie, 17e, ou encore l’Algérie, 21e.

Les résultats du Maroc sont médiocres, et ce malgré un environnement institutionnel favorable, l’article 19 de la Constitution, l’existence de labels, l’implication des institutionnels, une prise de conscience qui fait son chemin au niveau des décideurs ainsi que toute la dynamique insufflée au plus haut niveau. La gouvernance au féminin perd du terrain. 

Quels sont les freins au leadership des femmes ?

Aujourd’hui, nous devons nous arrêter et nous poser les bonnes questions. Comment se fait-il que malgré tout cet environnement le Maroc reste à la traîne ? Des initiatives voient le jour, des labels encouragent la mixité notamment le label RSE de la CGEM, ISO 26000, etc. Mais qu’en est-il de la principale concernée c’est-à-dire la femme elle-même ? Certaines salariées estiment qu’elles sont très bien là où elles sont, car elles sont convaincues qu’avoir plus de responsabilités rime avec une vie familiale restreinte. La représentation qu’elles ont du leadership s’explique souvent par l’absence de modèles autour d’elles.

En 2015, une étude réalisée par l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) sur la participation des jeunes femmes marocaines dans le marché du travail et leur perception a montré que 30,34 % des femmes inactives sont persuadées qu’elles ne peuvent à la fois travailler et se consacrer à leur famille, d’où leur choix. À noter que 37 % d’entre elles sont diplômées de l’enseignement supérieur. En outre, 54 % des Marocains pensent encore que les hommes font de meilleurs managers.

Il est fondamental de faire prendre conscience aux Marocaines de l’importance de leur rôle et de l’évolution de ce dernier afin qu’elles sortent de l’attentisme dans lequel elles s’enferment en espérant que l’on vienne les chercher. Elles doivent développer davantage leur appétence pour le pouvoir. La société exerce également un frein même si les exemples de femmes qui sont arrivées prouvent qu’elles se sont fixé des objectifs et qu’elles ont fait fi de tout cet environnement. D’où la nécessité de faire émerger des modèles de femmes qui ressemblent à « Madame Tout-le-Monde ».

Quel est l’impact des femmes dans la performance économique des entreprises ? 

Aujourd’hui, la gouvernance au féminin s’évalue. Plusieurs études ont démontré l’importance de la mixité suite à la crise financière. Celle qui a porté sur les entreprises cotées au CAC 40 en France a montré que lorsque l’effectif féminin dépasse 35 % de l’encadrement, on enregistre une croissance de 23 % du chiffre d’affaires contre 14 % pour les sociétés qui présentent un taux inférieur ! En résumé, les entreprises les plus féminisées sont les plus rentables à quelques exceptions près. Maintenant, les femmes, quand elles ont du pouvoir et des responsabilités, travaillent avec acharnement et le changement se fait sentir… Il est vrai que l’on attend toujours plus d’une femme manager.

L’autre face du pouvoir concerne les femmes et les Conseils d’Administration. 7 % seulement en sont membres avec une légère avancée des entreprises cotées. On assiste également à une percée timide (en attendant la loi sur des quotas) des femmes administratrices indépendantes au nombre de trois à ce jour. En conclusion, la femme a démontré qu’elle était un levier de croissance et de performance, il faut juste lever les freins psychologiques et culturels au niveau des différentes parties prenantes, à savoir les décideurs, la société et la femme.

 

Propos recueillis par Dounia Z. Mseffer