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Taxis

L’alliance « historique » entre Careem et deux syndicats de taxis en difficulté

Date de publication : 12 septembre 2018 Rubrique : Echos Maroc

L’entreprise émirienne de transport a annoncé en juillet dernier une alliance avec les syndicats de l’Union Nationale des Taxis (UNT ) et du Syndicat Démocratique des Transports (SDT). L’accord doit permettre aux chauffeurs de taxi d’utiliser l’application mobile et de bénéficier de nombreux avantages. Mais l’UNT a décidé de se retirer, regrettant que Careem continue de recourir à des voitures particulières.

L’accord pourrait changer la donne au Maroc dans le secteur des entreprises de mise en relation des chauffeurs et des clients via une application mobile. Careem a annoncé en juillet avoir signé un protocole avec deux syndicats de taxis marocains. Cette alliance inédite au Maroc pourrait permettre d’enterrer la hache de guerre entre la plate-forme et les chauffeurs de taxi, dont beaucoup l’accusent de travailler illégalement. « Cet accord historique souligne notre souhait de travailler main dans la main avec les taxis et d’améliorer les services du secteur des transports au Maroc », assure par courriel Ibrahim Manna, Directeur Exécutif de Careem pour les marchés émergents.

D’après l’accord qui ne concerne que Casablanca pour le moment, les membres du SDT et de
l’UNT pourront ainsi installer l’application et prendre en charge les utilisateurs de Careem. Ils bénéficieront en outre d’une couverture médicale et de formations en développement personnel, selon Careem. « Ils pourront également tirer profit des partenariats scellés entre Careem et plusieurs institutions financières, sociétés pétrolières, concessionnaires automobiles ou encore opérateurs de téléphonie », précise Ibrahim Manna.

Pourtant, l’UNT indique à Conjoncture avoir déjà décidé de se retirer de l’accord. « Careem n’a pas respecté plusieurs des points du contrat », explique Abdelmajid Malhin, Secrétaire Général du syndicat qui revendique 2 500 adhérents. Son principal grief : que Careem continue de travailler avec les conducteurs de voitures particulières, et non pas uniquement avec des taxis. Pour Abdelmajid Malhin, « la société doit appliquer le Dahir n° 1-63-260 », qui régit les services de transports. Careem, de son côté, assure que le retrait de l’UNT n’est pas confirmé. Le SDT devrait donc être finalement le seul syndicat signataire, même si Careem déclare être en contact avec d’autres organisations. « Avec cet accord, nous amenons un effectif de chauffeurs à Careem et la société nous ramène des clients, en contrepartie d’un pourcentage. Le bénéfice est réciproque », souligne Hamid Belattar, Coordinateur National du SDT.

Selon lui, la course commencera à 10 dirhams pendant la journée (15 dirhams la nuit), dont quatre dirhams reviendront à Careem et 6 dirhams au chauffeur à qui percevra, au-delà, le solde du montant au compteur. Le SDT revendique 1 700 à 1 800 adhérents. Hamid Belattar assure que le Wali de Casablanca a demandé à Careem de ne plus travailler avec des voitures particulières. « S’ils ne s’y conforment pas, nous résilierons aussi l’accord », indique-t-il.

À terme, Careem travaillera-t-il uniquement avec des chauffeurs de taxi ? « Cet accord consiste à avoir des chauffeurs de taxi sur la plate-forme Careem et à bénéficier des nombreux avantages que nous mettons en place », répond Ibrahim Manna. Cette stratégie d’alliance vise en tout cas à permettre le développement de l’entreprise sur le marché marocain, alors que sa concurrente américaine Uber a décidé de quitter le pays en février dernier. Le statut légal de ces sociétés reste incertain et les tensions avec les taxis dégénèrent souvent en violences. Careem, aujourd’hui présent à Casablanca et Rabat, vient d’ailleurs de se lancer à Tanger et envisage une implantation à Marrakech et à Fès. L’intermédiaire annonce avoir créé 2 000 emplois directs et servi des centaines de milliers de clients au Maroc.

Rémy Pigaglio