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Leadership feminin

Leadership féminin : où en sommes-nous ?

Date de publication : 11 octobre 2018 Rubrique : Zoom

Malgré tous les discours prononcés et les initiatives lancées pour promouvoir le leadership féminin, le Maroc reste à la traîne au niveau de l’intégration de la femme sur le marché du travail. Décryptage.

On ne compte plus les stratégies et les plans gouvernementaux en faveur des droits des femmes. Citons également les avancées normatives telles que les ratifications des conventions internationales de référence et l’adoption de la Constitution de 2011 qui garantissent à la femme des droits de plus en plus élargis en vue de favoriser son émancipation et sa contribution au développement du pays.

Pourtant, l’époque du « deux poids, deux mesures » dans la perception du leadership des hommes et des femmes est loin d’être révolue. À défaut de mécanismes de mise en application et de suivi, les mesures concrètes permettant d’assurer une égalité et/ou une parité entre les deux sexes tardent à voir le jour, rendant tout cet arsenal juridique ineffectif.

Car dans les faits, aucun de ces textes n’a produit de résultats sensibles, que ce soit au niveau de leur participation économique, du renforcement de leurs capacités ou de leurs rôles, ni même en termes d’évolution de leur statut dans la société. Aujourd’hui encore, la femme continue à être discriminée, notamment sur le marché du travail où, sur le plan quantitatif, sa présence a de surcroit régressé au cours de ces dernières années. Et les chiffres sont là pour le prouver.

Un taux d’activité en régression

Dans son Mémorandum économique de 2017 « Le Maroc à l’horizon 2040 : capital immatériel et les voies de l’émergence économique », la Banque mondiale révèle que le Maroc se situe parmi les 20 % des pays où la participation des femmes à la vie active est la plus faible dans à l’échelle internationale. En effet, moins d’une Marocaine en âge de travailler sur quatre exerce une profession. Un constat corroboré par le rapport du Haut-Commissariat au Plan : en 2017, la contribution des femmes au marché de l’emploi demeure largement en deçà de celle des hommes : 22,4 % contre 71,6 %. Le taux d’activité des femmes a de ce fait reculé d’environ 3,5 points au cours des 15 dernières années.

En matière d’entrepreneuriat, l’état des lieux est également préoccupant. Seulement 10 % des sociétés créées le sont par des femmes, un chiffre qui n’a pas progressé depuis plusieurs années. Quant aux collaboratrices,elles sont toujours victimes de la discrimination et restent généralement cantonnées à des postes ou à des secteurs bien précis, tels que les services et le commerce. D’après le Mémorandum économique 2017 de la Banque mondiale, les écarts de salaire entre hommes et femmes peuvent atteindre 77 % en considérant diverses caractéristiques, notamment l’éducation et l’expérience. En outre, selon le Global Gender Gap Report 2017, publié par le Forum Économique Mondial, le Maroc est l’un des États les moins performants de la région MENA. Dans ce rapport visant à mesurer les disparités entre hommes et femmes, le classement du Royaume s’est régulièrement dégradé depuis 2006, année où il occupait la 107eposition. Sur la même période, le Maroc a reculé du 102eau 140erang pour ce qui concerne les indicateurs de participation et d’égalité des chances en matière économique. D’autres ratios femmes/hommes (où 1 signifie l’égalité) font apparaitre des écarts importants : 0,34 pour le taux d’activité global, 0,52 pour l’égalité de salaire à travail équivalent), 0,27 pour le revenu annuel moyen.

Les femmes, exclues des organes de gouvernance et de certains secteurs d’activité

Le Cabinet de conseil McKinsey confirme également ces écarts. Selon la dernière étude « Women Matter Africa » parue en 2016, la proportion de femmes dirigeantes au sein des 48 entreprises marocaines réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 2 milliards de dirhams en 2015 est de 2 % contre 5 % en Afrique et 3 % en Europe. Dans les Conseils d’Administration des sociétés cotées, leur part n’atteint que 5,9 %. En ce qui concerne les cadres dirigeantes occupant des fonctions métiers (telles que la Direction Financière, la Direction Commerciale ou encore la Direction des Risques),leur proportion s’élève à 54 %. Le taux passe à 4 % pour les 150 plus grandes entreprises marocaines (sociétés cotées en Bourse, non cotées faisant parties du top 100 et principales entreprises publiques). Cette tendance se retrouve au sein des équipes de direction où les femmes représentent 13 % des effectifs, contre une moyenne africaine de 23 %, ainsi qu’au niveau des Conseils d’administration où leur part est de 8 %, pour une moyenne de 14 % à l’échelle du continent.

Toujours selon le même rapport, la situation en matière de mixité des cadres dirigeants au Maroc n’est pas aussi reluisante comparée à d’autres pays africains dans les différents secteurs. Le taux le plus élevé est enregistré dans les services d’assistance et de conseil aux entreprises, soit 25 %, contre une moyenne de 33 % en Afrique. Le taux de mixité se dégrade encore plus dans les domaines pointus tels que celui de l’énergie, des mines et du traitement des métaux où il plafonne seulement à 9 % alors que, sur le continent, cette part atteint 22 %.

« Au Maroc, la femme n’est pas vraiment positionnée au cœur de l’entreprise. Non seulement l’entrepreneuriat féminin reste très faible, mais aussi la représentativité des femmes aux organes de gouvernance est très timide. Même si aujourd’hui elles sont très présentes dans les secteurs tels que les activités de services, de transport, de commerce et de communication où leur représentation dépasse les 45 %, on trouve très peu de femmes dirigeantes, que ce soit dans le secteur privé ou public. Dans le secteur public, malgré des effectifs comptant 40 % de femmes, seulement 10 % d’entre elles occupent des postes à responsabilité. Dans le secteur privé, seulement 7 % de femmes font partie des instances managériales », souligne Fatine Mouline, Consultante senior, experte en diversité de genre.

Le plafond de verre, une réalité pour les cadres dirigeantes

Indépendamment du poste qu’elles occupent, les femmes sont en effet confrontées à plusieurs points de blocage tout au long de leur parcours, notamment lors du passage du middle au top management et, plus encore, au moment de l’éventuel accès aux organes de gouvernance.

« Si d’un point de vue quantitatif, les femmes trouvent un emploi au moins aussi facilement que les hommes, c’est après que les choses se corsent. C’est au niveau des salaires et des parcours de carrière que se creuse une nette différence. Donnons quelques exemples de statistiques. Au recrutement, 60 % d’hommes et 40 % de femmes sont embauchés. Dans les organes de management et de gouvernance, on retrouve 90 % d’hommes et 10 % de femmes… dans le meilleur des cas ! », précise pour sa part Nawal El Jai, Directrice Conseil au sein de ECLORH.

Pour ce qui est de l’Administration, le rapport sur le budget axé sur les résultats tenant compte de l’aspect genre (LOF 2018) indique que malgré un taux de féminisation de 35 %, les postes à responsabilités échappent toujours aux femmes. En 2017, elles représentaient à peine 19,1 % des effectifs. La donne reste toutefois différente selon les Ministères. Ainsi, la proportion féminine demeure significative dans les départements réputés « typiquement féminins », à savoir la santé, l’éducation et la formation professionnelle où leur part atteint les 74 %.

 Dounia Z. Mseffer

L’impact des femmes sur l’économie : un plus non négligeable

« Les inégalités hommes/femmes entraînent une perte de revenus de 15 % en moyenne dans les économies de l’OCDE, et 40 % de ce manque à gagner est imputable aux inégalités dans l’entrepreneuriat », annonce la Banque mondiale dans son dernier rapport publié en mars 2018. Cette perte de revenus serait encore plus élevée dans les économies en développement. Dans son étude « Woman Matter », le cabinetMcKinsey révèle quant à lui qu’une meilleure intégration de la femme dans le monde du travail constitue une véritable aubaine pour l’économie mondiale.

Cela pourrait générer, à l’horizon 2025, un PIB additionnel estimé à 12 trillions de dollars pour l’économie mondiale, de 310 milliards de dollars pour l’Afrique subsaharienne et de 30 milliards de dollars pour l’économie marocaine. Le rapport de McKinsey établit en outre que la marge opérationnelle des entreprises qui figurent dans le premier quartile en termes de représentation féminine dans leur conseil d’administration est de 20 % supérieure à la moyenne du secteur d’activité.