Le site d'information de la CFCIM
Competition

La RSE, un levier de compétivité

Date de publication : 3 octobre 2018 Rubrique : Zoom

« Une démarche RSE amène plus de performance »

Entretien avec Dounia Taarji, Vice-Présidente de la CGEM

Conjoncture : Pourquoi la RSE est-elle importante pour la CGEM ?

Dounia TaarjiDounia Taarji : Cet engagement est basé sur une conviction partagée depuis longtemps au sein de la CGEM : l’acte d’entreprendre doit être porté par des valeurs universelles. Il était important de formaliser cet ADN commun et c’est pourquoi nous avons rédigé en 2006 une charte reprenant ces principes.

Comment se positionne le Label RSE de la CGEM au sein de cette démarche ?
Après l’élaboration de la Charte, nous nous sommes aperçus que certains s’y conformaient mieux que d’autres. L’idée était donc d’avoir un label qui reconnaîtrait le respect de la charte par les entreprises. Celles qui l’obtiennent s’inscrivent dans une démarche d’amélioration continue : on n’est jamais RSE à 100 % ni RSE pour toujours. Le label tient donc compte des pratiques, mais également des engagements à combler certaines lacunes.

Quelle est la démarche pour l’obtenir ?

Il s’agit d’une démarche volontaire. Ainsi, une entreprise qui souhaite se faire labelliser choisit pour se faire accompagner un cabinet accrédité auprès de la CGEM. Après audit selon le cahier des charges, le cabinet fait ses recommandations : soit il existe des points bloquants et l’entreprise doit encore progresser, soit il n’y a rien de rédhibitoire et un rapport est établi en vue de déposer le dossier à la CGEM. Notre Comité d’attribution, composé de 12 personnes indépendantes et bénévoles, se réunit alors pour étudier le dossier et recevoir l’entreprise candidate. Lorsque nous décidons d’octroyer le label, nous l’accompagnons également d’un plan d’action qui devra être mis en place. Des réalisations concrètes sont attendues et nous faisons un point au bout de 18 mois pour vérifier où en est la progression. S’il n’y a pas d’avancées, l’entreprise est prévenue que son label ne sera pas renouvelé au bout de trois ans, durée pour laquelle il a été décerné.

Quel intérêt pour une entreprise d’obtenir ce label ?

Cela permet de structurer sa démarche, d’augmenter la mobilisation en interne, de se comparer aux pratiques d’autres entreprises et ainsi de découvrir de nouvelles solutions. L’obtention du label est un objectif très fédérateur, car il va au-delà de l’aspect financier, en faisant appel à des valeurs qui parlent aux collaborateurs. Par exemple, l’engagement vis-à-vis de la communauté à travers le soutien des associations locales est extrêmement motivant. C’est aussi une démarche encourageante, puisque les entreprises se rendent compte qu’elles faisaient déjà beaucoup de choses positives sans avoir conscience que cela constituait de bonnes pratiques RSE. De plus, en externe, cela permet de communiquer avec ses parties prenantes et d’avoir une meilleure image.

Quels types d’entreprises s’intéressent au label (PME, grandes entreprises ou multinationales) et quelles sont les différences d’approche ?

Ce sont surtout de grandes entreprises marocaines et des PME, mais très peu de multinationales. Souvent, les grandes entreprises, qui ont plus de moyens humains, organisent plus rapidement leur démarche RSE, tandis que les PME peuvent avoir de belles initiatives, mais vont se structurer plus tard. Ces dernières ont la plupart du temps moins d’efforts à fournir et sont généralement portées par un dirigeant doté d’une sensibilité très forte.

Comment encourager les entreprises à aller vers la RSE ?

Nous devons démontrer qu’une démarche RSE amène plus de performance. Intégrer le plus possible les intérêts et les contraintes des parties prenantes en amont dans la réflexion aide à réduire les risques. Plus nous nous engageons dans une approche d’anticipation et moins nous avons de chances de nous retrouver confrontés à la défaillance d’un fournisseur, à une technologie dépassée, à un client qui change de partenaire, à une réglementation modifiée sans qu’on s’en rende compte, etc. La RSE permet de prévoir les problèmes et de mieux les régler en amont dans la mesure du possible. C’est de là que vient une performance durable.

N’est-il pas difficile de promouvoir la RSE tandis que le minimum légal n’est souvent pas respecté par les entreprises ? Les entreprises qui viennent à la RSE s’inscrivent dans une démarche formelle de valorisation de leurs ressources humaines et de volonté de transparence. Cela limite le nombre de candidates, car les prérequis sont nombreux : transparence fiscale, conformité sociale, respect du Code du Travail, etc.

Pour progresser, nous comptons également sur un effet multiplicateur : la RSE concerne toutes les parties prenantes d’une entreprise, parmi lesquelles les fournisseurs et sous-traitants. Ainsi, une entreprise engagée doit construire une démarche durable avec eux aussi. Cela veut dire qu’elle doit choisir des partenaires qui sont conformes socialement ou, si cela n’est pas le cas, elle doit les accompagner pour qu’ils le deviennent. L’entreprise peut alors les contraindre ou les encourager à mettre en place des pratiques responsables pour continuer à travailler ensemble. On ne peut pas être engagé dans une démarche RSE et accepter des sous-traitants qui ne sont pas conformes : cela contribue donc à faire progresser de plus en plus d’entreprises.

Propos recueillis par Thomas Brun