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Association Terre et Humanisme Maroc

Date de publication : 11 octobre 2018 Rubrique : Initiatives durables

Interview de Aicha Krombi, Présidente de l’association Terre et Humanisme Maroc

« Pierre Rabhi entretient un lien ancien avec le Maroc »

Aicha KrombiConjoncture : Terre et Humanisme Maroc s’inspire de la philosophie et des techniques agricoles du paysan-philosophe Pierre Rabhi, qui a donné une conférence à casablanca le 6 octobre dernier dans le cadre du chant des colibris. Comment résumer son action ?

Aicha Krombi : Pierre Rabhi est à la fois le parrain et un expert pour Terre et Humanisme Maroc. Il nous a inculqué deux points essentiels. D’abord, il faut élever nos consciences avec les principes de base de l’agroécologie : le respect, la solidarité et le partage. Ensuite, nous devons assurer la gestion des équilibres, qu’ils soient sociaux, économiques ou écologiques, grâce à des techniques appropriées. Ceci passe par le plaidoyer, la sensibilisation des acteurs, les pratiques innovantes…

Quel lien entretient Pierre Rabhi avec le Maroc ?

C’est un lien ancien ! En 2001, Pierre était venu dans le cadre d’une rencontre organisée par une association féminine. Il a parlé d’agroécologie, de la sécheresse qui menace le pays, etc. Il est revenu à plusieurs reprises donner des conférences, qui nous ont émus à chaque fois. Depuis, nous avons parcouru un long chemin ensemble, puis nous nous sommes alliés à Pierre et son association Terre et Humanisme. Cette alliance a été soudée par la création de l’association Terre et Humanisme Maroc en 2005.

Des ateliers de formation et de sensibilisation ont été mis en place. L’association a également réalisé son rêve : la création d’un site agroécologique en Afrique. Il s’agit du Carrefour des Initiatives et des Pratiques Archéologiques, le CIPA Pierre Rabhi, à Rhamna près de Marrakech.

Quel est le rôle du CIPA et de la ferme pédagogique de Dar Bouazza, l’autre site de Terre et Humanisme Maroc ?

Le CIPA est un lieu de formation opérationnel qui dispose d’une ferme pédagogique expérimentale de 3 hectares. Le site de Dar Bouazza était, à l’origine la ferme de la fondatrice de Terre et Humanisme Maroc, Fettouma Djerrari, qui l’a mise à la disposition de l’association. Elle nous a servi à former les premiers paysans et les premiers formateurs agro-écologiques. Après la création du CIPA en 2015, les activités de formation longue ont été transférées là-bas et seules les formations journalières ont été maintenues à Dar Bouazza.

En quoi consistent ces différentes formations ?

D’abord, nous réalisons un travail de plaidoyer auprès de tout le monde : consommateurs, producteurs, ou même parlementaires. Cela représentait la première activité de l’association. Puis nous avons mis en place des ateliers de sensibilisation des producteurs et des consommateurs. Nous choisissons les agriculteurs qui ont une fibre écologique et qui veulent travailler la terre sans produits chimiques. Ensuite, nous avons formé des animateurs. Dans le cadre de l’appui aux initiatives locales, ces animateurs se déplacent en région pour délivrer la formation. Nous organisons également des cycles d’initiation aux porteurs de projet qui ont un terrain et veulent se diriger vers l’agroécologie.

Nous avons créé des jardins dans les écoles pour initier les enfants, parmi lesquels certains viennent aussi à Dar Bouazza. Enfin, nous dispensons des formations à l’agriculture urbaine.

Une certification devrait bientôt être mise en place au Maroc pour l’agroécologie. Comment cela va-t-il fonctionner ?

Cette certification va permettre d’apposer un label sur les produits, pour rassurer le vendeur et l’acheteur. Ce « système participatif de garantie » (SPG) va être mis en place dans le cadre du Réseau des Initiatives Agroécologiques au Maroc (RIAM). C’est une certification basée sur la confiance entre le consommateur et le producteur.

 

Propos recueillis par Rémy Pigaglio